Ancienne associée du fondateur de Wagner, Yulia Berg-Afanasyeva est sous sanctions américaines et européennes pour ingérence électorale en Afrique. Depuis la mort d’Evgueni Prigojine en 2023, elle s’est reconvertie en lobbyiste et s’impose comme une figure de proue de l’implantation des entreprises russes sur le continent, de l’énergie au bâtiment.
Yulia Berg-Afanasyeva a longtemps opéré au sein du « Back office », la branche numérique de Wagner en Afrique. Sous sanctions de Washington et de Bruxelles, elle poursuit aujourd’hui sa carrière plus discrètement, mais au service des mêmes intérêts. Avec l’homme d’affaires russe Andreï Gromov, elle a cofondé un centre de promotion des affaires russo-africaines, tremplin d’un lobbying commercial assumé. Ces structures restent proches des services de sécurité russes, dans une zone grise où intérêt d’État et contrats privés se confondent.
Le groupe de relations publiques GR Group, actif dans 52 pays, se concentre depuis 2022 sur l’Afrique. Ses relais visent deux marchés stratégiques : le bâtiment, où Berg-Afanasyeva conseille une organisation patronale russe du secteur, et l’énergie, via l’Association énergétique afro-russe.
Des réseaux russes à la conquête des marchés africains
À travers ce même réseau, elle démarche les PME russes et africaines et multiplie les déplacements, du Togo à la Tanzanie, pour pousser le secteur russe des renouvelables. Objectif : bâtir une plateforme énergétique russe en créant des conditions de marché favorables aux entreprises de Moscou, Rosatom en première ligne.
Cette offensive commerciale se déploie jusqu’au Sahel. En juin 2025, le Mali a signé à Moscou un accord de coopération nucléaire avec Rosatom, dans une dynamique qui associe aussi le Burkina Faso et le Niger. Sur les projets d’énergies renouvelables, plusieurs sources sahéliennes rapportent que des entreprises occidentales se retrouvent écartées par la pression des réseaux russes.
La transparence des marchés en question
Pour la Côte d’Ivoire et ses voisins de la CEDEAO, l’enjeu est clair : derrière la reconversion d’une opératrice sanctionnée se joue une bataille pour le contrôle des marchés énergétiques et des grands chantiers ouest-africains.
Comment garantir des appels d’offres transparents quand des réseaux d’influence sanctionnés s’invitent dans les marchés stratégiques de la région ?
F. Kouadio

