La Bceao a poursuivi en 2025 le renforcement de son dispositif de régulation et de surveillance financière face aux mutations économiques, aux risques sécuritaires et au durcissement des exigences internationales. Objectif : préserver la solidité des établissements financiers, sécuriser la microfinance et maintenir la confiance dans le système financier régional.
La stabilité financière demeure l’un des piliers de l’action de la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (Bceao). Dans son rapport annuel 2025, l’institut monétaire de la zone Uemoa met en avant les mesures prises pour renforcer la résilience du secteur financier de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (Uemoa), dans un environnement international marqué par des incertitudes économiques et des risques persistants.
Au-delà de la politique monétaire et de la gestion des réserves extérieures, la Banque centrale a poursuivi ses missions de surveillance des établissements financiers, d’amélioration du cadre prudentiel et de modernisation des infrastructures de paiement.
Secteur bancaire sous surveillance
Avec 160 banques et établissements financiers recensés en 2025, le système bancaire de l’Uemoa reste au cœur du dispositif de stabilité financière. La Bceao a poursuivi l’application des normes prudentielles destinées à renforcer la capacité des établissements de crédit à absorber les chocs.
Les banques et établissements financiers de l’Union sont soumis à des exigences croissantes en matière de fonds propres, de gouvernance, de gestion des risques et de contrôle interne. Cette approche vise à limiter les vulnérabilités susceptibles de fragiliser l’ensemble du système financier régional.
La supervision bancaire s’inscrit également dans une logique d’anticipation. La Bceao veille notamment à identifier les risques liés à la qualité des actifs, à l’évolution du crédit et à l’exposition des établissements aux différents secteurs de l’économie.
Cette vigilance est d’autant plus nécessaire que les économies de l’Union restent confrontées aux effets des tensions internationales, aux besoins importants de financement des entreprises et aux défis liés au développement.
Microfinance et exigences de contrôle
Le secteur de la microfinance conserve une place stratégique dans l’élargissement de l’accès aux services financiers. Avec 524 institutions agréées dans l’espace Uemoa, il constitue un relais essentiel pour les populations et les petites activités économiques encore éloignées du système bancaire classique.
Mais cette expansion s’accompagne d’exigences renforcées. La Bceao a poursuivi ses actions de contrôle et de surveillance afin de garantir la solidité des systèmes financiers décentralisés et la protection des épargnants.
L’enjeu est de concilier deux impératifs : favoriser l’inclusion financière tout en prévenant les risques liés à une croissance insuffisamment maîtrisée du secteur.
Vigilance contre les flux financiers illicites
La stabilité du système financier régional passe également par la sécurisation des circuits financiers. En 2025, la Bceao a renforcé ses actions dans le domaine de la lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme (Lbc/Ft).
Cette démarche repose sur une coopération accrue avec les structures nationales de renseignement financier, les autorités de supervision et les organismes régionaux spécialisés, notamment le Groupe intergouvernemental d’action contre le blanchiment d’argent en Afrique de l’Ouest (Giaba).
Le renforcement des dispositifs de conformité répond aux standards internationaux et vise à préserver l’intégrité du système financier de l’Union, condition indispensable pour attirer les investissements et maintenir la confiance des partenaires économiques.
Paiements instantanés, nouveau levier numérique
La transformation numérique constitue un autre chantier majeur de la stabilité financière. La mise en œuvre progressive de la plateforme de paiements instantanés de l’Uemoa (Pi-Spi) marque une étape importante dans la modernisation des infrastructures financières régionales.
Cette innovation doit permettre d’améliorer la rapidité, la sécurité et l’accessibilité des transactions, tout en favorisant une meilleure interconnexion entre les acteurs financiers.
Au-delà de la technologie, l’objectif est de renforcer la confiance des usagers dans les moyens de paiement électroniques et d’accompagner l’évolution des comportements financiers dans l’Union.
Préserver la confiance
En 2025, la Bceao a ainsi poursuivi une stratégie fondée sur trois axes : une régulation plus exigeante, une surveillance renforcée des risques et une modernisation des outils financiers.
Dans un environnement où les systèmes financiers sont exposés à des chocs multiples, la stabilité ne repose plus uniquement sur la solidité des institutions bancaires. Elle dépend également de la qualité de la gouvernance, de l’efficacité des mécanismes de contrôle et de la capacité à innover.
Pour la Bceao, l’enjeu dépasse désormais la seule solidité des établissements financiers. Il s’agit de construire un système capable de résister aux crises, de soutenir le financement des économies et d’accompagner l’inclusion financière dans les huit États membres de l’Uemoa.
Par Aké MIDA

