Réunis à Abuja pour leur 68ᵉ session ordinaire, les chefs d’État et de gouvernement de la Cedeao ont mis en avant la solidarité régionale et la capacité d’action commune, après l’échec d’une tentative de déstabilisation au Bénin, tout en passant en revue les chantiers économiques et d’intégration en cours.
Face aux défis sécuritaires persistants et des agendas d’intégration soutenus, la 68ᵉ session ordinaire de la Conférence des chefs d’État et de gouvernement de la Cedeao a servi de cadre à une réaffirmation politique forte en faveur de la stabilité institutionnelle et de la coopération entre États membres. La Conférence a condamné avec fermeté la tentative de coup d’État au Bénin et réitéré son attachement à la démocratie et à l’État de droit. Les dirigeants ouest-africains ont salué le déploiement rapide et coordonné de la Force en attente de la Cedeao, intervenue en appui aux forces républicaines béninoises. Cette action est présentée comme un exemple abouti de coopération sécuritaire sous-régionale, illustrant la capacité collective de prévention et de réponse aux crises.
La solidarité des États membres a été mise en exergue, avec des félicitations adressées notamment au Nigeria, à la Côte d’Ivoire, au Ghana et à la Sierra Leone pour leur engagement. Dans la continuité de cette dynamique, la Commission de la Cedeao est chargée de proposer des textes encadrant la Force en attente et de travailler à l’instauration d’un cadre consultatif entre États, afin de faciliter des interventions rapides face aux urgences sécuritaires ou humanitaires. « Dans le cadre des efforts déployés par la Communauté pour lutter contre le terrorisme, la Conférence instruit le Président de la Commission de mettre d’urgence à la disposition de chacun des États membres concernés, à savoir le Bénin, la Côte d’Ivoire, le Ghana, le Nigeria et le Togo, un montant de deux millions huit cent cinquante mille dollars américains (2 850 000 USD), provenant du Fonds régional de sécurité, sous réserve de l’examen du Plan d’action », lit-on dans le communiqué final de la rencontre.
La résilience des économies saluée
Au-delà du volet sécuritaire, la Conférence s’est penchée sur les performances économiques de la Communauté. Les chefs d’État se sont félicités de la résilience des économies de la Cedeao en 2025, marquée par une accélération de la croissance, une atténuation des pressions inflationnistes et des efforts d’assainissement budgétaire. Ils ont appelé les États membres à poursuivre les réformes économiques, à renforcer la mobilisation des ressources nationales et à améliorer la qualité des dépenses publiques.
Sur l’intégration monétaire, la Conférence a pris note des travaux de la 12ᵉ session du Conseil de convergence et exprimé des préoccupations liées aux performances macroéconomiques, à moins de deux ans du lancement de l’ECO. Elle a invité les États membres à adopter des politiques économiques appropriées et chargé la Commission de réactiver la Task Force présidentielle sur le Programme de monnaie unique, afin de faciliter la recherche de consensus sur les questions sensibles.
En matière de libre circulation des personnes, la Conférence a félicité le Nigeria pour le déploiement réussi de la carte nationale d’identité biométrique de la Cedeao (ENBIC). Tout en relevant que seuls sept États membres ont, à ce jour, déployé ce dispositif, elle a exhorté les autres pays à accélérer le processus afin de renforcer la mobilité transfrontalière et la coopération régionale.
Les échanges ont également porté sur la mise en œuvre du Système de Libéralisation des Échanges de la Cedeao (SLEC), avec une instruction donnée aux Commissions de la Cedeao et de l’Uemoa d’harmoniser les règles d’origine, ainsi que sur l’état d’avancement de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), pour laquelle les États membres sont invités à accélérer la mise en œuvre.
Sur le plan énergétique, la Conférence a pris note de la synchronisation des réseaux électriques des 15 pays d’Afrique de l’Ouest par le WAPP, tout en exprimant des préoccupations liées aux défauts de paiement qui pèsent sur son fonctionnement. Enfin, concernant le transport aérien, les dirigeants ont rappelé la directive visant à réduire les redevances passagères et de sécurité et à supprimer certaines taxes à compter du 1er janvier 2026.
Sur l’état de la démocratie, de la paix et de la sécurité, la Conférence a noté avec satisfaction la relative stabilité de la région et salué les efforts des États membres et de la Commission pour consolider la gouvernance démocratique. Elle a pris acte des élections récentes et en cours, notamment au Bénin, et encouragé les autorités concernées à garantir la transparence et l’inclusivité des processus électoraux.
Par S.T.

