Dans nos deux précédentes tribunes, nous avions proposé d’ouvrir des chantiers de très long terme, pour parvenir à Alafia 2060, une société de bonne gouvernance, de prospérité et de bien-être partagé
Rappelons les ingrédients.
Bien sûr, l’éradication de la malnutrition enfantine. En 2060, on aurait des cohortes de trentenaires en pleine forme.
Puis l’éradication de l’analphabétisme. On peut considérer qu’en 2060, la totalité des adultes aurait eu accès à la lecture fonctionnelle. Ils sauraient donc lire des textes simples, en langues régionales le cas échéant. Les nouvelles cohortes de jeunes gens, également dans la trentaine, seraient sortis de l’enseignement public ou privé, dual le cas échéant.
Enfin l’instruction civique. La totalité de la jeunesse en aurait bénéficié, cependant que les adultes auraient pu bénéficier de formations délivrées par les réseaux sociaux et les différents moyens audiovisuels.
Ceci dans un monde idéal, où les préconisations de la deuxième tribune auraient été prises en compte rapidement par les nouvelles Autorités.
Mais quid du court terme ? Une publication de l’Afrobarometer reprise le 10 juillet dernier par le journal L’économiste nous décrit une situation d’urgence : une jeunesse béninoise face aux rêves d’ailleurs, en l’absence de perspectives sur place.
Reprenons quelques chiffres donnés par l’article sur une pleine page.
Même si la proportion de jeunes sans aucune éducation formelle est tombée à 22% seulement, contre 33 à 47% observés chez leurs aînés, on observe qu’un jeune Béninois sur 2 est sans emploi et en recherche active. Seuls 6% des jeunes déclarent avoir un emploi à temps plein. Et une large fraction des personnes sans emploi (40%) ne cherche même pas le travail, dont une partie importante d’étudiants, mais aussi de jeunes découragés. À l’échelle plus large du marché du travail, environ 14% des jeunes entrent dans la catégorie NEET (ni en étude, ni en emploi, ni en formation), ce qui les expose fortement à la pauvreté et à la vulnérabilité sociale.
L’article identifie quelques-unes des causes de ce chômage de masse :
- faible capacité de l’économie à créer des emplois formels à la hauteur de la pression démographique.
- manque de formation pratique ou de préparation adéquate (29%)
- absence d’expérience professionnelle exigée par les employeurs (17%)
- inadaptation entre les diplômes et les compétences recherchées (12%)
- déficit de compétences entrepreneuriales ou de motivation (11%).
Accessoirement, les jeunes refusent certains emplois, en particulier dans l’agriculture ou les métiers physiquement exigeants, signe que la qualité des emplois proposés compte autant que leur quantité.
Il apparait que 68% des jeunes se projettent comme entrepreneurs (ce qui est un bon point pour le futur ; nous ne manquerons pas de candidats à l’autoentrepreneuriat pouvant déboucher sur des start-ups, si on leur crée un environnement favorable), cependant que 18% choisiraient la fonction publique et 7% un emploi dans le secteur privé formel.
Il serait faux de dire que l’État, durant les 10 dernières années, n’a rien fait dans le domaine. Ainsi les pouvoirs publics ont adopté une stratégie nationale pour l’emploi des jeunes 2023-2027, axée sur la promotion de l’entrepreneuriat dans l’agriculture, l’agro-industrie et le numérique, le développement de la formation professionnelle, l’accès au microcrédit et le soutien à l’incubation de jeunes entreprises.
Il faut aller plus loin. Nous proposons un certain nombre de mesures d’urgence, selon trois axes.
I- UNE COMPLETE REFONTE DE NOTRE ENSEIGNEMENT A TOUS LES NIVEAUX
A- Lecture et écriture fonctionnelle
Il s’agit de tous les adultes analphabètes, hommes et femme (50% de la population), dont les 22% de jeunes dont nous avons parlé plus haut.
Il convient de mettre à leur disposition l’apprentissage de la lecture fonctionnelle (et si possible de l’écriture ?).
B- Tous les enfants à l’école
Il semble que, malgré les efforts du gouvernement, on n’arrive pas encore à scolariser la totalité des enfants. On parle de scolariser les filles. Parlons de scolariser les garçons et les filles. Trouvons des solutions consensuelles pour les zones où les enfants sont utilisés pour les tâches domestiques, voire pour les travaux des champs.
C- Deux priorités pour le primaire et le secondaire : l’instruction civique et morale et l’enseignement professionnel
L’instruction civique et morale accompagnera l’enfant devenu citoyen toute sa vie et lui évitera de trébucher. La nécessité de l’enseignement professionnel ne devrait pas se discuter. Aujourd’hui, sur 45 à 50 000 élèves qui ont passé le bac avec succès, la moitié ne vont pas plus loin…
Idéalement, on devrait arriver, à terme, à un système où 20% des enfants suivraient le système classique, tandis que 80% alterneraient entre une formation en entreprise et l’enseignement à l’école.
D- L’enseignement supérieur
Une partie de notre enseignement supérieur est une copie conforme du modèle français de l’université-parking, avant le chômage (dans notre cas, avant de devenir conducteur de zémidjan). Il est urgent de définir un ‘’numerus clausus’’ pour chaque branche de l’enseignement, en fonction de ce que réclame le pays pour son développement, avec des passerelles pour ceux qui, à un moment de leur carrière professionnelle, auraient besoin de revenir à l’université » pour suivre une formation supplémentaire.
Les établissements privés dans le supérieur s’adaptent automatiquement à la demande du privé et intègrent au fur et à mesure les nouvelles disciplines, qui naissent sans arrêt.
Il faut que les établissements du public fassent de même, quitte à remettre en cause le système du Cames.
Grace à ces réformes, le marché du travail sera correctement approvisionné en compétences, cependant que les jeunes Béninois (et les plus âgés) trouveront à s’employer.
II FLUIDIFIER LE QUOTIDIEN DES ENTREPRISES
Grace aux réformes engagées sous le président Talon, on peut créer son entreprise en un temps record.
Mais après, que se passe-t-il ? la jeune entreprise trouvera-t-elle la même sollicitude, le même accompagnement de la part de l’Etat ? On peut en douter, à voir le nombre effarant d’entreprises qui ne donnent plus signe de vie, peu de temps après avoir été constituées, et le nombre tout aussi important d’entreprises qui se débattent dans les difficultés et n’arrivent pas à décoller.
Or ce sont ces entreprises qui devraient embaucher les jeunes qui se présentent sur le marché du travail chaque année.
Il devrait en être de même de pépinières qui, à l’image de ce que fait Sèmè City, devraient se développer autour de nos grandes entreprises.
Examinons un par un ces obstacles à l’épanouissement de notre tissus entrepreneurial
A L’arsenal des normes
Les normes ont un but : protéger le consommateur et, le cas échéant, instaurer une discipline chez les opérateurs économiques, qui bénéficiera à l’image du ‘’made in Benin’’ à l’international.
Parlons tout d’abord du cas de l’Autorisation de Mise sur le Marché, l’AMM, délivrée par l’ABEMED ou l’ABSSA
Nous prendrons pour exemple le cas des cosmétiques. Ils dépendent du ministère de la Santé et l’AMM est délivrée par l’Abemed.
Faire homologuer un produit peut coûter jusqu’à 1 000 000 FCFA, dont : 150 000 FCFA pour l’Abemed, une analyse du produit par un laboratoire agréé, l’assistance d’un chimiste certifié ou d’un pharmacien. Si ce produit a plusieurs parfums (par exemple un savon parfumé à la mangue, à l’ananas, à l’orange, etc.), c’est autant de dossiers à déposer : on parle de plus de 10 000 000 FCA pour n’importe quelle PME avec un petit catalogue de produits.
L’AMM tel qu’elle est conçue ne remplit pas les deux objectifs vus plus haut.
Les procédures de l’ABSSA sont similaires à celles de l’ABEMED.
Une simplification des procédures et une réduction drastique des délais de délivrance s’imposent, ainsi qu’une révision des coûts. D’une manière générale, le processus d’obtention des AMM devrait être rendu accessible à tous les opérateurs économiques concernés (cosmétique, alimentaire, etc.), quitte à subventionner ce processus.
Il en résulterait forcément une croissance de ces unités qui sont de fortes créatrices d’emplois.
Mentionnons également l’Agence Béninoise de l’Environnement (ABE)
La délivrance d’un certificat ABE est un prérequis à tout investissement au Benin. Sur le principe c’est une bonne chose.
Tout investissement doit faire l’objet de la délivrance d’un certificat de conformité environnemental
Sauf si bien sûr on investit dans la Zone de Glo-Djibé, le processus d’obtention de ce certificat pour un investisseur industriel ou commercial qui veut s’installer ou se développer dans le Benin hors ZES est un handicap majeur au développement.
Le processus est particulièrement compliqué. Il faut s’adresser à des cabinets d’experts qui sont liées à l’ABE (certifiées ou agrées).
Le processus est particulière long et opaque
Description du processus de fabrication
Etude l’impact (environnement, voisinage…)
Présentation du projet à la commission de l’ABE qui a des experts externes non dédiés à ces opérations, et pas toujours spécialistes ou avec des compétences liées au dossier présenté.
Passage en commission qui est souvent débordée et qui ne se réunit pas assez souvent…
Passage à nouveau en commission après correction du texte du projet de rapport
Tout ceci est un parcours particulièrement frustrant pour un investisseur commercial ou industriel au Benin
Il faut au minimum 6 mois pour avoir ce Certificat de Conformité Environnementale, dont une période d’environ 5 mois pour l’étude des cabinets d’expertises qui montent les dossiers.
L’ABE s’engage à donner une réponse sous deux semaines après présentation finale du dossier. C’est vertueux mais cela ne tient pas compte de ces 5 mois (+) de préparation du dossier jusqu’à sa présentation en commission. De plus la commission ne se réunit pas assez souvent au vu des nombreux dossiers en attente, ce qui rallonge encore les délais d’obtention du Certificat de Conformité Environnementale.
Sans ce certificat on ne peut pas : passer de commandes de matériels, commencer des travaux, approcher une banque pour un prêt, etc….
l’ABE est la première agence (après passage à l’APIEx) avec laquelle tout investisseur doit faire face.
Si on n’a pas une connaissance des rouages parfois obscurs de l’administration béninoise, la complexité et les délais d’obtention de ce certificat environnemental sont une vraie source de découragement, voire un frein à l’investissement industriel au Benin.
L’ABE a fait des efforts sur sa gestion de projets, le dernier en date est l’obtention du Certificat de Conformité Environnementale par internet
Cependant le processus des études faites par les agences d’experts qui sont liées à l’ABE (certifiées ou agrées) doit être revu, simplifié, raccourci et surtout être plus transparent.
Les délais de revue sur lequel s’engage l’ABE fait totalement abstraction des 5 mois minimum de montage des dossiers par les agences agrées qui souvent ne font que du copier/ coller par rapports aux projets identiques. Environ 40 pages des rapports des agences ne sont souvent que des rappels de textes, le dossier ne comprend souvent que 20 pages réellement importantes pour l’analyse du dossier et la délivrance du certificat.
De plus les tarifs et la façon de procéder des agences qui gravitent autour de la préparation de ces certificats devraient être beaucoup plus transparents, même si des progrès ont été faits dans ce domaine.
Au total, les agences évoquées ci-dessus ont un fonctionnement bureaucratique, au lieu d’une démarche d’accompagnement bienveillant d’entités dont dépend notre marché de l’emploi et ces masses de jeunes et moins jeunes qui sont sur le marché en attente d’une opportunité de travail.
C La prudence dans les décisions de l’Etat
Ce n’est certainement pas faux de définir les 10 années passées comme une période où l’Etat a fait preuve de volontarisme et a su trancher avec rapidité.
Dans les grandes entreprises japonaises, le processus de décision est lent : on consulte et on arrive à un consensus ; après quoi la mise en œuvre est rapide.
Au contraire, chez nous, on voit trop souvent des décisions prises d’en haut, sans véritable consultation, par des gens qui croient savoir, et qu’on doit ensuite adapter à la réalité du terrain.
Cela ne veut pas dire n’est pas dire qu’on doit prendre en compte tous les intérêts qui se dévoilent dans le processus de consultation ; mais au moins on aura pris en compte les propositions qui vont dans le bon sens et on aura identifié les réticences futures à surmonter.
Le maître-mot doit être la concertation, même s’il est entendu que l’Etat a le dernier mot.
C Les limites de la taxation
Il faut être conscient que le secteur formel a été bien identifié, cartographié et que peu échappe à la vigilance de notre administration fiscale.
L’administration semble l’avoir compris puisqu’elle dit vouloir se concentrer sur l’informel. Il faut être conscient que cela prendra des années et qu’il faudra y aller de façon modérée pour éviter les aller-retours qu’on constate actuellement entre formel et informel.
Il y a aussi des domaines où la défiscalisation est une condition pour faire naitre un secteur ; c’est le cas pour l’industrie cinématographique qui prospère dans des environnements fiscalement attractifs : Maroc, Afrique du Sud, Belgique…
Au Maroc encore, l’Etat a créé des Zones d’Accélération Industrielle, avec des exonérations fiscales pouvant être permanentes après 25 ans (impôt sur les sociétés de 15%) pour attirer l’automobile, l’aéronautique, le textile ?
Dans la première tribune, j’avais justement évoqué Hong-Kong, Singapour, l’Estonie où le taux de l’impôt sur les sociétés (profits) est à 15 %. On observe généralement que, lors du passage à ce taux moins élevé, il n’y a pas de perte de recette totale, car des opérateurs économiques vivant dans l’informel préfèrent alors se formaliser à un faible coût plutôt que de vivre dans l’insécurité. A ce sujet, on a besoin, chez nous, d’une éducation des entrepreneurs vis-à-vis de l’impôt et du bénéfice par rapport au risque de l’impôt payé.
Par ailleurs, ce serait un produit d’appel vis-à-vis des investisseurs internationaux qui y verraient un important élément de différenciation avec les autres options de la sous-région.
D L’assainissement du marché
Trop de produits arrivent par le port et entrent sans contrôle, alors que nos unités de production nationales sont étroitement contrôlées.
Il n’est pas normal que du concentré de tomate sans un gramme de tomate dans la boite de conserve arrive sur nos marchés à des prix défiant littéralement toute concurrence, mais à quel prix pour la santé de nos populations !
Tous les produits alimentaires qui arrivent par le port devraient être strictement contrôlés par l’ABSSA. Au contraire, ce qu’on voit, c’est un acharnement contre-productif sur les productions locales, cependant qu’on ferme les yeux sur la (non)qualité des produits importés.
Trop de produits (alimentaires ou non alimentaires) traversent les frontières terrestres sans payer des droits de douane et concurrencent les produits fabriqués au Bénin.
C’est le rôle de la Douane de leur faire la chasse, en utilisant l’arme de la facture normalisée.
Nous ne pourrons pas avoir un tissu industriel solide, créateur de nombreux emplois, tant qu’il sera soumis à une concurrence aussi déloyale, au vu et au su de tous.
E L’Etat client
Nous reprenons ici le paragraphe de la première tribune, intitulé : ‘’le paiement à bonne date des créances de l’Etat
Les dettes de l’Etat à l’égard de ses fournisseurs constituent une sorte de « shadow banking » : il arrive que l’Etat et ses démembrements mettent un an, voire deux, à régler leurs fournisseurs, lesquels doivent se retourner vers le système bancaire pour survivre à ces situations. En clair, ils accordent à l’Etat un crédit fournisseur à 0 %, cependant qu’eux-mêmes s’endettent à 8 ou 9 %, parfois plus, auprès des banques. Bien évidemment, ces fournisseurs, pour assurer leur survie, ont gonflé leurs offres de 20 ou 30 % ; ceux qui ne l’ont pas fait tombent en faillite.
Ce système est fondamentalement malsain et il doit être arrêté dans l’intérêt de tous.
La méthode ? Créer une base de données centralisée permettant de tracer chaque marché de l’Etat en précisant la date d’émission de la facture définitive ou du relevé ; classer en anomalie toute délivrance d’attestation de service fait ou de produit livré supérieur à 30 jours ; puis classer en anomalie tout règlement qui n’aurait pas été effectué dans les 30 jours qui suivent la délivrance de l’attestation.
Il sera certainement nécessaire de créer un mécanisme pour s’assurer que les fonds sont disponibles pour financer chaque activité prévue au budget de l’Etat et de ses démembrements. Un effet vertueux de cette réforme serait que des appels d’offre se feraient à des prix moins élevés dès l’instant où les entreprises privées sauraient qu’elles vont être réglées rapidement.
Sans cette réforme, il n’y aura guère de possibilités de croissance saine des opérateurs économiques tournés vers l’Etat, qui sont très nombreux.
III L’ETAT STRATEGE
A L’Etat peut et doit susciter la création de filières ou leur renforcement
Nous avons cité ailleurs le cas des fruits (mangues, etc.) qui pourrissent sur l’arbre dans le Nord, faute de la création d’entrepôts frigorifiques et d’une chaine du froid.
La filière cajou a un grand potentiel :
-il faut continuer la remise à niveau du verger : pas plus de 100 arbres à l’hectare, surgreffage, pépinières, nouvelles plantations…
-la collecte doit être réorganisée sur le modèle de la Tanzanie, avec des entrepôts dédiés, dont les employés sauraient évaluer le KOR des livraisons faites par les intermédiaires ou les planteurs eux-mêmes.
-une commercialisation numérisée, apportant de bons revenus aux planteurs.
Mais beaucoup d’autres produits agricoles peuvent être valorisés.
Nous ne produisons pas assez de tomates, de légumes.Le potentiel des oranges est largement sous-exploité : une fois pressée pour son jus, il reste le zeste dont on peut extraire une huile essentielle très recherchée en Europe, où on refuse désormais les huiles synthétiques ; le jus lui-même peut être déshydraté pour extraire la poudre des vitamines C, D, A qui, sous forme de gélules, replaceraient les produits synthétiques importés. Enfin la peau, séchée et broyée, peut aller à l’alimentation animale.
La papaye, quant à elle, contient 3 éléments : le jus (vitamine A), la chair (pour la santé digestive) et la peau pour l’alimentation animale ; les pépins servent à la cosmétologie, aux antiparasitaires ; enfin on extrait la papaïne, qui sert en cosmétologie et aussi comme anti-vieillissant en Asie.
La chair de l’ananas contient de la broméline, qui fait fondre les graisses dans les vaisseaux
Autant de pistes ouvertes par IRGIB, qui pourraient empruntées par nos candidats à l’entrepreneuriat.
B Mais l’Etat ne doit devenir entrepreneur que là où le secteur privé ne peut pas intervenir
Ainsi, est-il indispensable au développement industriel du Benin qu’une cimenterie soit créée par l’Etat, alors que les cimentiers existants sont désireux d’accroitre leurs capacités ?
A contrario, ce serait le rôle de l’Etat de lancer, en PPP, le projet d’une mini centrale nucléaire, non seulement créatrice d’emplois pointus, mais surtout susceptible de fournir, dans le moyen terme, une électricité moins chère qu’actuellement, un facteur essentiel dans la croissance de notre industrie
C Par ailleurs, l’Etat doit éviter de fixer des prix, car il élimine un signal important
Le cas emblématique est celui du prix du ciment, secteur dans lequel règne la concurrence et qui devrait être laissé à la vérité des coûts et des prix.
Par contre, dès l’instant où la spéculation s’installe, dans quelque secteur que ce soit, c’est le rôle de l’Etat d’intervenir.
D Enfin, le protectionnisme n’est pas un gros mot
Rappelons que les Etats-Unis sont arrivés à être la première puissance économique mondiale dès le début du XXe siècle grâce au protectionnisme tout au long du XIXe siècle. Ils n’ont pas hésité, pour l’imposer, à lancer une guerre civile (la Guerre de Sécession) contre les états du Sud libre-échangistes.
On l’a vu en Europe à l’occasion du Covid, il y a des produits où l’on n’est pas compétitif, mais où l’on doit conserver une production nationale pour les inévitables périodes de crise. Pour l’Europe, c’était hier les médicaments ; demain, ils se rendront compte que c’est aussi la production agricole ; mais leur nihilisme, diagnostiqué par Emmanuel Todd, les empêche de le voir. Chez nous, il s’agit de la riziculture, des pâtes alimentaires, pour passer les périodes de forte tension sur les marchés qui nous attendent. Pour notre développement industriel, dans la mesure où nous ne pouvons pas avoir des productions en très grandes séries comme la Chine, l’Inde ou la Turquie, il nous faudra choisir nos combats un par un, sans quoi la logique du libre-échange nous ramènera à l’exportation de produits bruts, comme il y a 50 ans et plus.
Bien entendu, la protection de l’Etat ne devrait être accordée qu’à de véritables capitaines d’industrie et non à des opportunistes à la recherche d’aubaines, qui n’apportent pas au pays une véritable valeur ajoutée. Le champion national doit être concurrentiel sur son marché et performant.

