La première réunion du Conseil d’administration de l’Autorité de gestion du Corridor Abidjan–Lagos (Alcoma), tenue en juin à Lagos, a marqué une avancée institutionnelle majeure pour ce projet autoroutier estimé à 15 milliards de dollars. La nomination du Béninois Wilfrid Lauriano Do Rego à la présidence du Conseil illustre l’engagement des cinq États membres à accélérer l’intégration économique régionale.
Le Conseil d’administration de l’Autorité de gestion du Corridor Abidjan–Lagos (Alcoma) a désigné Wilfrid Lauriano Do Rego, expert financier béninois, comme président pour un mandat de quatre ans, conformément à l’Accord intergouvernemental qui prévoit une rotation alphabétique des États membres. Jacques Ayadji, également du Bénin, occupe la viceprésidence. La réunion inaugurale a confirmé la présence de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) via son directeur des Transports, Chris Appiah. Cette structuration institutionnelle vise à donner une assise solide à la gouvernance du projet et à garantir la transparence dans la prise de décision.
La Banque africaine de développement (Bad) a été intégrée comme membre non votant du Conseil. Déjà arrangeur principal mandaté, elle coordonne la mobilisation des financements avec la Banque d’investissement et de développement de la Cedeao (Bidc) et la Commission de la Cedeao. La Bad a annoncé des discussions pour mobiliser 500 millions de dollars de capital catalytique, provenant du Fonds africain de développement (Fad 17) et des allocations basées sur la performance pour le Bénin, la Côte d’Ivoire, le Ghana et le Togo. Ces ressources devraient être complétées par des instruments financiers innovants, tels que les garanties partielles de risque et les financements climatiques, afin de sécuriser la viabilité du projet.
Structures opérationnelles
Le Conseil a mis en place deux souscomités intérimaires pour accélérer la phase de démarrage. Le Comité des ressources humaines et de la rémunération est chargé du recrutement du directeur général et du secrétaire juridique et corporatif, ainsi que de l’examen des structures de rémunération. Le Comité des finances supervise la mobilisation des financements, la préparation des budgets intérimaires et la gestion des risques liés au corridor. Ces organes intérimaires traduisent la volonté d’avancer rapidement vers l’opérationnalisation de l’Autorité.
Le Corridor Abidjan–Lagos, reliant cinq capitales et centres économiques (Abidjan, Accra, Lomé, Cotonou et Lagos), est conçu comme une autoroute supranationale à six voies. Outre l’infrastructure routière, le projet intègre des composantes de facilitation du commerce, de développement des chaînes de valeur et de logistique. Selon la Commission de la Cedeao, ce corridor concentre près de 75 % des échanges commerciaux intracommunautaires, ce qui en fait un axe vital pour l’intégration régionale. L’impact attendu est considérable : fluidification des échanges, réduction des coûts de transport et stimulation des investissements privés.
Impact macroéconomique attendu
Avec 1 081 kilomètres prévus pour relier Abidjan à Lagos, ce mégaprojet d’infrastructure se positionne comme un levier stratégique de croissance et de compétitivité pour l’Afrique de l’Ouest. Les projections de la Bad estiment que l’autoroute pourrait accroître de 30 % le volume des échanges régionaux d’ici 2035. Pour le Bénin, la facilitation des flux logistiques renforcerait le rôle stratégique du port de Cotonou, déjà considéré comme une plateforme régionale de transit. La Côte d’Ivoire et le Ghana bénéficieraient d’une meilleure valorisation de leurs exportations agricoles et industrielles, tandis que le Nigéria verrait ses capacités de distribution renforcées vers ses voisins.
Dimension géopolitique et stratégique
Audelà des retombées économiques, le projet incarne une volonté politique forte d’intégration régionale. En harmonisant les politiques de transport et en créant une infrastructure commune, les cinq États membres affirment leur détermination à dépasser les frontières nationales pour bâtir un espace économique cohérent. Le corridor devient ainsi un instrument de stabilité et de coopération, capable de renforcer la position de l’Afrique de l’Ouest dans les échanges mondiaux. Il s’inscrit dans la logique de la Zone de libreéchange continentale africaine (Zlecaf), en offrant une infrastructure physique indispensable à la fluidité des échanges. Sur le plan stratégique, l’autoroute consolide la souveraineté régionale en réduisant la dépendance aux routes maritimes et en favorisant une connectivité terrestre directe entre les marchés.
Défis financiers et institutionnels
La mobilisation des 15 milliards de dollars nécessaires reste un défi majeur. La Bad, en coordination avec la Cedeao et la Bidc, a annoncé un capital catalytique de 500 millions de dollars, mais l’essentiel des financements devra provenir d’une combinaison de ressources publiques, de prêts concessionnels et d’investissements privés. La réussite du projet dépendra de la capacité des États à maintenir une cohérence institutionnelle et à garantir la transparence dans la gestion des fonds. La création d’un bureau conjoint Bad–Cedeao–Bidc constitue une avancée dans cette direction, mais la crédibilité du dispositif sera jugée à l’aune de sa capacité à sécuriser les financements et à respecter les échéances.
Le Corridor Abidjan–Lagos est plus qu’une autoroute : il est un symbole de l’intégration africaine. Sa réalisation pourrait transformer la dynamique économique de l’Afrique de l’Ouest, en stimulant la croissance, en renforçant la compétitivité et en consolidant la coopération régionale. Les prochaines étapes, notamment le recrutement des dirigeants de l’Alcoma et la mise en place des structures opérationnelles, seront déterminantes pour passer de l’ambition à la réalité.
Les membres du Conseil d’administration de l’Autorité de gestion du Corridor Abidjan-Lagos au terme de leur première réunion, en juin 2026 à Lagos, au Nigeria.
Par Aké MIDA

