Après « Nîm », Aubin Fèligbé poursuit son exploration des réalités béninoises avec « Xwédah : Terre d’amour », un récit d’actualité consacré à Ouidah confrontée, dans un futur proche, à la montée des eaux. Présenté le samedi 29 août 2026 au CCRI John Smith de Ouidah, l’ouvrage, suivi de « Nîm », fait dialoguer urgence climatique, mémoire de l’esclavage, transmission et quête identitaire.
À Ouidah, l’avenir menace de submerger la ville, mais le danger ne vient pas seulement de la montée des eaux. Dans « Xwédah : Terre d’amour », Aubin Fèligbé utilise la catastrophe climatique comme point de départ d’une réflexion sur la mémoire, l’identité et le rapport à la terre.
Le récit plonge le lecteur dans un futur proche où l’urgence écologique bouleverse les repères. La menace climatique fait alors remonter les blessures d’un passé marqué par la traite négrière. Présent et histoire se croisent ainsi dans une œuvre où les traumatismes transmis d’une génération à l’autre influencent les décisions et les peurs des personnages.
« Xwédah : Terre d’amour » ne se limite pas à une narration classique. Dialogues, monologues poétiques, chants, incantations en langues locales et interventions médiatiques se succèdent pour donner au texte une dimension scénique.
Cette diversité accompagne la réflexion sur la transmission et l’identité. Les objets rituels, notamment le collier d’améthyste et les bochios, deviennent des supports de mémoire. À travers la quête d’Ajoua, l’auteur pose une question qui traverse l’œuvre : « Qu’est-ce qu’on peut construire sans son histoire, sa propre identité, qui on est, son passé ? »
« Nîm », une autre voix face aux défis climatiques
L’ouvrage est suivi de « Nîm », récit consacré au quotidien rural du dans le nord qui reste marqué par la sécheresse et le poids des traditions. Le récit prend cette fois pour décor Sinendé et met en avant Gaani, un jeune personnage de 13 ans qui refuse de considérer la sécheresse comme une fatalité.
Face à son père Hamid, attaché à une vision plus traditionnelle, Gaani mise sur l’innovation technique. Le conflit entre les deux personnages relève la capacité des sociétés à adapter leurs pratiques sans rompre avec leurs racines.
À travers cette histoire, l’auteur propose une vision où la jeunesse occupe une place active dans la recherche de réponses aux défis climatiques. L’humour, la poésie et des dialogues dynamiques viennent compléter un récit ancré dans les réalités rurales béninoises. Présent à ce rendez-vous littéraire, les différents acteurs du monde des livres n’ont pas tari d’éloges sur la qualité de l’œuvre. Ghislain Ahouansè, directeur de la maison d’édition « La Légende », a salué le travail accompli autour du livre. « Ça a été un grand plaisir de travailler sur cet ouvrage », a-t-il confié, tout en défendant la qualité de la publication.
Deux récits, un même questionnement
Avec « Xwédah : Terre d’amour » et « Nîm », Aubin Fèligbé rapproche deux territoires et deux situations confrontés aux effets du dérèglement climatique. Ouidah fait face à la montée des eaux ; Sinendé compose avec la sécheresse. Dans les deux cas, les personnages doivent trouver des réponses sans perdre le lien avec leur histoire et leur environnement.
À noter que la présentation de l’œuvre a été assurée par Roland Covènou, professionnel de la culture. Le projet d’écriture de « Xwédah » s’inscrit dans le dispositif « Texte en rue » du CCRI John Smith de Ouidah, en collaboration avec Les Ateliers Frappaz de France, tandis que « Nîm » bénéficie du soutien de l’Institut français du Bénin et du CCRI John Smith de Ouidah.
À travers ces deux récits, Aubin Fèligbé installe ainsi le climat, la mémoire et la transmission au cœur d’une littérature qui puise dans les réalités béninoises pour interroger des préoccupations à portée universelle.
Par Sylvestre TCHOMAKOU

