La réussite des pôles de développement territorial dépendra de leur capacité à transformer les ressources propres à chaque zone en activités économiques et en emplois. Invité de l’émission « Zone Franche » de Canal 3 Bénin, ce dimanche 8 novembre 2026, l’expert en développement du capital humain et inclusion économique, Olivier NoukpoKinnou, a défendu une approche fondée sur la valorisation des atouts locaux, la coopération entre acteurs et la participation des populations.
Sylvestre TCHOMAKOU
La nouvelle organisation territoriale annoncée au Bénin ouvre le débat sur les moyens de dynamiser les économies locales. Invité de l’émission « Zone Franche » de Canal 3 Bénin, ce dimanche 8 novembre 2026, Olivier NoukpoKinnou a mis en avant les secteurs porteurs, la coopération entre responsables locaux et la mobilisation du secteur privé comme leviers de réussite des futurs pôles de développement. Pour l’expert, la faiblesse du développement économique local constitue l’un des principaux points à corriger dans l’organisation territoriale. « Depuis que nous avons commencé la décentralisation dans les années 2000, jusqu’à aujourd’hui, l’enfant pauvre de tout ça, c’est le développement économique local », fait-il remarquer. La nouvelle approche devrait ainsi donner davantage de place à la production de richesses et à la création d’emplois dans la conduite des politiques locales. « Ce qui va changer fondamentalement, c’est que la création de richesses est désormais de la responsabilité de la gouvernance locale », explique-t-il.

Cette orientation suppose, selon lui, une meilleure exploitation des secteurs porteurs propres à chaque territoire. L’agriculture, le tourisme, l’industrie et l’innovation figurent parmi les domaines à développer. Dans le secteur agricole, il préconise notamment un rapprochement des services avec les producteurs, un meilleur accès aux équipements et la sécurisation des espaces de production. La modernisation des pratiques doit aussi contribuer à attirer davantage de jeunes. « Il faut rendre le secteur agricole plus attractif et réduire la pénibilité dans ce secteur-là », soutient-il.
Le tourisme offre également des perspectives, à travers la réhabilitation et la valorisation des sites existants, avec une place accrue pour les investissements privés. À cela s’ajoutent le soutien aux initiatives innovantes et le renforcement des liens entre les acteurs économiques, les universités et les centres de recherche.
Une gouvernance fondée sur la coopération
La mise en place des pôles de développement territorial implique aussi une clarification des rôles entre les différents responsables locaux. À propos des futurs délégués généraux au développement, Olivier NoukpoKinnou estime que leur mission ne doit pas se traduire par une rivalité avec les maires ou les préfets. Leur intervention devrait plutôt faciliter la coordination des projets et accompagner leur exécution. « Il ne s’agit pas d’instaurer un climat de compétition, mais c’est plus de collaboration », précise-t-il.
L’évaluation de ces responsables pourrait notamment prendre en compte les emplois directs générés dans leurs zones d’intervention. Une manière, selon l’expert, de placer les résultats économiques au cœur de l’appréciation de l’action territoriale.
Mais l’impulsion institutionnelle ne suffira pas. Les populations, le secteur privé et la diaspora doivent être associés à la définition des priorités et à la réalisation des projets. « Il faut les impliquer. Il faut faire la promotion de la participation citoyenne », plaide-t-il. Cette mobilisation suppose une meilleure information des citoyens sur les perspectives économiques de leur territoire, afin qu’ils puissent contribuer aux initiatives et s’y investir.
Des obstacles à lever…
La politisation des projets, les lenteurs administratives et les conflits d’attributions constituent, aux yeux de l’invité, des difficultés susceptibles de ralentir le dispositif. Il évoque notamment le risque de voir des initiatives portées par des citoyens ou des investisseurs entravées pour des considérations politiques. Les délégations générales sont ainsi attendues sur leur capacité à faciliter les démarches et à créer un environnement favorable à la réalisation des projets.
L’expert invite également à ne pas confondre développement équilibré et progression uniforme des territoires. Les zones ne disposent ni des mêmes ressources ni des mêmes avantages économiques. « Il ne faut pas espérer l’uniformisation. Il ne faut pas espérer que toutes les zones vont se développer au même rythme », souligne-t-il. L’objectif consiste plutôt à permettre à chacune de valoriser ses propres potentialités et d’améliorer les conditions de vie de ses habitants.
Sur le calendrier, Olivier NoukpoKinnou indique que les travaux préparatoires, l’identification des filières prioritaires et la conception des outils devraient se poursuivre jusqu’à fin 2027. Le déploiement du dispositif est ensuite envisagé à partir de 2028. D’ici là, la capacité des futurs responsables à fédérer les acteurs et à mobiliser les ressources locales sera déterminante pour donner corps à cette ambition. À leur intention, l’expert formule une recommandation : « Il faut compter sur les citoyens de vos zones. Il faut compter sur le secteur privé ».

