La Zone industrielle de GloDjigbé (Gdiz) devient le symbole d’une stratégie de montée en gamme, destinée à capter localement la richesse agricole et à inscrire le pays dans les chaînes de valeur mondiales.
Classée meilleure Zone industrielle d’Afrique et 7ᵉ place au plan mondial par fDi Intelligence (division du Financial Times) en 2025, la Zone industrielle de GloDjigbé (Gdiz) incarne la vision stratégique du Bénin de rompre avec son modèle de croissance traditionnel. Ce succès international illustre l’ambition du pays de se positionner comme un hub industriel régional majeur et de transformer durablement son économie.
Longtemps dépendant de l’exportation de produits agricoles bruts, le Bénin a franchi un cap décisif. Aménagée sur une superficie de 1 640 hectares et extensible sur 10 000 hectares, la zone économique spéciale de GloDjigbé matérialise la volonté politique de transformer le coton, l’anacarde, le soja ou l’ananas en biens intermédiaires et produits finis à forte valeur ajoutée.
Les exportations béninoises traduisent déjà ce glissement structurel. Selon la direction générale de l’économie (Dge), elles ont atteint 674,7 milliards F Cfa en 2024, dominées par le coton (303,6 milliards F Cfa) et les graines oléagineuses (61,2 milliards F Cfa). Le secteur secondaire contribue désormais à près de 19 % du Pib, contre 13 % en 1981, confirmant la montée en puissance industrielle.
Combinée à l’augmentation de la productivité agricole, aux grands travaux d’infrastructures et à une activité commerciale vigoureuse, l’accélération du développement de la Gdiz soutient la solidité macroéconomique du pays. L’Institut national de la statistique et de la démographie (Instad) estime que l’économie béninoise affichera une croissance robuste de 8,1 % en 2025. Pour 2026, la Banque africaine de développement (Bad) projette une croissance de 7,0 %, portée par une inflation solidement maîtrisée autour de 1,1 %.
Partenariat structurant et impacts

Le projet repose sur un partenariat publicprivé (Ppp) entre l’État béninois et le groupe Arise Iip. L’État assure la sécurisation foncière, les infrastructures de connexion et le cadre réglementaire, tandis que le partenaire privé apporte son expertise technique et la gestion opérationnelle. Un guichet unique simplifie l’ensemble des formalités administratives et douanières, offrant aux investisseurs un environnement prévisible, transparent et hautement attractif.
La Gdiz favorise la diversification des revenus et l’insertion stratégique du Bénin dans les chaînes de valeur mondiales. Elle stimule la création d’emplois durables, absorbe une maind’œuvre jeune et réduit la vulnérabilité du pays aux chocs extérieurs. Le pôle industriel poursuit sa trajectoire ascendante avec l’objectif de générer 300 000 emplois directs à l’horizon 2030, après avoir déjà atteint 40 000 emplois fin 2025.
De plus, l’initiative « Gdiz Local Impact », lancée en 2025, témoigne de la volonté d’intégrer les Petites et moyennes entreprises (Pme) locales dans cet écosystème dynamique par la soustraitance et la fourniture de biens. Plus de 50 entrepreneurs béninois ont déjà été impliqués, garantissant que les bénéfices de l’industrialisation irriguent l’ensemble du tissu économique national.
Les défis à relever

Cette transformation pose toutefois des questions essentielles. La durabilité environnementale reste un enjeu central, dans un contexte où l’industrialisation de masse doit impérativement s’accompagner de normes écologiques et de stations de traitement strictes. La formation technique et l’adaptation des compétences locales sont également cruciales pour répondre aux besoins précis des nouvelles unités de production (textile, transformation de noix de cajou). Enfin, l’intégration régionale doit être consolidée afin de positionner définitivement le Bénin comme le hub logistique et industriel de référence au sein de l’Union économique et monétaire ouestafricaine (Uemoa).
Plus qu’un projet industriel, la Gdiz s’impose comme le moteur de la souveraineté économique du Bénin. En réussissant à concilier croissance inclusive, durabilité et gouvernance rigoureuse, elle dessine les contours d’un modèle d’émergence reproductible à l’échelle du continent.
Par Aké MIDA

