Encore marginal dans l’Uemoa, le crédit-bail s’impose comme un levier de rentabilité et d’efficacité bancaire à long terme. Une étude du Cofeb invite les banques et les régulateurs à en faire une priorité stratégique.
Il représente moins de 1 % des actifs bancaires agrégés de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (Uemoa), contre 5,3 % au Maroc, 7 % en Tunisie et près de 30 % dans les économies développées. Pourtant, selon une étude du Centre ouest-africain de formation et d’études bancaires (Cofeb) de la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Bceao), signée par Kodjo Adandohoin dans la Revue économique et monétaire (Rem n° 39, juin 2026), le crédit-bail recèle un potentiel majeur pour les banques de la zone.
Le leasing permet à une entreprise d’utiliser un actif productif sans en supporter immédiatement le coût d’acquisition. Pour l’emprunteur, il préserve la trésorerie et limite l’obsolescence. Pour la banque, il constitue une alternative au crédit classique, réduisant les asymétries d’information et offrant une garantie tangible : la propriété de l’actif financé.
« Le fait que la banque conserve la propriété juridique du bien lui permet de récupérer l’actif en cas de défaillance, ce qui réduit le risque de contrepartie et les coûts de surveillance », rappelle l’étude. Dans une zone où les créances douteuses restent élevées, cet avantage devrait peser lourd. Pourtant, les établissements de crédit continuent de privilégier le prêt classique, limitant ainsi les gains liés à la diversification de leurs activités et demeurant fortement dépendants du crédit traditionnel.
Une rentabilité différée
L’analyse porte sur sept pays de l’Uemoa, à l’exclusion de la Guinée-Bissau, sur la période 2000-2024. L’étude dresse un constat nuancé. À court terme, le crédit-bail n’améliore pas la performance bancaire. Les coefficients statistiques sont non significatifs, parfois négatifs. L’auteur explique cette neutralité par les coûts initiaux, les ajustements organisationnels et les investissements technologiques nécessaires pour structurer des contrats de leasing. Les banques doivent absorber ces charges avant d’en récolter les fruits.
À long terme, le tableau change radicalement. En utilisant des estimateurs de panel dynamiques, l’étude révèle un effet positif et significatif du crédit-bail sur le rendement des actifs (Roa) et des fonds propres (Roe). « Une fois la période d’ajustement à court terme terminée, le crédit-bail devient une source de création de valeur », souligne l’auteur. Les flux de loyers, prévisibles et sécurisés par la valeur résiduelle des actifs, génèrent une rentabilité durable.
Diversification hors intermédiation
L’un des enseignements majeurs concerne la marge d’intérêt nette (Nim). Le crédit-bail n’a pas d’effet significatif sur cet indicateur traditionnel. Les gains observés proviennent davantage de la diversification des revenus que d’une amélioration des marges d’intermédiation. Dans une zone où les décisions de la Bceao influencent fortement la rentabilité bancaire, cette diversification constitue un atout stratégique.
Au-delà de la rentabilité, l’étude confirme que le crédit-bail améliore l’efficacité bancaire. Grâce à un modèle logit fractionnaire, l’auteur démontre que cette activité réduit structurellement les coûts opérationnels par rapport au revenu total généré. Concrètement, le développement du crédit-bail s’accompagne d’une amélioration de l’efficacité opérationnelle, grâce notamment à la standardisation des procédures qui réduit les coûts de négociation et de surveillance.
Ces résultats prennent une résonance particulière dans un contexte où le rendement des actifs (Roa) des banques de l’Uemoa oscille entre 1,2 % et 1,5 %, tandis que leur score moyen d’efficacité s’établit à 0,61, contre 0,82 dans les autres pays d’Afrique de l’Ouest hors Uemoa, selon le Fonds monétaire international (Fmi), comme le rappelle l’étude.
Un appel aux régulateurs
Face à ces constats, l’étude appelle les décideurs publics et les autorités monétaires à promouvoir le crédit-bail comme levier stratégique. Elle recommande des mécanismes d’accompagnement pour aider les banques à absorber les coûts initiaux, des incitations fiscales (allègements fiscaux sur les investissements en leasing, amortissement accéléré des biens financés), ainsi qu’un renforcement des cadres juridiques relatifs aux sûretés et à l’exécution des contrats.
« Les gouvernements pourraient intégrer le crédit-bail dans leurs stratégies nationales de financement du développement, notamment pour soutenir les petites et moyennes entreprises (Pme) qui peinent à accéder au crédit bancaire traditionnel », suggère l’étude.
Avec un Roa régional qui stagne autour de 1,2 à 1,5 % et un score d’efficacité moyen de 0,61, bien inférieur à celui de 0,82 observé dans les pays ouest-africains hors Uemoa selon le Fmi, les banques de la zone n’ont pas le luxe d’ignorer des leviers de diversification éprouvés ailleurs. Le crédit-bail, loin d’être une simple variante du crédit classique, apparaît comme une activité à part entière, exigeante à l’entrée mais rentable à l’arrivée.
Au regard des résultats de l’étude, le crédit-bail apparaît moins comme une activité de niche que comme un véritable levier de diversification. Pour les banques de l’Uemoa, la question n’est plus tant d’en démontrer l’intérêt que de créer les conditions de son essor.
Par Aké MIDA

