Avec une contribution attendue de 6,1 points à la croissance au quatrième trimestre 2025, l’agriculture vivrière demeure le principal moteur économique de l’Uemoa. Les bonnes perspectives de la campagne 2025-2026 confortent cette dynamique.
Le secteur primaire figure parmi les plus dynamiques de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (Uemoa). Sa performance repose largement sur l’essor de l’agriculture vivrière, dont la progression atteindrait 6,1 points de pourcentage au quatrième trimestre 2025, selon les prévisions de la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Bceao). Cette évolution favorable s’explique par un régime pluviométrique globalement satisfaisant et par un accroissement des superficies emblavées dans plusieurs pays. Les récoltes annoncées devraient ainsi améliorer l’approvisionnement des marchés et contribuer à une meilleure maîtrise des prix des produits alimentaires.
A l’inverse, les filières pêche et élevage affichent une contribution plus modeste, estimée à 1,2 point sur la même période. Les contraintes y demeurent nombreuses, notamment en matière d’accès aux intrants, de disponibilité en eau et de sécurité dans certaines zones sahéliennes. La bonne tenue de la production vivrière soutient toutefois la baisse continue des prix alimentaires, principale composante de l’inflation. En septembre, les céréales ont vu leurs prix reculer de 16,2 % en moyenne, tandis que ceux des tubercules ont diminué de 6,4 %, confirmant l’impact du dynamisme agricole sur la stabilité des prix.
Au-delà de son apport à la croissance, l’agriculture reste un facteur essentiel de revenu, d’emploi et de résilience sociale pour les populations ouest-africaines.
Productivité agricole et pauvreté
Une étude publiée dans la Revue d’analyse des politiques économiques et financières (Rapef, n° 8, juin 2025) confirme ce rôle structurant. Elle démontre que l’amélioration de la productivité agricole contribue significativement à la réduction de la pauvreté dans les pays de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao). Fondée sur des données couvrant treize pays entre 1990 et 2019, elle souligne le poids stratégique du secteur dans les trajectoires de développement de la région où près de 60 % de la population active dépend encore de l’agriculture.
Les auteurs établissent une relation de long terme entre la progression de la productivité agricole et la diminution de la pauvreté multidimensionnelle, malgré des disparités importantes entre pays. Les gains de productivité apparaissent ainsi comme un levier durable d’amélioration du niveau de vie rural, à condition d’être soutenus par des politiques cohérentes.
L’étude appelle à un renforcement substantiel des investissements agricoles. Elle insiste sur l’urgence de développer l’irrigation qui ne couvre encore que moins de 4 % des superficies cultivées dans la région, d’améliorer l’accès aux intrants, de moderniser les infrastructures rurales et de réduire les coûts de commercialisation, souvent élevés en raison de la faiblesse de la logistique et de l’état des routes. Elle plaide également pour une gouvernance plus efficace du secteur, grâce à des institutions mieux dotées et une coordination accrue des politiques publiques.
Dans ce contexte, l’identification des leviers capables de renforcer durablement la productivité apparaît comme une condition essentielle pour réduire la vulnérabilité des ménages et soutenir une croissance inclusive.
Par Aké MIDA

