Une analyse portant sur 154 pays montre que l’éducation joue un rôle décisif dans la réduction des émissions engendrées par la croissance économique.
La relation entre croissance économique et dégradation environnementale continue d’alimenter les débats, à l’heure où les émissions de gaz à effet de serre atteignent des niveaux préoccupants. Une étude publiée dans la Revue d’analyse des politiques économiques et financières (Rapef, Mef, Volume 8, Numéro 1, juin 2025) apporte un éclairage majeur sur cette problématique en mettant en évidence le rôle central de l’éducation dans l’atténuation de la pollution.
Menée par les chercheurs béninois Djomélo Rock Voda et Jude Eggoh, l’analyse couvre 154 pays sur la période 1998–2022. Elle s’appuie sur les émissions de trois principaux gaz à effet de serre : le dioxyde de carbone (CO₂), le méthane (CH₄) et le protoxyde d’azote (N₂O).
Les résultats confirment l’existence d’une relation étroite entre le niveau de revenu par habitant et la pollution environnementale. Aux premières phases du développement économique, l’augmentation du produit intérieur brut (Pib) s’accompagne d’une hausse des émissions polluantes.
Toutefois, au-delà d’un certain seuil de revenu, cette tendance s’inverse : la croissance contribue progressivement à l’amélioration de la qualité de l’environnement. Dans l’ensemble des modèles estimés, le Pib exerce d’abord un effet négatif sur l’environnement, avant que son évolution ne traduise une inflexion significative en faveur de la réduction des émissions.
Un rôle décisif
L’originalité majeure de l’étude réside dans l’introduction explicite du niveau d’éducation comme variable déterminante de la relation entre croissance et pollution. Mesurée à travers le taux brut de scolarisation dans le secondaire, cette variable apparaît négative et statistiquement significative dans toutes les estimations.
En clair, plus un pays investit dans l’éducation, plus ses émissions tendent à diminuer. L’éducation agit à plusieurs niveaux : elle favorise la recherche et l’innovation technologique, facilite l’adoption de technologies plus propres et renforce la conscience écologique des populations, indique les auteurs. Elle apparaît ainsi comme un véritable amortisseur de l’impact environnemental de la croissance économique.
L’étude met en évidence des résultats contrastés selon les groupes de pays. Dans les économies à revenu élevé, l’éducation joue un rôle fortement amortisseur, permettant de réduire l’impact environnemental de la croissance économique. Ces pays disposent généralement d’une capacité technologique avancée et de systèmes institutionnels solides, facilitant la transition écologique.
Dans les pays à revenu intermédiaire, cet effet demeure présent mais d’intensité modérée. Dans les pays les moins avancés, l’éducation contribue toujours à la réduction des émissions, mais ses effets restent limités par des contraintes institutionnelles, financières et technologiques.
Effets selon des dynamiques économiques
Au-delà de l’éducation, les auteurs analysent l’influence d’autres variables macroéconomiques. Les investissements directs étrangers sont globalement associés à une augmentation des émissions, confirmant l’hypothèse du « paradis de pollution », selon laquelle certaines activités polluantes se déplacent vers les pays aux réglementations environnementales moins strictes.
A l’inverse, le développement financier et l’ouverture commerciale sont liés à une baisse des émissions, en facilitant l’accès aux technologies et infrastructures plus respectueuses de l’environnement. L’urbanisation, en revanche, apparaît comme un facteur aggravant de la pollution, en raison d’une pression accrue sur les ressources naturelles et la consommation énergétique.
Les analyses de robustesse montrent enfin que les pays à revenu élevé connaissent une transition environnementale plus rapide et plus marquée, grâce à la combinaison d’un niveau d’éducation élevé, d’une capacité technologique développée et d’un système financier performant. Les pays à revenu faible doivent, pour leur part, compléter l’investissement éducatif par des politiques de renforcement institutionnel, de financement de la transition verte et de coopération internationale.
Repenser les politiques publiques
Les conclusions de l’étude appellent les décideurs à intégrer pleinement l’éducation dans les stratégies de développement durable. Les auteurs soulignent que l’éducation constitue un levier essentiel pour stimuler l’innovation, promouvoir l’utilisation d’énergies propres et encourager des comportements responsables. Ils rappellent également que la transition écologique ne peut reposer uniquement sur les technologies ou sur des réglementations contraignantes, mais qu’elle doit s’appuyer sur un capital humain conscient et engagé.
Dans un contexte où la Banque mondiale estime que la dégradation environnementale pourrait faire basculer plus de 32 millions de personnes dans l’extrême pauvreté d’ici 2030, l’étude rappelle l’urgence de repenser les priorités de politiques publiques. L’éducation apparaît ainsi comme un investissement stratégique pour réduire les émissions, renforcer la résilience des sociétés et concilier croissance économique et protection de l’environnement.
Par Aké MIDA

