Romuald Wadagni poursuit sa tournée diplomatique en Afrique de l’Ouest avec un deuxième cycle de visites au Sénégal, au Mali et en Guinée-Bissau. Reçu à Dakar par le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye, le président béninois confirme sa volonté de repositionner Cotonou comme un acteur du dialogue régional, entre la CEDEAO, l’AES et les pays en transition.
Le président béninois Romuald Wadagni a été reçu le 9 juin à Dakar par le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye, dans le cadre du deuxième cycle d’une tournée régionale entamée moins de deux semaines après son investiture du 24 mai. Les étapes malienne et bissau-guinéenne se sont également déroulées le même jour.
Arrivé vers 10 h à l’aéroport militaire Léopold Sédar Senghor, Wadagni a été accueilli avec les honneurs par Diomaye Faye avant de s’entretenir en tête-à-tête avec lui au salon d’honneur.
Les discussions ont ensuite été prolongées au Palais de la République, selon la présidence sénégalaise, qui a indiqué qu’elles avaient porté sur le renforcement des relations bilatérales, la coopération économique et financière ainsi que les défis sécuritaires et politiques en Afrique de l’Ouest. Aucun accord formel ni déclaration conjointe publique n’avaient été communiqués dans l’après-midi du 9 juin.
Un premier cycle l’avait conduit successivement au Niger le 2 juin, au Burkina Faso les 2 et 3 juin, au Nigeria, au Togo, puis en Côte d’Ivoire le 4 juin, où il a été reçu en audience privée par Alassane Ouattara, sans déclaration conjointe à l’issue de l’entretien, selon le site spécialisé Africapresse. À Niamey, il avait été accueilli à l’aéroport international Diori Hamani par le chef de l’État nigérien, le général Abdourahamane Tiani.
Les thématiques annoncées pour ce second cycle portent sur les partenariats stratégiques dans les domaines des infrastructures, de l’énergie, de l’agriculture et du numérique, ainsi que sur les dossiers d’intégration régionale. Aucun accord spécifique ni ordre du jour public n’avait été communiqué avant le départ.
Relancer les relations économiques avec le Mali
Romuald Wadagni et Assimi Goïta ont convenu de relancer la coopération entre le Bénin et le Mali, à travers la tenue prochaine de la Grande Commission mixte de coopération. Reçu à Bamako dans le cadre de sa tournée régionale, le président béninois poursuit son rapprochement avec les pays de l’AES, autour des enjeux économiques, sécuritaires et diplomatiques.
Le président béninois Romuald Wadagni et le chef de la transition malienne, le général d’armée Assimi Goïta, ont convenu le 9 juin à Bamako de relancer la coopération économique, commerciale et culturelle entre les deux pays, notamment par la tenue de la deuxième session de la Grande Commission mixte de coopération Bénin-Mali, selon le communiqué conjoint publié à l’issue de la visite.
Wadagni, reçu à Bamako par Goïta et les membres du gouvernement malien ainsi que les présidents des institutions de la République et le corps diplomatique accrédité, a tenu un entretien en tête à tête avec le chef de l’État malien avant une séance de travail élargie aux deux délégations. Les échanges ont porté sur des sujets d’intérêt commun aux niveaux bilatéral, sous-régional, régional et international, selon le communiqué conjoint daté du 9 juin 2026.
Goïta a réitéré ses félicitations à Wadagni pour son élection à la présidence du Bénin et a exprimé sa « disponibilité à œuvrer au renforcement continu des relations existant entre le Mali et le Bénin ». De son côté, Wadagni a présenté ses condoléances au chef de la transition malienne « suite aux attaques terroristes du 25 avril 2026 ayant occasionné plusieurs victimes parmi lesquelles le général d’armée Sadio Camara, ministre d’État, ministre de la Défense et des anciens Combattants ».
Un mécanisme de coopération institutionnalisé rarement réuni

La Grande Commission mixte de coopération est le cadre diplomatique permanent par lequel deux États africains examinent périodiquement l’ensemble de leur coopération bilatérale – accords en vigueur, projets en suspens, nouveaux secteurs à développer – avant de déboucher sur la signature d’instruments juridiques. Ces commissions réunissent d’abord des experts techniques, puis une séance ministérielle ou de chefs d’État entérine les conclusions. Leur fréquence théorique est généralement bisannuelle, mais les interruptions de plusieurs années y sont courantes sur le continent : la Grande Commission mixte Mali-Côte d’Ivoire n’a tenu que trois sessions en quarante ans, avec un écart de plus de vingt ans entre la première (1978) et la deuxième (1999) ; la Grande Commission mixte Burkina Faso-Mali, créée le 24 octobre 1983, n’a tenu sa 10e session qu’en août 2023, soit treize ans après la neuvième ; la Grande Commission mixte Sénégal-Maroc, en est à sa 15e session en 2026, mais n’avait pas siégé depuis 2013.
La convocation de la deuxième session de la Commission mixte Bénin-Mali, annoncée dans le communiqué conjoint du 9 juin, implique qu’une première session a déjà eu lieu – sans que sa date ne soit documentée dans les sources disponibles à ce jour. Le chiffre « deuxième » indique en tout cas que ce mécanisme bilatéral existe mais n’a été activé qu’une seule fois jusqu’ici, ce qui le classe parmi les commissions mixtes les moins fréquentes de la sous-région. Le même jour à Ouagadougou le 2 juin, Wadagni et le capitaine Ibrahim Traoré avaient convenu d’accélérer la tenue de la cinquième session de la Grande Commission mixte Bénin-Burkina Faso – un mécanisme nettement plus actif.
Trois axes de dialogue et une invitation réciproque
Sur le plan bilatéral, les deux chefs d’État ont procédé à un examen de la coopération existante et exploré les voies de la renforcer « en vue de l’adapter aux réalités et besoins prioritaires des deux pays », selon le communiqué. Ils ont réaffirmé leur attachement aux principes de respect de la souveraineté, de l’intégrité territoriale et de la non-ingérence dans les affaires intérieures des États.
Sur le plan sous-régional et régional, les deux présidents ont examiné l’évolution de la situation sécuritaire et politique en Afrique de l’Ouest et au Sahel, soulignant l’importance de « créer et maintenir les conditions nécessaires à une coordination d’actions dans le cadre de la lutte contre le terrorisme ». Sur le plan international, le communiqué fait état d’une « convergence de vues » sur les questions multilatérales d’intérêt commun.
À l’issue des entretiens, Wadagni a invité Goïta à effectuer une visite de travail et d’amitié en République du Bénin. Le chef de la transition malienne a accepté cette invitation, dont la date sera fixée par voie diplomatique.
Une visite à forte charge symbolique

La visite du 9 juin est la première rencontre en tête à tête entre Wadagni et Goïta depuis l’investiture du président béninois le 24 mai. Elle intervient dans un contexte diplomatique régional profondément reconfiguré : le Mali a quitté la CEDEAO en juillet 2025 avec le Burkina Faso et le Niger pour former la Confédération des États du Sahel (AES/CES). En se déplaçant à Bamako dans les seize premiers jours de son mandat, Wadagni marque une rupture avec la stratégie de son prédécesseur Patrice Talon, qui avait maintenu une distance notable avec les régimes de transition de la sous-région.
Le communiqué relève que les échanges « se sont déroulés dans une atmosphère cordiale empreinte de fraternité et de respect mutuel » et que les deux délégations se sont félicitées de la qualité des conclusions auxquelles elles sont parvenues.
Un positionnement béninois entre deux blocs
La tournée de Wadagni traduit une ligne diplomatique affirmée dès son discours d’investiture, où il avait déclaré : « Dans une sous-région confrontée au péril terroriste, nous sommes condamnés à travailler ensemble. » Le Bénin, membre de la CEDEAO, avait connu une détérioration de ses relations avec le Niger et le Burkina Faso après les coups d’État de 2023 et 2022, notamment sur la question du port de Cotonou, principal débouché maritime du Niger, dont le trafic avait été fortement réduit lors de la crise diplomatique.
En visitant les trois pays de l’AES dans les dix premiers jours de sa présidence, Wadagni a signalé une rupture avec la stratégie d’isolement défendue sous Patrice Talon. La visite du 9 juin au Mali, pays qui a retiré en avril 2026 sa reconnaissance de la République arabe sahraouie démocratique au profit d’un rapprochement avec le Maroc et dont la coopération sécuritaire repose désormais sur le groupe russe Africa Corps, constitue la démarche diplomatiquement la plus chargée du cycle.

