En dépit de la croissance maintenue à 4,1 % en 2026, l’Afrique subsaharienne fait face à des risques croissants liés aux tensions au Moyen-Orient, à l’endettement et aux fragilités structurelles. Une dynamique qui interroge la capacité de la région à soutenir durablement l’emploi et le développement.
L’économie de l’Afrique subsaharienne devrait enregistrer une croissance de 4,1 % en 2026, un niveau identique à celui de 2025. Cette stabilité apparente masque toutefois un essoufflement de la reprise amorcée après plusieurs chocs mondiaux successifs.
Les prévisions ont d’ailleurs été revues à la baisse de 0,3 point de pourcentage par rapport aux estimations d’octobre 2025, signe d’un environnement économique de plus en plus incertain. La dynamique de croissance reste principalement portée par la demande intérieure, notamment la consommation privée et l’investissement.
L’assouplissement des politiques monétaires et l’amélioration relative des conditions extérieures ont contribué à soutenir cette tendance. La dépréciation du dollar américain a, par ailleurs, atténué les pressions inflationnistes, favorisant une hausse du pouvoir d’achat des ménages. Dans le même temps, les pays riches en ressources naturelles ont bénéficié de la hausse des prix des matières premières.
Les cours élevés de produits d’exportation tels que le café, le cacao ou encore certains métaux précieux ont renforcé les recettes publiques et amélioré les équilibres extérieurs en 2025, avec des effets attendus en 2026.
Des chocs externes aux effets multiples
Cependant, ces facteurs positifs sont contrebalancés par des risques externes majeurs, au premier rang desquels les tensions géopolitiques au Moyen-Orient. Depuis la fin de février, l’intensification du conflit dans cette région, marquée notamment par des attaques contre des infrastructures énergétiques et des perturbations dans le détroit d’Ormuz, suscite de vives inquiétudes. Ces tensions devraient affecter l’Afrique subsaharienne à travers plusieurs canaux.
Sur le plan commercial, la hausse des prix du pétrole, du gaz naturel liquéfié et des engrais pèse lourdement sur les économies importatrices. Ces perturbations risquent de compromettre les campagnes agricoles, aggravant ainsi l’insécurité alimentaire. La hausse des coûts des denrées alimentaires et du carburant pourrait entraîner une remontée de l’inflation, notamment dans les pays dépendants des importations énergétiques.
Une telle situation pourrait contraindre les banques centrales à durcir leur politique monétaire, au risque de freiner davantage l’activité économique. Les investissements constituent un autre canal de transmission des chocs. Ces dernières années, les pays du Golfe se sont imposés comme des partenaires majeurs en Afrique subsaharienne, avec plus de 100 milliards de dollars engagés entre 2022 et 2023. Le conflit en cours pourrait toutefois conduire à une réévaluation des priorités par les fonds souverains, retardant ainsi des projets structurants dans les domaines de l’énergie, des infrastructures ou encore de l’agriculture.
Par ailleurs, les flux de transferts de fonds, essentiels pour de nombreux ménages africains, pourraient également être affectés. Un ralentissement de l’activité économique dans les pays d’accueil, notamment dans les secteurs de l’hôtellerie et de la construction, pourrait entraîner une baisse de ces envois, fragilisant davantage les économies locales. Au-delà de ces facteurs conjoncturels, l’Afrique subsaharienne doit composer avec des contraintes structurelles persistantes.
Le poids élevé du service de la dette limite la capacité des États à répondre aux crises et à financer leurs priorités de développement. À cela s’ajoute une diminution des financements extérieurs, notamment de l’aide publique au développement, dans un contexte mondial marqué par des tensions commerciales et une incertitude accrue. Face à la hausse des prix de l’énergie, les réponses des gouvernements varient. Certains pays, disposant de marges budgétaires, ont opté pour des subventions ou des allègements fiscaux afin de protéger les consommateurs.
D’autres, en revanche, ont été contraints d’augmenter les prix des carburants, accentuant les pressions sur les populations. Dans ce contexte, les experts plaident pour des politiques plus ciblées. La réorientation des subventions vers des mécanismes de protection sociale temporaires et efficaces apparaît comme une solution plus durable. Parallèlement, le renforcement des investissements dans les chaînes de valeur agricoles et l’emploi rural pourrait contribuer à améliorer la résilience des économies face aux chocs externes.
En définitive, si la croissance de l’Afrique subsaharienne reste solide en apparence, elle demeure vulnérable à une combinaison de risques géopolitiques, financiers et structurels. La capacité des États à anticiper et à atténuer ces chocs sera déterminante pour préserver les acquis et soutenir une croissance inclusive.
Par Bidossessi WANOU

