La mobilisation de l’investissement privé apparaît comme une condition essentielle pour répondre aux défis de développement. Mais elle ne peut être obtenue sans une action publique cohérente, stable et orientée sur le long terme, souligne l’Ocde.
Sans cadre incitatif clair, le potentiel du secteur privé restera sous-exploité, estime l’Organisation de coopération et de développement économiques (Ocde). Dans son rapport récent « Mobilising Private Investment to Address Societal Challenges », l’institution identifie les conditions nécessaires pour mobiliser l’investissement privé, des enseignements particulièrement pertinents pour des pays comme le Bénin, confrontés à des besoins croissants en innovation et en financement.
Dans de nombreuses économies en développement, les besoins en financement des secteurs stratégiques : énergie, agriculture, services, restent importants. Dans ce contexte, les politiques d’innovation orientées vers des missions apparaissent comme un levier structurant. Elles visent à mobiliser l’ensemble des acteurs autour d’objectifs précis, en s’appuyant notamment sur le secteur privé.
Selon l’Ocde, les entreprises jouent un rôle déterminant : elles assurent la majeure partie des dépenses de recherche et développement et contribuent directement à la création et à la diffusion des innovations. Le rapport souligne un point clé pour les décideurs publics : les entreprises s’engagent lorsqu’elles perçoivent des orientations claires et durables.
Les politiques dites « orientées vers des missions » envoient justement des signaux sur les priorités à long terme des gouvernements, ce qui peut orienter les investissements privés. Mais ces signaux doivent être crédibles. L’OCDE note que de nombreuses initiatives perdent en efficacité lorsque les objectifs sont abandonnés en cours de route ou que l’action publique reste limitée à certains ministères, sans mobilisation globale.
Engagement limité pour les Pme
Malgré leur importance, les petites et moyennes entreprises (Pme) restent parfois en retrait. Le rapport souligne que les pouvoirs publics peinent à mobiliser largement le secteur privé dans ces politiques. Plusieurs facteurs expliquent cette situation : aversion au risque, horizons d’investissement longs et difficulté à identifier des retours économiques clairs.
Les grandes entreprises disposent généralement des moyens pour s’engager dans ces programmes, contrairement aux Pme, qui doivent prioriser des résultats à court terme et comprendre précisément leur intérêt économique. Un constat particulièrement pertinent pour des économies comme celle du Bénin, où le tissu entrepreneurial est largement composé de petites structures.
L’Ocde pointe également des limites dans l’action publique. Les politiques d’innovation restent souvent concentrées sur le financement de la recherche, sans mobiliser suffisamment d’autres leviers. Or, des instruments comme la commande publique ou la réglementation peuvent jouer un rôle déterminant pour créer des marchés et attirer les investisseurs. Le rapport note que ces outils sont encore insuffisamment utilisés, alors qu’ils peuvent soit freiner, soit accélérer l’adoption des innovations.
Associer les entreprises
Pour renforcer l’adhésion du secteur privé, l’Ocde recommande de l’impliquer dès la conception des politiques. Cela passe par l’intégration des entreprises dans la gouvernance des missions, la mise en place d’accords pluriannuels et la co-construction des objectifs. Les entreprises qui participent à la définition et à la mise en œuvre des missions montrent généralement un engagement plus fort.
Un des enseignements majeurs concerne la nécessité de sécuriser l’environnement d’investissement. L’Organisation insiste sur plusieurs conditions : engagements publics inscrits dans la durée, financements pluriannuels et cadre réglementaire adapté. Le recours à des instruments variés : financement, incitations à la demande, expérimentations comme les regulatory sandboxes, permet également de réduire les risques pour les entreprises et d’encourager leur participation.
Enfin, le rapport met en avant un facteur déterminant : la coordination de l’action publique. Mobiliser l’investissement privé suppose de dépasser les approches sectorielles et d’impliquer l’ensemble des institutions concernées. À défaut, les politiques perdent en lisibilité et en efficacité.
Pour des pays comme le Bénin, l’enjeu est donc double : structurer des politiques d’innovation cohérentes et instaurer un climat de confiance durable avec le secteur privé.

