Portée conjointement par la Banque africaine d’import-export (Afreximbank) et l’Organisation des producteurs de pétrole africains (APPO), la nouvelle institution financière panafricaine a officiellement annoncé sa création à l’occasion de sa première Assemblée générale, tenue le samedi 31 octobre 2026 à Abuja, au Nigeria. Cette rencontre a également été marquée par la nomination de son premier président, Helmy Ghazi, et la constitution de son premier Conseil d’administration. Elle s’est déroulée en présence de Heineken Lokpobiri, ministre d’État nigérian chargé des Ressources pétrolières, George Elombi, président d’Afreximbank, et Mamadou Sangafowa-Coulibaly, ministre ivoirien des Mines, du Pétrole et de l’Énergie.
Cette rencontre inaugurale marque l’aboutissement d’un processus engagé pour doter le continent d’un instrument financier capable de soutenir ses ambitions énergétiques. Au-delà de la création officielle de l’institution, les travaux ont permis de prendre plusieurs décisions, notamment la désignation du premier dirigeant de la Banque et la constitution de son organe de gouvernance. Pour les deux institutions promotrices, la création de l’AEB traduit la volonté des États africains de renforcer leur maîtrise du financement de leur avenir énergétique, dans un environnement international marqué par la réorientation des financements vers des sources d’énergie moins carbonées.
L’une des principales décisions de cette première Assemblée générale concerne la nomination de Helmy Ghazi au poste de premier président de la Banque africaine de l’énergie. Cette désignation constitue une étape majeure dans la mise en place de la gouvernance de l’institution. Il lui reviendra désormais de conduire les premières orientations stratégiques, de contribuer à la mise en place de l’organisation administrative et financière et de piloter le lancement des activités. Il convient de préciser que le communiqué officiel d’Afreximbank et de l’APPO désigne Helmy Ghazi comme le premier président de la Banque (inaugural President), et non comme directeur général.
Dans le même temps, les participants ont procédé à la constitution du premier Conseil d’administration. Celui-ci sera composé de représentants des secteurs public et privé, ainsi que d’institutions africaines de premier plan dans l’élaboration des politiques publiques. Cet organe aura un rôle déterminant dans la gouvernance de l’établissement, notamment en matière d’orientations stratégiques, de supervision et de développement des activités.
Un capital autorisé de 5 milliards de dollars pour financer l’énergie africaine
La mise en place de l’AEB intervient dans un contexte où les besoins d’investissement énergétique du continent sont considérables. Selon les données communiquées par les institutions promotrices, ils sont estimés à environ 200 milliards de dollars. Paradoxalement, alors que le pétrole et le gaz continuent de jouer un rôle important dans les systèmes énergétiques africains, plusieurs bailleurs internationaux traditionnels réduisent leur exposition aux projets liés aux énergies fossiles.
C’est précisément pour répondre à cette difficulté que l’AEB entend mobiliser des ressources financières auprès des gouvernements, des compagnies pétrolières nationales, des institutions financières et des investisseurs privés. Avec un capital autorisé de 5 milliards de dollars, elle ambitionne de soutenir les investissements sur l’ensemble de la chaîne de valeur énergétique. Ses interventions concerneront notamment l’exploration et la production des hydrocarbures, le transport, la transformation, le raffinage et la distribution des produits énergétiques.
L’institution entend également contribuer au renforcement des capacités de raffinage sur le continent, à la réduction de la dépendance africaine aux importations de produits pétroliers et au développement des échanges énergétiques entre les pays africains. Au-delà des hydrocarbures, ses promoteurs soulignent également l’importance des investissements dans la production et le transport de l’énergie pour accompagner l’industrialisation du continent et répondre aux nouveaux besoins liés aux technologies émergentes, notamment à l’intelligence artificielle.
Le défi de la mobilisation effective des ressources
La création officielle de la Banque africaine de l’énergie ouvre ainsi une nouvelle séquence dans l’architecture financière du secteur énergétique africain. L’ambition affichée est de faire de cette institution un établissement financier panafricain indépendant et supranational, capable de mobiliser des capitaux africains et internationaux au service du développement énergétique du continent. Mais l’annonce de la création de la Banque et de son capital autorisé ne signifie pas que l’intégralité des 5 milliards de dollars est déjà disponible pour financer les projets. La mobilisation effective des ressources, la structuration des mécanismes de financement et la sélection des investissements constitueront les prochaines étapes déterminantes. Pour Helmy Ghazi et le premier Conseil d’administration, l’enjeu sera donc de transformer les ambitions institutionnelles en réalisations concrètes. Après les différentes étapes préparatoires, dont la signature de l’accord constitutif en juin 2024 au Caire et l’installation du siège à Abuja, l’institution dispose désormais de ses premiers responsables et de ses organes de gouvernance. Reste à traduire cette avancée en financements accessibles aux États et aux opérateurs économiques africains. C’est à cette capacité d’intervention que se mesurera, à terme, la contribution réelle de la Banque africaine de l’énergie à la sécurité énergétique, à l’industrialisation et à la souveraineté économique du continent.
Par Bidossessi WANOU


