Un dialogue consultatif historique a débouché, le 9 avril dernier, sur l’adoption à l’unanimité du Consensus d’Abidjan, qui lance la Nouvelle architecture financière africaine pour le développement (Nafad). Articulé autour de onze engagements, il trace une feuille de route visant à transformer la mobilisation des ressources africaines et à bâtir une souveraineté financière durable.
Le Consensus d’Abidjan fixe onze priorités pour la Nouvelle architecture financière africaine pour le développement (Nafad). Il s’agit de mobiliser l’épargne intérieure et de la canaliser vers des investissements productifs, de réduire le coût du capital grâce à une architecture continentale de partage des risques et de garanties, d’intégrer les marchés de capitaux africains par des cadres réglementaires harmonisés et des instruments en monnaie locale, et de placer l’emploi des jeunes ainsi que l’autonomisation des femmes au cœur de la stratégie.
Présenté par le ministre ivoirien du Plan et du Développement, Souleymane Diarrassouba, le texte prévoit également de financer les grandes priorités de transformation, de renforcer le pipeline de projets bancables, d’impliquer les gouvernements et les régulateurs, d’instaurer une coordination permanente et d’associer les partenaires internationaux dans une logique de respect des priorités africaines.
La Nafad s’inscrit dans la vision des « Quatre points cardinaux » défendus par Dr Ould Tah, président du Groupe de la Banque africaine de développement (Bad). Le premier axe vise à libérer la puissance du capital africain. Le deuxième entend réformer en profondeur l’architecture financière du continent. Le troisième cherche à transformer le boom démographique en dividende économique. Le quatrième met l’accent sur la construction d’infrastructures résilientes et à forte valeur ajoutée. Cette refondation structurelle entend rompre avec la dépendance aux capitaux extérieurs et aux financements concessionnels, jugés insuffisants pour soutenir une transformation à grande échelle.
Un potentiel à valoriser
L’Afrique fait face à un déficit de financement du développement estimé à 400 milliards de dollars par an. « Le véritable obstacle à la mise en œuvre de l’Agenda 2063 de l’Union africaine est le financement », a rappelé le professeur Carlos Lopes, économiste bissau-guinéen. Selon lui, les financements concessionnels ont montré leurs limites : « Ils n’ont jamais été conçus pour financer la transformation à grande échelle. »
Pourtant, le continent dispose d’une épargne institutionnelle et de ressources endogènes considérables, évaluées à près de 4 000 milliards de dollars à moyen et long terme. « La problématique ne réside pas dans la rareté des ressources, mais dans leur mobilisation », a insisté le président de la Bad, Dr Sidi Ould Tah, qui juge l’architecture financière actuelle « inadéquate et inadaptée ».
La Nafad vise à réorganiser la manière dont les capitaux et les risques sont déployés, en s’appuyant sur une coordination permanente et des mécanismes innovants. « Nous avons décidé de débloquer la vaste épargne intérieure de l’Afrique et de la canaliser systématiquement vers l’investissement productif », a déclaré Souleymane Diarrassouba.
Un rapport d’étape sera présenté lors de la prochaine réunion de coordination de l’Union africaine dans six mois. L’Afrique entre ainsi dans une phase où l’ingénierie financière doit se traduire par des résultats tangibles : baisse des coûts de financement, montée en puissance des chaînes de valeur régionales et souveraineté économique assumée.
Société civile et diaspora en première ligne
La Bad a également consulté plus de 45 pays africains et impliqué la diaspora, qualifiée de « sixième région africaine ». Les propositions incluent la création d’obligations diaspora, de micro-obligations communautaires et de plateformes numériques de financement participatif. L’exemple du Nigeria, qui a mobilisé 300 millions de dollars via une obligation diaspora, illustre le potentiel de ces mécanismes.
Les organisations de la société civile réclament, quant à elles, des mécanismes de redevabilité partagée et un suivi citoyen des projets afin de renforcer la transparence et l’appropriation locale.
« C’est un moment historique : le Consensus d’Abidjan redéfinit l’avenir du financement sur notre continent », a déclaré Dr Ould Tah. Pour lui, le passage de la Nafa à la Nafad exprime « une réelle détermination à surmonter les obstacles structurels ».
En scellant l’unité de l’écosystème financier africain, le Consensus d’Abidjan marque une étape majeure vers la souveraineté économique du continent. Le défi est désormais d’opérationnaliser cette architecture ambitieuse.
Par Aké MIDA

