Réunis le 19 juillet 2026 à Lungi, en Sierra Leone, à l’occasion de leur 69ᵉ session ordinaire, les chefs d’État et de gouvernement de la CEDEAO ont renouvelé leur engagement en faveur de l’introduction de la monnaie unique régionale, l’ECO, dès 2027. Les dirigeants privilégient désormais une mise en œuvre progressive, limitée dans un premier temps aux États qui respecteront les critères de convergence macroéconomique, tout en prévoyant un accompagnement pour les autres pays.
Le projet de monnaie unique de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) franchit une nouvelle étape. À l’issue de leur 69ᵉ session ordinaire tenue à Lungi, en Sierra Leone, les chefs d’État et de gouvernement ont réaffirmé leur détermination à lancer l’ECO en 2027, considéré comme un levier majeur de l’intégration économique régionale, de la stabilité financière et d’une croissance durable et inclusive.
Conscients des disparités persistantes entre les économies de la région, les dirigeants ont opté pour une approche graduelle. Ainsi, seuls les États qui satisferont aux critères de convergence macroéconomique participeront à la première phase du lancement de la monnaie commune. Les pays qui ne seront pas encore prêts bénéficieront d’un appui technique et institutionnel afin de rejoindre ultérieurement l’union monétaire.
La Conférence a également salué les consultations de haut niveau engagées par la Commission de la CEDEAO avec les gouverneurs des banques centrales des États membres. Ces échanges visent à dégager un consensus sur les questions techniques et institutionnelles encore en suspens, indispensables à l’introduction effective de l’ECO. Les chefs d’État se sont en outre félicités de l’enregistrement de la marque « ECO » auprès de l’Organisation africaine de la propriété intellectuelle (OAPI) et ont instruit la Commission d’étendre cette protection auprès des autres organismes régionaux et internationaux compétents en matière de propriété intellectuelle.
Cette nouvelle réaffirmation intervient après plus de deux décennies de reports successifs. L’idée d’une monnaie unique ouest-africaine remonte aux années 1980 et a été relancée à plusieurs reprises. Initialement, un premier lancement était envisagé en 2003 pour les pays de la Zone monétaire de l’Afrique de l’Ouest (ZMAO), avant d’être repoussé à 2005, puis à 2009, 2015 et enfin à 2020. Aucun de ces calendriers n’a pu être respecté en raison des difficultés à satisfaire les critères de convergence, des divergences sur l’architecture de la future union monétaire ainsi que des chocs économiques ayant affecté la région. En 2021, lors du sommet d’Accra, les dirigeants avaient adopté une nouvelle feuille de route fixant l’horizon 2027.
Cette décision faisait notamment suite aux perturbations économiques provoquées par la pandémie de Covid-19, qui avait conduit à la suspension temporaire du pacte de convergence. Une période de convergence couvrant les années 2022 à 2026 avait alors été arrêtée afin de permettre aux États membres de remplir les exigences macroéconomiques avant le lancement de la monnaie unique.
La décision prise à Lungi traduit toutefois une évolution importante de la stratégie régionale. Désormais, la CEDEAO ne conditionne plus le lancement de l’ECO à la préparation simultanée de l’ensemble des États membres. En privilégiant un démarrage avec les pays prêts, l’organisation espère éviter que les retards de certains partenaires ne paralysent une nouvelle fois un projet considéré comme l’un des piliers de l’intégration économique ouest-africaine.
Si l’objectif de 2027 est maintenu, sa concrétisation dépendra encore de la capacité des États à respecter durablement les critères de convergence budgétaire, monétaire et macroéconomique. Après plusieurs échéances manquées, cette nouvelle feuille de route apparaît comme un test décisif pour la crédibilité de la CEDEAO et pour l’avenir de son ambition d’édifier un véritable espace monétaire commun.
Par Bidossessi WANOU

