Le Groupe de la Banque africaine de développement (BAD) et le Forum économique mondial (FEM) ont lancé une nouvelle initiative visant à transformer le financement du développement en Afrique. À l’occasion des Assemblées annuelles, ils ont présenté une ambitieuse « Feuille de route pour l’investissement humanitaire et de résilience en Afrique », conçue pour attirer massivement les capitaux privés dans les économies africaines les plus vulnérables et sous-financées.
Malgré une population représentant 17 % du monde et un fort potentiel entrepreneurial, l’Afrique reçoit seulement 3,5 % des investissements directs étrangers et moins de 2 % du capital-risque mondial. Or, ses besoins annuels en financement pour le développement approchent les 400 milliards de dollars.
Face à cette réalité, la BAD et le FEM souhaitent impulser un tournant majeur. Marie-Laure Akin Olugbade, Vice-présidente senior de la BAD, a insisté sur la nécessité de passer « d’une dépendance à l’aide vers un modèle fondé sur l’investissement ». Elle précise que les finances publiques doivent désormais jouer un rôle catalyseur en favorisant l’intervention du secteur privé plutôt qu’en le remplaçant.
L’objectif vise à atténuer les risques associés aux marchés frontières africains afin de débloquer des ressources commerciales et concessionnelles dans des pays longtemps écartés des circuits d’investissement classiques. Plusieurs projets pilotes sont déjà en cours au Liberia, en Somalie, au Mozambique et à Djibouti.
Le Forum économique mondial élargit la perspective au-delà de l’aide humanitaire immédiate. Sheba Crocker, Directrice générale du FEM, souligne que les communautés les plus vulnérables méritent non seulement une aide d’urgence, mais aussi des investissements durables qui renforcent leur autonomie économique. Cette initiative, soutenue par plus de 100 partenaires internationaux, entend surmonter la fragmentation des approches traditionnelles.
Les discussions ont également mis en lumière les barrières structurelles au financement dans les États fragiles. Le ministre somalien des Finances, Bihi Iman Egeh, a souligné les limites des mécanismes de « derisking » et l’exclusion persistante de certains pays africains des réseaux bancaires internationaux, frein majeur pour l’investissement privé.
Les défenseurs du projet insistent par ailleurs sur l’importance d’approches intégrées combinant outils financiers, infrastructures numériques et accompagnement des petits producteurs ruraux. Sara Mbago Bhunu, Directrice pour l’Afrique de l’Est et australe au FIDA, en a rappelé la nécessité. Chris Bold, représentant du gouvernement britannique, a évoqué le rôle des réformes réglementaires en mentionnant le succès du système kényan M-Pesa.
Enfin, la feuille de route intègre la résilience climatique et l’inclusion des femmes comme piliers du financement africain, en accord avec l’initiative AFAWA de la BAD, qui a déjà mobilisé 1,33 milliard de dollars pour soutenir les entreprises féminines dans 45 pays africains.

