La Norvège vient de franchir un pas inédit en interdisant l’utilisation de l’intelligence artificielle (IA) aux enfants de 6 à 13 ans dans les écoles, dès la rentrée d’août 2026. Cette mesure concerne tous les outils basés sur l’IA, comme les assistants conversationnels de type GPT. Pour les adolescents de plus de 14 ans, l’usage reste toléré, mais uniquement sous la supervision des enseignants.
Dans un pays reconnu comme l’un des plus numérisés d’Europe, où chaque élève dispose d’une tablette, cette décision surprend. Le Premier ministre Jonas Gorshtor a résumé la position officielle : l’apprentissage doit passer par l’effort, la difficulté et le tâtonnement. Il estime que l’IA risque de faire sauter ces étapes fondamentales. « Le plus important à l’école, c’est que les enfants apprennent à lire, écrire et compter », affirme-t-il.
Cette vision s’appuie notamment sur une étude réalisée par le Massachusetts Institute of Technology (MIT) intitulée Your Brain on ChatGPT. Pendant l’expérience, des chercheurs ont analysé l’activité cérébrale de 54 participants chargés d’écrire un texte, répartis en trois groupes : un utilisant ChatGPT, un autre Google, et un dernier sans aucun outil numérique. Les résultats montrent que les personnes recourant à ChatGPT ont une activité cérébrale réduite et des connexions neuronales moins sollicitées. En outre, elles ne pouvaient mémoriser ni reproduire le contenu produit. Les scientifiques parlent alors de « dette cognitive » : plus l’IA fait le travail à notre place, moins nous développons notre capacité à penser par nous-mêmes.
Cette inquiétude paraît d’autant plus pertinente lorsqu’il s’agit d’enfants en pleine construction intellectuelle. La Norvège a déjà mené une expérimentation similaire en 2024 en interdisant le smartphone dans plus de 400 collèges. Les résultats sont éloquents : baisse de 46 % du harcèlement entre filles, diminution de 60 % des consultations en santé mentale et amélioration des notes, notamment chez les jeunes issus de milieux modestes.
Face à ces données, la Norvège affirme protéger le droit des enfants à « galérer », à faire des erreurs et à fournir un effort nécessaire à leur apprentissage. Ce principe invite parents et éducateurs à privilégier d’abord le travail personnel des enfants, puis à utiliser l’IA seulement en phase de vérification ou de correction.
Alors que l’IA s’impose dans tous les domaines, ce pays pose une limite claire à son usage scolaire, en misant sur l’importance du cheminement intellectuel. La question se pose désormais pour les familles : jusqu’où faut-il laisser les enfants dépendre de ces technologies, sans nuire à leur développement cognitif ?

