En marge de l’exposition Equilibrium Wind – Le Vent d’Équilibre (en cours depuis le 21 mars), artistes et curateurs ont croisé, mercredi 1er avril 2026, leurs regards sur les mutations de la création contemporaine africaine. Déroulé à Novotel de Cotonou avec la participation de Gabi Ngcobo et Rita Ouédraogo, deux Curatrices internationales, ce rendez-vous (table-ronde) a mis le focus sur la manière de repenser les récits et les formes à partir des héritages.
À mesure que les scènes artistiques africaines croissent dans les circuits internationaux, une interrogation revient dans les débats : comment créer sans rompre avec l’héritage, tout en évitant de le figer. Mercredi 1er avril 2026, cette réflexion a trouvé un cadre d’expression à travers une table ronde organisée par LÉA RÉSIDENCE, via sa plateforme Dagbé Art, en écho à l’exposition Equilibrium Wind – Le Vent d’Équilibre. Tenu à Novotel de Cotonou, ce rendez-vous a réuni artistes, commissaires d’exposition et responsables d’institutions culturelles venus d’Afrique et d’Europe. Ensemble, ils ont exploré les tensions fécondes entre mémoire et contemporanéité, interrogeant les formes et récits qui façonnent l’art africain actuel.
Au centre des discussions, l’idée d’un héritage en mouvement, envisagé non comme une référence figée mais comme une ressource en transformation. Les intervenants ont insisté sur la nécessité de repenser le patrimoine à travers des pratiques artistiques capables d’en renouveler les significations, notamment par le travail des matériaux, des archives et des symboles.
L’exposition de Thierry Oussou s’inscrit dans cette approche, en mobilisant matériaux, gestes et récits issus de contextes locaux, notamment autour de la filière du coton. Pour l’artiste, la création contemporaine ne peut se dissocier de son environnement : elle en capte les tensions et les traduit en formes. Il souligne que son travail consiste à « faire dialoguer les mémoires invisibles avec les réalités actuelles », en transformant des matériaux du quotidien en vecteurs de récit et de réflexion. « Mon travail consiste à capter ces zones de tension, ces espaces où les récits se transforment sans disparaître. Le coton, par exemple, porte une histoire économique, sociale et symbolique que j’essaie de traduire dans une forme contemporaine », a-t-il confié.
Curateurs et artistes, artisans de nouveaux récits
Les échanges ont également mis en lumière le rôle du commissariat d’exposition dans la construction de ces narrations. Entre sélection, mise en espace et contextualisation, les curateurs participent à la circulation des œuvres et à la manière dont elles sont perçues, aussi bien localement qu’à l’international. Directrice du projet et commissaire générale de l’exposition, Léa Awunou Roufaï a insisté sur la responsabilité de rendre visibles les créations africaines et les discours qu’elles portent. « C’est important de réinventer les récits, ou du moins de pouvoir les montrer, puisque nous avons des artistes talentueux qui créent, mais la création, si elle n’est pas montrée, à quoi bon ? C’est en ce sens que nous intervenons sur cette exposition et que nous profitons de cette table ronde pour dire qu’on a un devoir et une obligation de pouvoir présenter la création, les récits, les messages que les artistes veulent véhiculer et porter le regard qu’ils posent sur le monde contemporain qui nourrit leur création.
L’Afrique est aujourd’hui au-devant de la scène. », a-t-elle fait savoir. Présent à ce rendez-vous, Gabi Ngcobo (Directrice du Kunstinstituut Melly à Rotterdam), Rita Ouédraogo (Directrice du Buro Stedelijk Museum à Amsterdam) et Diane Awunou Houssou (Directrice de la Galerie Encadrement Design, Cotonou et Co-commissaire de l’exposition), ont souligné que la création contemporaine africaine s’inscrit dans une dynamique de réappropriation, où les artistes revisitent leurs héritages pour mieux en proposer des lectures actuelles.
Pensée comme un espace de dialogue, la table ronde a permis de croiser des expériences et des visions, avec l’objectif de faire de l’art un lieu de circulation des idées, capable de relier les temporalités, les territoires et les imaginaires.
Par Sylvestre TCHOMAKOU

