Lorsque les investisseurs dressent la carte des opportunités africaines, São Tomé-et-Príncipe y figure rarement. Pour Luc Gnonlonfoun, fonctionnaire béninois des Nations Unies et Représentant résident du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) dans cet État insulaire, c’est précisément ce qui en fait l’un des marchés les plus prometteurs à long terme.
À ses yeux, l’une des opportunités les plus intéressantes du continent se trouve dans un archipel du golfe de Guinée que beaucoup d’investisseurs africains connaissent encore mal.
Cette conviction s’appuie sur un parcours de plus de deux décennies au sein des Nations Unies. Avant de rejoindre São Tomé-et-Príncipe, Luc Gnonlonfoun a exercé les fonctions de Représentant résident par intérim du PNUD au Gabon, après avoir occupé des responsabilités de Représentant résident adjoint en Côte d’Ivoire et au Mali, ainsi que des fonctions régionales au Hub du PNUD pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre, basé à Dakar.
Aujourd’hui, il met cette expérience au service d’un pays lusophone de quelque 240 000 habitants, situé dans ce même golfe de Guinée qui borde également les côtes du Bénin.
L’argument en faveur de l’investissement commence par une première mondiale. L’UNESCO réserve l’appellation de « réserve de biosphère » aux territoires capables de concilier la préservation de la biodiversité avec le développement durable. L’île de Príncipe a obtenu cette reconnaissance en 2012, suivie de l’île de São Tomé en septembre 2025.
Ensemble, les deux réserves couvrent désormais l’intégralité du territoire national, faisant de São Tomé-et-Príncipe le premier État au monde entièrement couvert par des réserves de biosphère de l’UNESCO.
Selon M. Gnonlonfoun, cette distinction constitue un signal fort envoyé aux investisseurs : celui d’un engagement durable en faveur de la protection du capital naturel et d’une croissance économique responsable.
Les îles abritent des espèces endémiques que l’on ne trouve nulle part ailleurs. Leur zone économique exclusive représente près de 160 fois leur superficie terrestre, offrant un potentiel considérable dans la pêche durable, les services maritimes, la recherche océanographique, le tourisme côtier et l’économie bleue.
Le cacao constitue une seconde opportunité majeure. C’est sur ces îles qu’ont été établies les premières plantations de cacao d’Afrique et, au début du XXe siècle, São Tomé-et-Príncipe fut, pendant une période, le premier producteur mondial.
Aujourd’hui, l’ambition est différente : créer davantage de valeur localement grâce à la transformation, au conditionnement, à la commercialisation sous marque d’origine et à la production de chocolat haut de gamme.
Cette vision a été mise à l’honneur lors de l’Exposition universelle d’Osaka 2025, où le pavillon national associait cacao, culture et préservation de l’environnement.
Énergies renouvelables, tourisme durable, industries de la mer et agriculture à haute valeur ajoutée participent d’une même stratégie de développement. Avec l’appui du PNUD et d’autres partenaires, le pays poursuit également des réformes destinées à améliorer le climat des affaires, notamment à travers l’opérationnalisation du premier centre d’arbitrage pour les différends commerciaux.
Le parcours de Luc Gnonlonfoun porte aussi un message plus large. Celui d’une expertise africaine capable de franchir les frontières linguistiques et régionales du continent.
« J’ai grandi au Bénin avec la conviction qu’aucun pays n’est trop petit pour compter. Aujourd’hui, je souhaite que les jeunes Béninoises et Béninois voient que nos compétences peuvent trouver leur place partout en Afrique, quelles que soient les langues ou les frontières. »
Le moment est particulièrement important. Le 13 décembre 2024, São Tomé-et-Príncipe est officiellement sorti de la catégorie des pays les moins avancés (PMA) des Nations Unies. Cette évolution reflète les progrès réalisés en matière de développement humain et de revenus. Si elle ne met pas automatiquement fin à l’accès aux financements concessionnels, elle renforce la nécessité de diversifier les sources de financement et de créer les conditions d’un investissement privé responsable.
Luc Gnonlonfoun ne prétend pas que São Tomé-et-Príncipe soit un grand marché. Son argument repose ailleurs : sur la cohérence d’un modèle où durabilité, bonne gouvernance, stabilité institutionnelle et création de valeur peuvent progresser ensemble.
« Les investisseurs qui feront le choix d’agir tôt ne rechercheront pas seulement des rendements. Ils participeront aussi à la construction d’une économie résiliente, tournée vers l’avenir et fondée sur un développement durable. »
Luc G. Gnonlonfoun est Représentant résident du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) à São Tomé-et-Príncipe. Auparavant, il a servi au Mali et en Côte d’Ivoire comme Représentant résident adjoint, au Gabon comme Représentant résident a.i., ainsi qu’au Hub régional du PNUD pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre basé à Dakar. Les opinions exprimées dans cette tribune sont celles de l’auteur.

