Le Bénin avance vite sur le terrain de la finance digitale. En quelques années, le pays a massivement basculé vers les paiements électroniques, avec des résultats visibles sur les recettes publiques, les services de base et l’inclusion financière. Mais derrière ces performances, des fragilités persistent.
Le Bénin s’impose aujourd’hui comme l’un des pays les plus dynamiques de la région en matière de digitalisation des paiements. Selon le rapport « Comment les pays s’organisent-ils pour faire de la digitalisation des paiements un accélérateur de croissance ? (Le Cas du Bénin – 2026) », publié par le ministère de l’Economie et des Finances et l’Alliance Better Than Cash, la transition vers les paiements électroniques a produit des résultats tangibles sur les recettes publiques, les services essentiels et l’inclusion financière.
En 2023, le pays a enregistré 123,6 millions d’opérations électroniques pour une valeur de 833,6 milliards de francs Cfa, contre 97,3 millions d’opérations et 764,5 milliards l’année précédente. La digitalisation s’est imposée dans les usages quotidiens : 67 % des factures d’électricité et 29 % des factures d’eau sont désormais réglées en ligne, tandis que 90 % des impôts et taxes passent par des plateformes numériques. Cette mutation génère des économies substantielles : environ 15 milliards de francs Cfa par an, soit l’équivalent de 15 km de route bitumée, grâce à la digitalisation des paiements de la Société béninoise d’énergie électrique (Sbee) et de la Société nationale des eaux du Bénin (Soneb).
Dans l’avant-propos du rapport, Romuald Wadagni, ministre d’Etat chargé de l’Economie et des Finances, et Véronique Tognifodé, ministre des Affaires sociales et de la Microfinance, affirment que la digitalisation des paiements doit être un accélérateur de développement, en réduisant les inégalités, en favorisant le travail décent et en soutenant la transformation des micro, petites et moyennes entreprises.
Un modèle organisationnel ciblé
Le rapport souligne que le Bénin a opté pour un modèle d’impulsion étatique localisée, centré sur la digitalisation des paiements publics. La création d’un groupe de travail national dédié à la coordination des réformes illustre cette volonté politique de piloter la transformation au sommet de l’Etat. Contrairement à des pays comme le Ghana ou le Nigéria, où les banques centrales jouent un rôle moteur, le Bénin privilégie une approche pragmatique : commencer par les paiements récurrents et visibles (factures, impôts, services publics) afin de créer un effet d’entraînement.
L’expérience béninoise est mise en perspective avec d’autres trajectoires africaines. Au Rwanda, les transactions numériques ont bondi de +300 % entre 2016 et 2022 grâce à un pilotage centralisé. Au Kenya, la digitalisation de plus de 13 000 services publics a permis de multiplier les recettes fiscales en quelques années.
Le Bénin se distingue par une stratégie plus ciblée, privilégiant des résultats rapides plutôt qu’une transformation globale immédiate. Le pays innove également sur le plan normatif avec l’interdiction de toute discrimination dans l’accès des femmes aux services financiers, une première dans la région.
Le rapport note que ces mesures contribuent à l’atteinte de plusieurs Objectifs de développement durable (Odd), notamment la réduction des inégalités et la promotion du travail décent. Toutefois, leur impact réel dépendra de leur mise en œuvre effective, en particulier dans les zones rurales où l’accès au numérique reste limité.
Les fragilités à surmonter
Malgré les progrès, l’interopérabilité des systèmes de paiement reste insuffisante, compliquant les transactions entre acteurs. Les infrastructures numériques sont inégalement réparties, notamment hors des centres urbains. La pérennité des mécanismes de coordination est jugée essentielle pour éviter que les réformes ne s’essoufflent avec le temps ou les alternances politiques. Le rapport identifie trois conditions de durabilité : l’interopérabilité des systèmes, la continuité institutionnelle via des comités permanents, et la mobilisation de partenariats public-privé. Il insiste également sur la nécessité de renforcer la confiance des usagers à travers un cadre réglementaire solide, la sécurisation des transactions et la qualité des services. Cybersécurité, protection des données et fiabilité des plateformes sont autant de facteurs déterminants pour ancrer durablement les paiements numériques dans les habitudes.
La digitalisation des paiements traduit une transformation structurelle de l’économie béninoise. Elle améliore la collecte des recettes, réduit les coûts de gestion et facilite l’accès aux services. Mais pour devenir un véritable levier de développement, cette dynamique devra s’accompagner d’investissements dans les infrastructures, d’une meilleure inclusion territoriale et d’une gouvernance durable.
Par Aké MIDA

