La zone Uemoa s’oriente vers une remontée progressive des prix, après une année 2025 marquée par une inflation quasi nulle. Si la trajectoire reste globalement maîtrisée, elle demeure exposée à des risques sécuritaires, climatiques et géopolitiques susceptibles d’en modifier l’évolution, selon la Bceao.
Après un creux conjoncturel en 2025, la Bceao anticipe un retour graduel de l’inflation dans sa zone cible, comprise entre 1 % et 3 % pour l’Union économique et monétaire ouest-africaine (Uemoa). Selon le dernier Rapport sur la politique monétaire dans l’Umoa publié en mars 2026 par la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Bceao), les projections font état d’un taux de 1,4 % en 2026, puis de 2,1 % en 2027. A un horizon plus rapproché, l’inflation ressortirait à 0,2 % dès le premier trimestre 2026, avant de se stabiliser autour de 2,0 % en moyenne sur les huit trimestres suivants.
Cette normalisation traduit à la fois un effet mécanique lié au très faible niveau des prix en 2025 et une évolution attendue des déterminants économiques.
Plusieurs facteurs expliquent la remontée anticipée de l’inflation dans l’Union. Selon la Bceao, la baisse des prix des produits alimentaires importés devrait se poursuivre, mais à un rythme nettement moins prononcé, avec un recul estimé à -1,0 % en 2026 contre -7,3 % en 2025. Parallèlement, la progression de la production céréalière devrait ralentir, limitant les effets de modération sur les prix domestiques.
A ces éléments s’ajoute la fin probable de certaines mesures publiques de lutte contre la vie chère, mises en place de manière exceptionnelle et appelées à ne pas être reconduites en 2026. Enfin, les effets de base jouent un rôle déterminant, la comparaison avec une année 2025 particulièrement basse entraînant mécaniquement une remontée des taux d’inflation.
Des scénarios contrastés et des risques
La Bceao souligne que les perspectives restent entourées d’incertitudes significatives. Trois scénarios sont envisagés. Dans le scénario central, l’inflation atteindrait 1,4 % en 2026 et 2,1 % en 2027. Dans une hypothèse plus favorable, elle pourrait se limiter à 0,9 % puis 1,4 %. A l’inverse, un scénario plus défavorable conduirait à une inflation de 1,8 % en 2026 et 2,7 % en 2027.
Ces écarts traduisent la sensibilité de la dynamique des prix à des facteurs exogènes, souvent difficiles à anticiper.
L’analyse des risques met en évidence une prédominance des facteurs susceptibles de pousser l’inflation à la hausse. Les tensions sécuritaires dans certaines zones de l’Union pourraient perturber les circuits d’approvisionnement et affecter la production agricole, entraînant une pression sur les prix.
Les aléas climatiques constituent un autre facteur d’incertitude majeur, dans une région fortement dépendante des conditions météorologiques pour sa production agricole. Une mauvaise campagne pourrait rapidement se traduire par une hausse des prix alimentaires.
A l’échelle internationale, les tensions géopolitiques restent également déterminantes. Elles pourraient entraîner une hausse des prix du pétrole et des produits importés, ainsi qu’un renchérissement des coûts de transport et de fret.
Les perturbations des chaînes d’approvisionnement mondiales constituent enfin un risque supplémentaire, susceptible d’affecter la disponibilité et le coût des biens essentiels.
Des facteurs de stabilisation
Malgré ces incertitudes, certains éléments pourraient contribuer à contenir les tensions inflationnistes. La poursuite de la baisse des cours mondiaux des denrées alimentaires et un bon niveau d’approvisionnement en céréales au sein de l’Union constituent des facteurs de modération des prix. Ces éléments pourraient permettre de maintenir l’inflation dans la zone cible, à condition que les chocs externes restent limités.
Au total, les perspectives d’inflation dans l’Uemoa apparaissent globalement maîtrisées, avec un retour attendu dans la cible communautaire dès 2026 et une stabilisation autour de 2 % à moyen terme. Cette trajectoire demeure toutefois fragile et dépendante de facteurs largement exogènes.
Dans ce contexte, la Bceao indique que la conduite de la politique monétaire restera prudente et adaptable, afin de préserver la stabilité des prix face aux incertitudes.
Une année 2025 atypique marquée par une inflation nulle
L’évolution des prix dans l’Union économique et monétaire ouest-africaine a connu un tournant notable en 2025. Selon la Bceao, le taux d’inflation annuel s’est établi à 0,0 %, après 3,5 % en 2024. Cette performance exceptionnelle s’est même traduite par une inflation négative au quatrième trimestre 2025, estimée à -0,8 %.
Cette situation s’explique principalement par un recul des prix des produits alimentaires, soutenu par une bonne campagne agricole, ainsi que par la baisse des coûts des produits importés.
La désinflation a contribué à renforcer le pouvoir d’achat des ménages, tout en traduisant un environnement de prix inhabituellement modéré pour la région.
Par Aké MIDA
Perspectives d’inflation dans l’UEMOA (en %)


