Le rapport 2025 sur l’Indice de l’industrialisation en Afrique met en évidence une progression globale du continent entre 2010 et 2024. Mais il souligne aussi les écarts persistants entre les économies les plus industrialisées et celles qui peinent encore à rattraper leur retard.
Sur 54 économies africaines, 41 ont amélioré leurs scores en matière d’industrialisation entre 2010 et 2024. La performance continentale s’est accrue de 6 %, tandis que les pays les moins performants ont également enregistré des progrès, signe d’une convergence progressive, indique le Rapport 2025 sur l’Indice de l’industrialisation en Afrique publié par la Banque africaine de développement (Bad, Union africaine, Onudi, 2026). Ces avancées demeurent toutefois modestes au regard de l’ampleur du défi industriel auquel le continent reste confronté.
Pour la première fois depuis la création de l’Indice, le Maroc dépasse l’Afrique du Sud et devient l’économie industrielle la mieux classée du continent. Le rapport explique que ce résultat reflète le processus soutenu de modernisation de son industrie, de diversification de ses exportations et de mise en œuvre de sa politique industrielle. L’Afrique du Sud conserve néanmoins son statut de puissance industrielle majeure, malgré un recul relatif de sa compétitivité.
Disparités régionales
La capacité industrielle demeure concentrée dans un nombre limité de pays. L’Afrique du Nord et l’Afrique australe dominent largement le paysage industriel africain, concentrant l’essentiel de la production manufacturière et de la sophistication des exportations. L’Afrique de l’Est, l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale restent nettement en retrait, malgré des progrès constants.
Le rapport souligne que l’Afrique du Nord reste la région la plus industrialisée d’Afrique, suivie de l’Afrique australe, tandis que les autres sous-régions peinent encore à combler l’écart.
L’Afrique de l’Ouest illustre une dynamique progressive de rattrapage industriel. Plusieurs pays de la sous-région comme le Bénin, le Sénégal, la Côte d’Ivoire, le Ghana, le Nigeria, ont amélioré leurs scores, confirmant une tendance positive ces dernières années. Toutefois, la région demeure loin derrière les principaux pôles industriels du Nord et du Sud du continent. Les insuffisances en infrastructures, en transformation manufacturière et en compétitivité continuent de freiner son essor industriel.
Economies fragiles
Les économies les moins industrialisées, bien qu’en amélioration, restent confrontées à des lacunes persistantes en matière de capacités de production, de transformation locale et de densification du tissu industriel. Les conflits, la faiblesse des infrastructures et la dépendance aux matières premières continuent de limiter les perspectives de diversification dans plusieurs pays.
L’Iia 2025 insiste sur la nécessité de dépasser les stratégies nationales isolées pour bâtir des écosystèmes industriels régionaux intégrés.
La Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf) est identifiée comme un levier majeur de cette transformation. L’industrialisation en Afrique doit évoluer pour passer de systèmes nationaux fragmentés à des écosystèmes industriels régionaux intégrés, précise le rapport.
Les locomotives industrielles africaines
Le Maroc occupe désormais la première place du classement continental, devant l’Afrique du Sud, confirmant la montée en puissance de son industrie grâce à la diversification de ses exportations et à une politique industrielle soutenue. L’Égypte consolide également sa position grâce à l’expansion de sa base manufacturière et à d’importants investissements dans les infrastructures.
Parmi les principales économies industrielles du continent figurent aussi le Nigeria, la Tunisie et l’Éthiopie, portés respectivement par la taille de leur marché, la diversification de leur tissu productif ou encore des politiques volontaristes de développement manufacturier.
À l’autre extrémité, plusieurs économies fragiles restent confrontées à de fortes contraintes structurelles. Des pays comme la République centrafricaine, le Soudan du Sud, la Somalie, le Tchad ou la Guinée-Bissau continuent d’être pénalisés par les conflits, le déficit d’infrastructures industrielles et une faible diversification économique.
Par Aké MIDA

