Le Bénin est à l’aube d’une révolution industrielle. En moins d’une décennie, la Zone Industrielle de Glo-Djigbé (GDIZ) a généré plus de 20 000 emplois, tandis que Sèmè-Podji et Gakpé ont vu leur attractivité renforcée avec plus de 12 000 emplois supplémentaires. Ces résultats ne sont pas une fin en soi : ils sont les premiers jalons d’une ambition plus vaste, celle de faire du Bénin un acteur industriel global, capable de rivaliser sur les marchés mondiaux.
La Vision Bénin 2060 Alafia fixe un horizon clair : un pays de paix, de prospérité, de bonne gouvernance et de rayonnement international. Mais pour atteindre ce cap, la décennie 2026-2035 doit être celle de la consolidation industrielle, de l’émergence de champions nationaux et de l’intégration dans les chaînes de valeur mondiales.
Industrialisation : des zones économiques aux champions
Les lois sur les zones économiques spéciales (ZES) et les décrets récents – notamment celui créant la ZES de Sèmè-Kpodji et celui délimitant la ZES de Kétou – traduisent une volonté politique forte : offrir aux investisseurs un cadre attractif, mais exigeant. Les entreprises agréées bénéficient d’avantages fiscaux et douaniers, mais doivent respecter une règle cardinale : transformer localement les matières premières.
L’exportation brute est désormais proscrite, car l’objectif est de capter la valeur ajoutée sur place.
Le Programme WADAGNI-TALATA 2026-2033 prévoit la mise en place d’un fonds de développement industriel destiné à accompagner l’émergence de champions nationaux. Ce fonds doit financer des unités de transformation accessibles aux producteurs, encourager les regroupements stratégiques et propulser des entreprises béninoises vers une taille critique et une vocation internationale.
Le Fonds de développement industriel
Sélection d’entreprises à fort potentiel
Financement d’unités de transformation locales
Soutien aux fusions et regroupements
Accompagnement vers l’internationalisation
Commerce et transformation économique : du marché local aux chaînes mondiales
La construction de 35 marchés modernes, dont 25 800 espaces marchands, illustre la volonté de moderniser le commerce intérieur. Mais l’enjeu dépasse les frontières nationales. Le Bénin doit relier ses marchés aux chaînes de valeur régionales et mondiales, en s’appuyant sur la CEDEAO et la ZLECAf.
La Vision 2060 insiste sur la transformation de la structure de l’économie et la résilience du système Bénin. Produire ce que nous consommons, consommer ce que nous produisons, et exporter ce que nous transformons : telle doit être la devise.
Énergie : la force motrice de l’industrialisation
Sans énergie fiable et compétitive, aucune industrialisation n’est possible. Le Bénin a doublé son taux d’accès à l’électricité (de 30 % à 61 %) et atteint une production nationale de 215 MW. Les projets structurants – le gazoduc Bénin-Nigeria, le complexe hydroélectrique de Dogo-Bis (128 MW), et les centrales solaires – sont des leviers majeurs.
Mais l’expérience sénégalaise rappelle l’importance d’une industrialisation verte et d’une optimisation coûts/bénéfices. Le Bénin doit sécuriser son approvisionnement en énergie primaire, développer des réserves stratégiques de gaz, investir dans les renouvelables et surtout former une nouvelle génération d’ingénieurs et de techniciens de l’énergie. Car former des talents est aussi stratégique que construire des centrales.
Gouvernance et entreprises publiques : un levier de performance
Le rapport 2025 sur la gouvernance des entreprises publiques montre une amélioration notable : chiffre d’affaires global en hausse de plus de 30 %, résultats nets positifs et dette maîtrisée. Les entreprises publiques sont désormais des instruments stratégiques de l’État actionnaire. Leur rôle dans l’industrialisation est crucial : elles doivent devenir des partenaires fiables du secteur privé, en intégrant les considérations climatiques et en renforçant la résilience face aux chocs.
Jeunesse et entrepreneuriat : transformer le potentiel en puissance
L’emploi des jeunes est la clé de l’avenir. Les zones industrielles créent des emplois, mais il faut aller plus loin : former des entrepreneurs capables de bâtir des entreprises compétitives. L’université doit devenir une pépinière d’entrepreneurs, avec des modules obligatoires d’entrepreneuriat et des séminaires animés par des professionnels confirmés.
Un étudiant qui sort de l’université doit être prêt à créer une entreprise, pas seulement à chercher un emploi. C’est ainsi que le Bénin pourra libérer l’audace de sa jeunesse et transformer son potentiel en puissance.
Avis d’expert : Arsène FADO
« Le Bénin dispose désormais des bases pour devenir un modèle africain d’industrialisation réussie. Mais cette ambition exige une cohérence stratégique : un fonds de développement industriel pour propulser des champions nationaux, une énergie compétitive et durable, une gouvernance publique performante et une jeunesse audacieuse. À l’horizon 2035, le Bénin peut se positionner comme une référence africaine, au service de sa jeunesse et de son avenir. »
En conclusion
Le Bénin est engagé dans une transformation systémique. Les zones économiques spéciales, le fonds de développement industriel, les projets énergétiques structurants et la Vision 2060 Alafia constituent les piliers d’une stratégie ambitieuse. Si cette dynamique est consolidée, le pays pourra se hisser au rang de champion industriel africain et rayonner sur les marchés mondiaux.
À propos de l’auteur
Il est ingénieur des Procédés industriels des ENSA au Maroc et expert financier certifié ICCF 1 &2 de HEC Paris, fort de vingt ans d’expérience dans le financement d’infrastructures et la gestion industrielle. Il pilote des portefeuilles d’investissements stratégiques de plusieurs Milliards de FCFA.
Doctorant en administration des affaires (Executive Doctorate in Business Administration à l’Université Paris Dauphine), il est également consultant industriel, enseignant, Conseil de Dirigeants/Administrateurs de plusieurs entreprises et contributeur régulier dans les médias sur les questions de politique industrielle, d’énergie et de développement économique. Son regard croisé entre expertise technique et vision stratégique fait de lui une voix incontournable dans le débat sur l’avenir industriel du Bénin et de l’Afrique.

