Au cours des dix dernières années, le Bénin a affiché l’une des croissances les plus dynamiques de l’Afrique de l’Ouest. Attendue à 7 % en 2026, elle serait la plus forte de l’UEMOA, portée par des réformes et le développement du tourisme et de l’industrie.
Entre 2016 et 2026, l’économie béninoise, sous la gouvernance de Patrice Talon (photo), a connu une transformation profonde, caractérisée par une forte croissance économique. Elle est passée de 3,3 % en 2016 à 7,2 % en 2021, puis est estimée à 7 % en 2026, la plus forte de la zone UEMOA, contre 7,3 % estimée en 2025, selon la Banque mondiale.
L’évolution du pays se caractérise également par une modernisation des infrastructures, une meilleure attractivité économique et touristique, ainsi qu’une dynamique d’industrialisation.
Pour atteindre cette performance, plusieurs réformes ont été engagées. Romuald Wadagni, ex-ministre de l’Économie et des Finances et nouveau président élu de la République, est considéré comme l’un des principaux architectes de cette transformation.
Une croissance axée sur la mise en œuvre de réformes
De 2016 à 2021, le gouvernement a mis en œuvre le Programme d’action gouvernementale (PAG), intitulé « Bénin Révélé », un vaste programme de transformation structurelle évalué à 9 039 milliards de francs CFA. Cette feuille de route s’articulait autour de trois piliers majeurs, déclinés en sept axes stratégiques, notamment le renforcement des institutions démocratiques et de l’État de droit, l’assainissement du cadre macroéconomique et la préservation de la stabilité. Elle intégrait également le renforcement des services sociaux de base ainsi que la protection sociale.
Le PAG s’appuyait sur 45 projets phares, complétés par 95 projets sectoriels et 19 réformes institutionnelles, constituant un levier central de modernisation de l’économie béninoise. Sa mise en œuvre a permis d’engager des réformes profondes dans tous les secteurs et d’amorcer la transformation structurelle de l’économie, appuyée par des actions à impact durable sur le bien-être des populations.
D’après Umoa-Titres, le taux de croissance est passé de 5,7 % en 2017 à 7,2 % en 2021. Le pays enregistrait une déflation de -0,8 % en 2016 pour atteindre 1,7 % en 2021, en dessous du seuil communautaire établi à 3 %. Quant au taux d’investissement, il est passé de 24 % du PIB en 2017 à 28,9 % en 2021. « Les dépenses d’investissement ont été principalement orientées vers les transports, l’énergie, l’aménagement du territoire, l’environnement, ainsi que l’eau et l’assainissement », indique la Banque mondiale. Elle ajoute que cette répartition traduit l’ambition du gouvernement d’améliorer les conditions de vie des populations et de réduire la pauvreté. Dans ce contexte de progression économique, le Bénin est devenu en 2020 un pays à revenu intermédiaire de la tranche inférieure.
Accélération des réformes économiques et sociales
Entre 2021 et 2026, le Bénin a poursuivi la mise en œuvre du Programme d’action gouvernementale (PAG 2021-2026), dont l’objectif est d’accélérer la transformation structurelle de l’économie. Cette dynamique repose sur le maintien de la stabilité macroéconomique, la poursuite d’investissements massifs dans les infrastructures, l’intensification de la diversification économique et la promotion d’un système éducatif de qualité.
Dans la perspective d’une croissance économique plus rapide et durable, des investissements massifs ont été orientés vers des secteurs stratégiques : le numérique et la digitalisation, l’agriculture, le tourisme et la culture, l’énergie et les mines, les infrastructures, les industries de transformation ainsi que l’artisanat, afin de stimuler la compétitivité et d’améliorer le quotidien des citoyens béninois.
Les efforts se sont traduits par une évolution de la croissance économique. « En 2024, la croissance économique du Bénin a atteint 7,5 %, son niveau le plus élevé depuis 1990, grâce aux solides performances des secteurs des services et de l’industrie. Le secteur des services, principal moteur de la croissance, a progressé de 7,5 %. Le secteur agricole a enregistré sa contribution la plus élevée depuis 2019, tirée par la forte production du coton et des cultures d’exportation », a souligné la Banque mondiale.
Entre 2019 et 2022, le taux de pauvreté s’élevait à 36,2 %, en baisse de 2,3 points de pourcentage par rapport à 2018-2019. Le taux de chômage s’établissait à 2,4 %, tandis que le sous-emploi touchait 72 % de la population active.
La valeur de l’indice de développement humain (IDH) du Bénin a également progressé, passant de 0,351 à 0,515, soit une augmentation de 46,7 % entre 1990 et 2023. « L’espérance de vie à la naissance au Bénin a augmenté de 7,8 ans, la durée prévue de la scolarité de 5,6 ans et la durée moyenne de la scolarité de 1,7 an. Le revenu national brut par habitant du Bénin a augmenté d’environ 70,9 % entre 1990 et 2023 », ajoute la Banque mondiale.
Une dette publique en hausse, mais à « risque modéré de surendettement »
Selon le Bulletin statistique de la dette publique publié par la Caisse autonome de gestion de la dette (CAGD), la dette publique du Bénin au quatrième trimestre 2024 s’établissait à 6960,33 milliards FCFA (12,47 milliards $), passant de 35,92 % du PIB en 2016 à environ 53,7 % en 2024. Bien qu’elle soit en hausse, selon le Fonds monétaire international (FMI), la dette publique globale et extérieure du Bénin demeure à un risque modéré de surendettement. Tous les indicateurs projetés de la charge de la dette extérieure restent en dessous des seuils de risque élevé.
Le pays a atteint l’objectif de déficit budgétaire de l’UEMOA fixé à 3 % du PIB en 2024, contre 4,1 % en 2023, grâce à une mobilisation accrue des recettes intérieures et à la réduction des dépenses d’investissement, rapporte la Banque mondiale. Malgré une augmentation nominale de 8,9 % des dépenses courantes, les dépenses en pourcentage du PIB sont restées maîtrisées grâce à la croissance économique et à une meilleure gestion des finances publiques.
En 2025, il a lancé une opération de gestion de la dette (OGD) pour anticiper le remboursement d’un eurobond arrivant à échéance en 2032.
Le tourisme comme pilier du développement
Depuis 2016, le tourisme béninois connaît une évolution profonde, passant d’un secteur sous-exploité à un levier stratégique de croissance économique. Le gouvernement a placé ce secteur au cœur de sa stratégie de développement, en le considérant comme un moteur majeur de diversification économique et de création d’emplois durables.
À travers des investissements dans les infrastructures, la valorisation du patrimoine et l’aménagement des sites, le pays s’est transformé en une destination en plein essor. La statue de l’Amazone, inaugurée en 2022, est devenue un symbole du tourisme béninois. Le patrimoine culturel et historique reste central : Ouidah et la Porte du non-retour, Ganvié surnommée la « Venise de l’Afrique », le festival des masques de Porto-Novo et les Vodun Days renforcent l’identité touristique.
La Banque mondiale souligne que les services de voyages se sont améliorés et ont contribué à réduire le déficit, parallèlement au développement du secteur touristique. Selon Country Economy, les arrivées de touristes sont passées de 267 000 en 2016 à 325 000 en 2020. Avec un investissement de près de 1,4 milliard de dollars prévu d’ici 2030, le pays vise 13,4 % du PIB et plus de 2 millions de visiteurs par an.
Une transformation industrielle en marche avec la GDIZ

Le gouvernement a engagé une stratégie d’industrialisation visant à développer la transformation locale des matières premières. La Zone industrielle de Glo-Djigbé (GDIZ), lancée en 2021, est devenue un moteur de développement économique. Avec 1640 hectares, elle est dédiée à la transformation de produits agricoles tels que l’ananas, le karité, les noix de cajou, le soja et le coton. En 2024, les unités textiles ont transformé près de 40 000 tonnes de coton. Plus de 170 milliards de FCFA ont été investis et plus de 14 000 emplois créés.
Selon la Banque mondiale, le dynamisme de la GDIZ a contribué à soutenir la croissance malgré la baisse de l’investissement public. La zone prévoit 1,4 milliard de dollars d’investissements et plus de 300 000 emplois directs d’ici 2030.
Malgré tout, des défis à relever
Malgré ses performances macroéconomiques, le Bénin doit relever plusieurs défis structurels, notamment la réduction du taux de pauvreté et la création d’emplois. Élu président de la République avec plus de 94 % des voix, Romuald Wadagni devra relever plusieurs défis économiques, sociaux, environnementaux et sécuritaires, dans un contexte marqué par des attaques terroristes dans le nord du pays.
Par la Rédaction

