Sous la présidence de Patrice Talon, le secteur de la santé au Bénin a connu une transformation structurelle majeure. Les actions se sont concentrées sur le renforcement du plateau technique, l’amélioration de la gouvernance hospitalière, la construction d’infrastructures modernes et la mise en œuvre de la Couverture Sanitaire Universelle (CSU) pour garantir l’accès aux soins à l’ensemble des couches sociales.
En matière de structures, il y a eu la création de l’Autorité de régulation du secteur de la santé. Cette autorité qui doit, en fait, veiller à la réalisation du droit à la santé, à l’offre de soins de qualité à la population. La deuxième réforme majeure a été la création de deux conseils : le Conseil national des soins de santé primaires et le Conseil national de la médecine hospitalière. Enfin, le ministère de la Santé a été restructuré avec la création de quatre nouvelles agences. Il s’agit de l’Agence nationale des soins de santé primaires, de l’Agence béninoise de régulation pharmaceutique, de l’Agence des infrastructures sanitaires, de l’équipement et de la maintenance, ainsi que de l’Agence de contrôle de la qualité des produits de santé et de l’eau. Sans produits de santé de qualité, il n’y a pas de soins de qualité. Donc, l’ensemble de ces structures ont été créées pour servir de socle aux réformes.
Restriction du droit de grève
C’est probablement l’une des réformes les plus sensibles du régime Talon dans le secteur de la santé. En octobre 2022, l’Assemblée nationale adopte la loi n°2022-21 modifiant la loi portant exercice du droit de grève au Bénin. Le texte interdit le droit de grève aux personnels des services de santé, au même titre que les forces de sécurité ou certains secteurs stratégiques.
Le texte prévoit également des sanctions lourdes contre les contrevenants, allant de l’amende à l’emprisonnement, sans exclure la révocation. Avant cette réforme, les mouvements de grève des médecins et agents de santé paralysaient régulièrement les structures sanitaires publiques, avec des perturbations importantes dans la prise en charge des patients. Le gouvernement justifie alors cette mesure par la nécessité d’assurer la continuité des soins et de protéger les populations contre les conséquences sanitaires des débrayages prolongés.
Très critiquée par certaines organisations syndicales et des défenseurs des libertés syndicales, cette réforme a néanmoins permis d’éviter des décès liés aux grèves dans les hôpitaux publics au Bénin. Avant 2018, certains professionnels de santé utilisaient « leurs horaires de travail dans le public pour aller s’occuper de leurs patients dans le privé », avait expliqué à VOA Afrique, le secrétaire général du syndicat unité du CNHU de Cotonou, Théophile Dossou. « Pendant les quelques heures que certains praticiens viennent passer dans les centres publics, c’est l’occasion pour eux de dénicher et d’orienter les patients vers leurs cliniques », avait-il confié en septembre 2018.
Pour rectifier le tir, le gouvernement béninois a pris le décret n°2018-342 portant suspension de délivrance d’autorisation et révocation d’autorisation pour l’exercice en clientèle privée des professions médicales ou paramédicales par un agent public. Le texte suspend toute autorisation d’exercice privé pour les médecins et agents de santé employés par l’État, sauf dérogation spéciale accordée par décret en Conseil des ministres.
Le CHIC, symbole de la modernisation du système hospitalier
Pour les soins de santé, beaucoup de Béninois préfèrent se rendre à l’étranger. Car, selon le ministre béninois de la santé, Benjamin Hounkpatin, « les infrastructures médicotechniques existantes ne répondaient pas aux normes nécessaires pour une prise en charge optimale des patients. La construction du CHIC est donc née de cette volonté de doter le Bénin d’un hôpital de référence capable de traiter les pathologies les plus complexes ».
Le Centre Hospitalier International de Calavi (CHIC) offre une capacité d’accueil de 434 lits et places répartis sur deux niveaux, dans des infrastructures modernes et innovantes de plus de 40 000 m². Il est organisé autour de huit pôles spécialisés couvrant 18 spécialités médicales, notamment les spécialités de : urgences et réanimation, cardiologie et métabolisme, oncologie, digestif médico-chirurgical, locomoteur et neurochirurgie, cardiovasculaire, thoracique, néphrologie et urologie.
Le Centre hospitalier international de Calavi comprend un personnel administratif, technique et soignant. Sa direction est assurée par un directeur général assisté d’un directeur général adjoint. Le 3 juillet 2024, Karine Istin est nommée directrice générale de cet hôpital et Florence Djetta comme directrice générale adjointe. Depuis le 22 avril 2026, le CHIC est dirigé par Pierre Thépot. Situé à Abomey-Calavi, le CHIC est une infrastructure de santé publique ultramoderne qui s’inscrit dans la politique nationale de renforcement du système hospitalier béninois. Conçu pour devenir une référence nationale et internationale, le CHIC répond aux besoins de la zone du Grand Nokoué, qui regroupe 25 % de la population béninoise.
Cet établissement vise à offrir des soins de qualité et à réduire les évacuations sanitaires grâce à une prise en charge complète des pathologies complexes.
ARCH et assurance maladie : vers la généralisation de la protection sanitaire
Le projet Assurance pour le renforcement du capital humain (ARCH) est présenté par le gouvernement comme l’un des plus grands programmes sociaux du régime Talon. Son volet assurance maladie vise à améliorer progressivement l’accès aux soins des populations pauvres et vulnérables.
Le programme repose notamment sur la prise en charge totale des pauvres extrêmes par l’État et une prise en charge partielle des pauvres non extrêmes. Après une phase pilote dans sept communes, la généralisation du projet ARCH est engagée progressivement depuis 2022. Le volet assurance maladie couvre gratuitement les consultations générales, vingt-deux affections et actes médicaux, ainsi que les analyses biomédicales associées.
Le décret n°2025-672 du 29 octobre 2025 portant modalités de mise en œuvre de l’assurance maladie obligatoire prévoit notamment :la prise en charge intégrale des pauvres extrêmes ; l’obligation d’assurance pour les salariés ; un panier minimal de soins ; la participation de l’État au financement de plusieurs catégories sociales.
Le programme ARCH constitue une étape importante dans la transformation du système béninois de protection sociale, avec pour objectif la mise en place effective de la couverture sanitaire universelle.
Autorité de Régulation du Secteur de la Santé (ARS)
Autre réforme majeure du régime Talon : la création de l’Autorité de Régulation du Secteur de la Santé (ARS) par le décret n°2019-417 du 25 septembre 2019. Rattachée à la Présidence de la République, l’ARS est présentée comme l’organe supérieur de régulation du secteur sanitaire béninois.
Lancé le 19 mars 2024, le déploiement du dispositif de l’Autorité de régulation du secteur de la santé (ARS) pour la sécurité du patient a été effectué dans les établissements sanitaires du Bénin. De janvier à décembre 2025, l’ARS a inspecté au moins une fois 928 établissements de santé, dont 626 publics et 302 privés. C’est ce qui ressort du point fait le 15 janvier 2026 par la Cellule de contrôle et d’inspection des structures de prestations de soins médicaux de l’Autorité de régulation du secteur de la santé (ARS). Dans sa mission de surveillance, la cellule de contrôle et d’inspection a prononcé des sanctions face au non-respect des dispositions réglementant l’exercice en médecine au Bénin. Un homme a été interpellé et mis à la disposition de la justice pour pratique clandestine en médecine. Son cabinet d’échographie a été fermé.
La cellule a également procédé à la fermeture d’un cabinet de soins clandestin installé dans des conditions de promiscuité incompatibles avec les normes sanitaires. Dans l’optique de sanctionner les auteurs de dysfonctionnements dans les hôpitaux, le gouvernement a mis en place, en septembre 2025, un numéro WhatsApp destiné aux plaintes des usagers des hôpitaux publics.
Depuis lors, les victimes « de mauvais accueil, d’un acte de rançonnement, de vente illicite de médicaments et autres dérives » dans les hôpitaux et centres de santé publics peuvent envoyer leurs plaintes par audio ou texte via WhatsApp au numéro 01 91 44 44 44. L’initiative illustre la volonté des autorités de renforcer le contrôle du fonctionnement des structures sanitaires publiques et de responsabiliser davantage les acteurs du secteur.
ODD 3 : des progrès réels, mais…
L’ODD 3 vise à garantir une vie saine et promouvoir le bien-être de tous à tout âge. Il comprend 13 cibles et 26 indicateurs couvrant divers aspects de la santé, tels que la mortalité maternelle et infantile, les maladies transmissibles et non transmissibles, la santé mentale, la couverture sanitaire universelle, les systèmes de santé, etc. Au Bénin, la situation de l’ODD 3 présente des progrès mais aussi des défis importants. Le ratio de mortalité maternelle est passé de 397 à 391 décès pour 100 000 naissances vivantes entre 2006 et 2017-2018, soit une légère baisse de 1,5 %.
Le Bénin se situe ainsi en dessous de la moyenne régionale de l’Afrique, qui est de 531 décès pour 100 000 naissances vivantes en 2020. Toutefois, le Bénin reste loin de l’atteinte de la cible 3.1 de l’ODD 3 qui est de réduire le ratio de mortalité maternelle en dessous de 70 décès maternels pour 100 000 naissances vivantes d’ici 2030 au niveau global. Le pays doit faire davantage d’efforts pour réduire le ratio de mortalité maternelle. Dans le document de priorisation des ODD au Bénin, le niveau fixé pour cet indicateur à l’horizon 2030 est de 214 décès maternels pour 100 000 naissances vivantes. Il est donc nécessaire de renforcer davantage la disponibilité et la qualité des soins, d’améliorer la gouvernance du secteur et de garantir un financement durable du système de santé. De plus, ces interventions au niveau du secteur doivent être soutenues par des activités génératrices de la recherche appropriée des soins de santé primaires, notamment dans les zones rurales et les zones défavorisées. L’analyse de l’évolution du ratio de mortalité maternelle au Bénin, estimé à partir des différentes enquêtes nationales réalisées entre 1992 et 2018 montre une tendance globale à la baisse du ratio de mortalité maternelle, qui passe de 473 décès pour 100 000 naissances vivantes en 1992 à 391 en 2018, soit une réduction de 17,3 %.
Couverture sanitaire : des résultats tangibles sur le terrain
Cette diminution s’explique par les progrès accomplis dans l’amélioration de la couverture des soins obstétricaux d’urgence, la promotion du planning familial, le renforcement des capacités du personnel de santé et la mise en place de mécanismes de financement innovants (Bénin, 2018). Cependant, le graphique 2.1.1 montre également des fluctuations importantes du ratio de mortalité maternelle selon les années et les sources des données, ce qui reflète les difficultés méthodologiques liées à la mesure de cet indicateur, notamment la sous-déclaration et la mauvaise qualité des certificats de décès (OMS, 2021). Par ailleurs, il existe des disparités locales et socio-économiques importantes car la mortalité maternelle affecte davantage les femmes pauvres vivant en milieu rural et à faible niveau de scolarisation ou d’alphabétisation (Bénin, 2018).
Par Belmondo ATIKPO

