Quelques jours après l’autorisation donnée pour le remboursement partiel de 10 milliards de FCFA au titre du Prélèvement communautaire de solidarité (PCS) de l’UEMOA, le débat s’ouvre sur la portée de cette décision. Entre respect des engagements communautaires, crédibilité financière et dynamique d’intégration régionale, Léonard Dossou, coordinateur de la Plateforme Média UEMOA et promoteur du Groupe de presse L’économiste du Bénin, livre son analyse des enjeux qui entourent cette démarche du Bénin.
En tant Coordonnateur de la Plateforme des Médias de l’Uemoa, comment interprétez-vous la décision du Bénin de procéder au remboursement partiel de 10 milliards FCFA au titre du PCS de l’Uemoa ?
En notre qualité de Coordonnateur de la Plateforme des Médias de l’Uemoa (PDM Uemoa) regroupant plus de trois (300) médias de notre espace communautaire, nous saluons ce nouvel engagement du Bénin. Le Prélèvement Communautaire de Solidarité (PCS) constitue l’une des principales ressources propres de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (Uemoa). Il participe d’ailleurs au financement de nombreux projets régionaux : routes, énergie, santé, finances, etc, pour impacter plus de 130 millions de populations. C’est vous dire que ce reversement qui est décidé peu après l’installation du Président Romuald Wadagni peut être considéré comme une volonté politique de normaliser les relations financières entre le Bénin et les institutions communautaires. C’est un message de crédibilité en ce sens que le respect des engagements communautaires renforce la confiance des partenaires régionaux. Au-delà de l’aspect financier, cette démarche honore et renforce l’image d’un Bénin respectueux des règles communautaires. Elle pourrait accroître l’influence du Bénin dans les discussions régionales et lui permettre de défendre plus efficacement ses positions sur les grands dossiers économiques de l’Union.
Quels risques le Bénin encourait-il en maintenant durablement des arriérés sur le Prélèvement Communautaire de Solidarité ?
Des retards prolongés peuvent fragiliser le fonctionnement régulier , les mécanismes de financement de l’Union et affaiblir la confiance entre États membres. Ils peuvent également limiter la capacité du Bénin à plaider pour davantage de solidarité communautaire sur certains sujets d’intérêt.
Le PCS finance les institutions communautaires, mais aussi des programmes régionaux dans les domaines des infrastructures, de la sécurité alimentaire ou encore de l’harmonisation des politiques économiques. En s’acquittant de ses obligations, le Bénin participe directement au fonctionnement de cette institution sous régionale. Il s’agit avant tout d’un premier signal positif. Toutefois, la question d’un calendrier global d’apurement pourrait se poser afin de donner davantage de visibilité aux partenaires communautaires et de démontrer un engagement durable.Ce paiement de 10 milliards après seulement quelques jours d’investiture, ajouté à la tournée sous régionale du Président avec ses voisins constitue à mon avis une annonce de la méthode Wadagni, qui annonce une nouvelle saison, de développement basé sur la coopération et la solidarité.
Quel message cette décision envoie-t-elle aux autres États membres confrontés à des tensions budgétaires ?
Plusieurs économistes et décideurs avertis reconnaissent que l’Uemoa est l’une des meilleures organisations sous régionales qui joue un rôle clé dans le processus de développement, avec l’appui des institutions comme la BOAD , la BCEAO, la BRVM etc….. L’Uemoa est un exemple réussi de communauté et de solidarité qui a montré sa capacité à résister aux chocs de toutes sortes. Les différents pays doivent honorer cet engagement qui est vital pour la Commission de l’Uemoa. Cette décision rappelle qu’il est possible de concilier contraintes budgétaires nationales et respect des obligations communautaires. Même dans un contexte financier exigeant, des efforts progressifs peuvent être consentis pour préserver la solidarité régionale. Beaucoup d’acteurs économiques ignorent encore le rôle joué par ce prélèvement dans le financement de l’UEMOA. Une meilleure communication autour de son utilité permettrait de renforcer l’adhésion des populations au projet communautaire. Le respect des engagements financiers constitue souvent un préalable à une participation plus active dans la définition des politiques communautaires.
Par Sylvestre TCHOMAKOU

