L’efficacité gouvernementale reste un déterminant majeur de la capacité des États à conduire les réformes, attirer les investissements et améliorer les services publics. Le dernier rapport « Chandler Good Government Index 2026 » qui mesure cette performance donne un aperçu éloquent sur la situation au sein de l’UEMOA.
Ce classement dévoilé en mai dernier évalue la capacité des gouvernements de 133 pays à agir efficacement, indépendamment de leur régime politique ou de leur idéologie. Il repose sur 35 indicateurs répartis en sept piliers : leadership et vision prospective, solidité des lois et des politiques publiques, force des institutions, gestion rigoureuse des finances, attractivité du marché, influence et réputation à l’international, ainsi que capacité à favoriser l’épanouissement des citoyens.
Le Bénin en tête
Selon le rapport, c’est le Bénin qui arrive en tête non seulement dans l’UEMOA mais aussi dans l’ensemble de la CEDEAO occupant le 8e rang en Afrique. Son positionnement s’explique notamment par des réformes répétées dans la digitalisation de l’administration, la gestion publique et l’amélioration du climat des affaires. Le pays se distingue surtout par une meilleure stabilité institutionnelle, une capacité plus affirmée à mobiliser les ressources publiques et une gouvernance économique plus lisible pour les investisseurs.
Le Bénin est suivi par la Côte d’Ivoire qui bénéficie d’un poids économique plus important, d’une administration relativement plus structurée et d’une capacité d’investissement publique plus soutenue.
Le Sénégal, de son côté arrive 3e en matière de gouvernance. Plus globalement, dans plusieurs pays de l’espace communautaire, les administrations restent marquées par des lenteurs procédurales, un déficit de coordination entre ministères, une faible culture de la performance et une exécution parfois incomplète des projets. Ces faiblesses pèsent sur la mise en œuvre des politiques sociales, des infrastructures et des réformes structurelles.
Les finances publiques sous pression
L’un des enseignements majeurs du classement 2026 concerne la gestion responsable des finances publiques. Pour les États de l’UEMOA, c’est un pilier décisif, car la plupart évoluent dans un contexte de ressources limitées, de dette croissante et de besoins sociaux élevés. L’amélioration de la gouvernance budgétaire est donc devenue un impératif, non seulement pour préserver la soutenabilité des finances publiques, mais aussi pour renforcer la confiance des bailleurs, des investisseurs et des citoyens. Dans plusieurs pays de l’Union, les marges budgétaires restent réduites par la masse salariale, les subventions, les dépenses incompressibles et le poids de la dette. À cela s’ajoute une pression forte sur les dépenses de santé, d’éducation, de protection sociale et d’infrastructures. Dans ce contexte, l’efficacité ne se mesure plus seulement à la taille du budget, mais à sa capacité à produire des résultats visibles.
Le rapport Chandler souligne justement que les progrès africains récents sont en partie liés à une meilleure stabilisation des finances publiques et à des efforts plus soutenus pour améliorer la prestation de services. Dans l’UEMOA, cette tendance existe, mais elle reste fragile. Les réformes de rationalisation budgétaire, de digitalisation des dépenses et de suivi des projets publics devront être approfondies pour transformer durablement la gouvernance économique.
Institutions, marché et citoyens
Au-delà des finances, la performance gouvernementale dans l’UEMOA dépend aussi de la qualité des institutions. Un État efficace n’est pas seulement un État qui dépense mieux, mais aussi un État qui coordonne mieux, arbitre plus vite et applique ses décisions de manière cohérente. Dans cette perspective, la solidité des administrations, la fiabilité du cadre juridique et la transparence dans l’action publique jouent un rôle essentiel. L’attractivité du marché constitue également un enjeu central. Dans une région qui cherche à capter davantage d’investissements privés, les droits de propriété, la sécurité juridique, la logistique et la qualité des infrastructures publiques sont des leviers déterminants. Un environnement institutionnel lisible favorise l’implantation d’entreprises, facilite le financement des projets et soutient la création d’emplois.
À l’inverse, les incertitudes réglementaires et les lenteurs administratives freinent les initiatives. Enfin, l’efficacité gouvernementale se juge aussi à l’amélioration concrète du quotidien des citoyens. Santé, éducation, emploi, qualité des services publics, stabilité des prix et réduction des inégalités constituent des indicateurs de fond. Sur ce terrain, l’UEMOA fait encore face à d’importants défis. Les progrès enregistrés existent, mais ils doivent davantage se traduire dans la vie quotidienne des populations, notamment en zone rurale, où l’accès aux services de base reste souvent inégal.
Un enjeu de long terme
Le rapport 2026 rappelle que l’Afrique progresse, mais qu’elle reste encore en retrait à l’échelle mondiale. Dans l’UEMOA, la réalité est similaire : les avancées sont réelles, mais elles restent insuffisantes pour combler rapidement l’écart avec les économies les plus performantes. Aucun pays africain n’intègre le Top 50 mondial du classement, ce qui souligne l’ampleur du chemin à parcourir. Pour les États de l’Union, l’enjeu n’est donc pas seulement d’améliorer un score ou de gagner quelques places dans un classement.
Il s’agit surtout de bâtir des administrations plus efficaces, plus prévisibles et plus proches des besoins des citoyens. Cela suppose des réformes de fond, une meilleure coordination entre institutions, une gestion budgétaire plus rigoureuse et un pilotage plus clair des priorités nationales. Dans un contexte où les attentes sociales sont fortes et les ressources limitées, l’efficacité gouvernementale devient un outil stratégique. Elle conditionne la capacité des pays de l’UEMOA à accélérer leur développement, renforcer leur compétitivité et répondre durablement aux défis économiques et sociaux.

