Réunis à New York en marge de la 81e session de l’Assemblée générale des Nations unies, dirigeants africains, investisseurs, responsables politiques et acteurs du secteur privé ont placé la transformation économique du continent au centre des discussions. Pour cette cinquième édition d’Unstoppable Africa, organisée par la Global Africa Business Initiative (GABI), l’objectif est de faire évoluer la place de l’Afrique dans les échanges mondiaux, en passant davantage de l’exportation des ressources à leur transformation et à la création de valeur sur le continent.
Par S.T.
L’Afrique ne veut plus seulement être regardée comme un réservoir de matières premières ou un vaste marché en croissance. À New York, les discussions d’Unstoppable Africa 2026 mettent le focus sur l’ambition de l’Afrique de renforcer sa capacité à produire, transformer, investir et peser dans les grandes décisions qui structurent l’économie mondiale. Organisée les 20 et 21 septembre 2026 au Marriott Marquis de Times Square, la rencontre de GABI rassemble des responsables politiques, dirigeants d’entreprises, investisseurs et représentants d’institutions internationales. Parmi les personnalités présentes figurent le secrétaire général des Nations unies, António Guterres, le président de la Commission de l’Union africaine, Mahmoud Ali Youssouf, ainsi que Massad Boulos, conseiller principal du président des États-Unis pour les affaires arabes et africaines.
L’intervention d’António Guterres a donné une dimension institutionnelle aux discussions. Le secrétaire général des Nations unies a appelé à une présence permanente de l’Afrique au Conseil de sécurité de l’ONU. « L’Afrique a besoin d’une présence permanente au Conseil de sécurité des Nations Unies, où elle pourra contribuer au dialogue et à l’action pour l’ensemble de la planète. », a-t-il insisté. Pour António Guterres, l’évolution de l’influence économique de l’Afrique doit également se traduire par une représentation plus forte dans les instances internationales. Il a appelé à des réformes prenant davantage en compte les besoins des pays en développement, particulièrement ceux du continent africain. La question des ressources naturelles a également occupé une place importante dans son intervention. Les minerais critiques, notamment, devraient davantage contribuer à la création de valeur et d’emplois sur le continent plutôt que de quitter l’Afrique sous forme de matières premières.
Transformer les ressources en chaînes de valeur
Cette question a traversé une grande partie des échanges de la première journée. Minerais critiques, pétrole, énergie et autres ressources sont au centre d’une réflexion sur les moyens d’accroître la transformation locale et de développer des activités industrielles capables de retenir davantage de revenus en Afrique. Mahmoud Ali Youssouf a rappelé le poids démographique et commercial du continent, qui compte environ 1,5 milliard d’habitants. Pour le président de la Commission de l’Union africaine, cette taille de marché représente une opportunité considérable, à condition d’accélérer le développement des chaînes de valeur africaines et de réduire les obstacles au commerce.
Plusieurs conditions ont été mises en avant : une énergie abordable, des infrastructures adaptées, un meilleur accès au financement, le développement des compétences, les technologies et des normes plus claires. L’objectif est ainsi de rapprocher le potentiel du marché africain de sa capacité réelle à générer davantage de production, d’emplois et d’activités industrielles.
Le secteur privé au centre de la transformation
Les entreprises ont occupé une place majeure dans les discussions. Le panel des dirigeants a réuni Samaila Zubairu, président-directeur général de l’Africa Finance Corporation, Aliko Dangote, fondateur et président du Dangote Group, Mandy DeFilippo, CEO pour les Amériques, l’Europe, le Moyen-Orient et l’Afrique chez Standard Chartered, Nonkululeko Nyembezi, présidente de Standard Bank Group, Nolitha Fakude, présidente d’Anglo American South Africa, et Tidjane Thiam, General Partner chez Allied Critical Minerals Fund. Les échanges ont notamment porté sur la nécessité de développer la transformation locale des matières premières. Pour les participants, l’enjeu concerne aussi bien les minerais critiques que le pétrole. Il s’agit de développer davantage de capacités de transformation, de fabrication et de production afin d’accroître la part de valeur créée sur le continent. Cette orientation place le secteur privé au cœur d’une dynamique qui associe ressources naturelles, industrialisation, emploi et investissement.
L’énergie, autre levier d’investissement
La question énergétique a également occupé une place importante dans les travaux. Une annonce concernant le Nigeria a illustré les initiatives destinées à mobiliser davantage de capitaux privés dans ce secteur. Le Nigeria Distributed Renewable Energy Fund, doté de 300 millions de dollars, a atteint son premier closing et entre dans sa phase opérationnelle. Géré conjointement par la Nigeria Sovereign Investment Authority et Africa50, le fonds doit apporter des financements en fonds propres à des développeurs locaux de solutions énergétiques décentralisées. Sont notamment ciblés les mini-réseaux solaires, les systèmes solaires domestiques, les solutions destinées aux entreprises et à l’industrie ainsi que le stockage de l’énergie.
Cette initiative s’inscrit dans Mission 300, qui vise à permettre à 300 millions d’Africains supplémentaires d’accéder à l’électricité d’ici 2030. Les discussions ont également réuni Anna Bjerde, directrice générale des opérations du Groupe de la Banque mondiale, et Damilola Ogunbiyi, directrice générale et représentante spéciale du secrétaire général des Nations unies pour l’initiative Sustainable Energy for All. Les échanges ont porté sur les mécanismes financiers susceptibles d’accroître les investissements dans les infrastructures électriques africaines.
La santé et les industries créatives dans le champ économique
La rencontre ne s’est pas limitée aux ressources naturelles et à l’énergie. La santé a également intégré les discussions sur la transformation économique du continent. Roche a ainsi réaffirmé son engagement dans la lutte contre le cancer du sein à travers son programme Africa Breast Cancer Ambition. Celui-ci vise à contribuer à ce que 80 % des femmes diagnostiquées d’un cancer du sein en Afrique survivent au moins cinq ans à l’horizon 2030. Les travaux d’Unstoppable Africa se poursuivent ce 21 septembre avec des sessions consacrées notamment à la transformation numérique, aux investissements, aux industries créatives, au sport et à la place de l’Afrique dans l’économie mondiale. À travers ces différents thèmes, le rendez-vous de GABI entend faire en sorte que la croissance des marchés africains, l’abondance des ressources et le potentiel humain du continent se traduisent par davantage de capacités productives, d’investissements et de valeur créée en Afrique.

