La publication du Container Port Performance Index (CPPI) 2025 de la Banque mondiale et de S&P Global Market Intelligence agit comme un révélateur des défis auxquels demeure confronté le Port Autonome de Cotonou. Classé 324e port mondial et 31e port africain, le principal port béninois peine toujours à se positionner parmi les plateformes portuaires les plus performantes du continent, malgré les investissements massifs engagés au cours de la dernière décennie.
Pourtant, rarement un port d’Afrique de l’Ouest n’aura bénéficié d’autant d’efforts financiers pour sa modernisation. Dragage du chenal, réaménagement des quais, acquisition d’équipements de manutention modernes, digitalisation progressive des procédures, extension des capacités opérationnelles, réformes institutionnelles et mise en place d’une gestion déléguée : plusieurs centaines de milliards de FCFA ont été mobilisés avec l’ambition de faire du Port de Cotonou un hub logistique régional de référence.
Mais les résultats observés dans les classements internationaux invitent à une interrogation fondamentale : pourquoi les investissements réalisés ne se traduisent-ils pas encore par une amélioration significative de la performance portuaire ?
Pendant que Cotonou modernise, Lomé, Tema et Kribi accélèrent
Le véritable défi du Port de Cotonou réside aujourd’hui dans la vitesse de progression de ses concurrents.
Le Port de Lomé est devenu le principal hub de transbordement de la façade ouest-africaine grâce à une profondeur nautique compétitive, une forte connectivité maritime et une productivité opérationnelle reconnue par les armateurs internationaux.
Le Port de Tema, au Ghana, s’est imposé comme l’une des plateformes logistiques les plus performantes d’Afrique grâce à son terminal à conteneurs de dernière génération, son intégration aux corridors régionaux et sa capacité à attirer les grandes compagnies maritimes mondiales.
Le Port de Kribi, au Cameroun, représente quant à lui la nouvelle génération des ports africains. Conçu selon des standards internationaux récents, il dispose d’importantes réserves foncières, d’infrastructures modernes et d’une stratégie ambitieuse visant à capter une part croissante du trafic régional.
Pendant ce temps, le Port de Cotonou semble évoluer à un rythme inférieur à celui de ses principaux concurrents. Or, dans l’économie maritime mondiale, un port qui progresse moins vite que les autres perd progressivement ses avantages compétitifs.
Le véritable défi : la performance opérationnelle
L’expérience des grands ports mondiaux montre qu’un port performant ne se mesure plus seulement à la taille de ses infrastructures ou au montant de ses investissements.
Les critères qui déterminent aujourd’hui l’attractivité d’une plateforme portuaire sont :
le temps d’attente des navires ;
la rapidité des opérations de manutention ;
le temps de séjour des conteneurs ;
la fluidité des formalités administratives ;
la qualité des corridors logistiques ;
la connectivité maritime ;
la fiabilité des services portuaires ;
la prévisibilité des délais de livraison.
C’est précisément sur ces indicateurs que se joue désormais la compétition entre les ports africains.
La question n’est donc plus de savoir combien le Port de Cotonou a investi, mais quelles améliorations concrètes ces investissements ont générée sur la productivité, la fluidité et la compétitivité globale de la chaîne logistique.
La réouverture du corridor nigérien : une opportunité qui n’est plus garantie
L’éventuelle normalisation complète des relations commerciales entre le Bénin et le Niger constitue sans doute l’un des enjeux majeurs des prochaines années pour le Port de Cotonou.
Historiquement, le Niger représentait l’un des principaux marchés de transit du port béninois. Toutefois, plusieurs années de tensions ont profondément modifié les schémas logistiques régionaux.
Les opérateurs nigériens ont développé de nouvelles routes commerciales et diversifié leurs points d’entrée maritimes. Certains flux se sont orientés vers Lomé, Tema ou d’autres corridors concurrents.
Ainsi, la réouverture de la frontière ne signifie pas automatiquement le retour des trafics perdus. Le Niger de demain choisira avant tout le corridor le plus performant, le plus rapide, le plus fiable et le moins coûteux.
Autrement dit, la fidélité géographique a progressivement laissé place à une logique de compétitivité logistique.
Le temps de la redevabilité est arrivé
Au regard des investissements réalisés, une question légitime mérite aujourd’hui d’être posée : quel est le bilan réel de la modernisation portuaire ?
Les autorités portuaires gagneraient à publier régulièrement des indicateurs précis permettant d’évaluer objectivement les progrès accomplis :
productivité des terminaux ;
temps moyen d’escale des navires ;
temps moyen de passage des marchandises ;
coût logistique global ;
évolution du trafic de transit ;
part de marché régionale ;
satisfaction des armateurs et chargeurs ;
positionnement dans les classements internationaux.
Cette culture de la performance mesurable est aujourd’hui la norme dans les grands ports mondiaux.
Réinventer le modèle portuaire béninois
L’enjeu pour le Port de Cotonou n’est plus uniquement d’investir davantage. Il est désormais de transformer les investissements en avantages compétitifs tangibles.
À l’heure où la ZLECAf redessine progressivement les flux commerciaux africains, le Bénin dispose encore d’atouts considérables : une position géographique stratégique, une longue tradition de transit vers le Sahel et des infrastructures modernisées. Mais ces atouts ne suffiront plus à eux seuls.
Le Port de Cotonou doit désormais entrer dans une nouvelle phase de son développement fondée sur l’excellence opérationnelle, la gouvernance par les résultats, l’innovation logistique, la digitalisation intégrale des procédures et la reconquête des marchés de l’hinterland.
Le classement CPPI 2025 doit être perçu non comme une sanction, mais comme un signal d’alerte stratégique. Car dans la compétition portuaire contemporaine, les investissements constituent le point de départ ; la performance constitue le véritable critère de réussite. Et à l’approche de la réouverture complète du corridor bénino-nigérien, le Port de Cotonou n’aura pas seulement à accueillir de nouveau les trafics sahéliens : il devra convaincre qu’il est redevenu le choix le plus compétitif de la région.
Par Bidossessi Oslo WANOU
Journaliste, analyste économique
Diplômé en Communication et Relations Publiques

