Le 8 août 2026, le Jardin botanique de l’université d’Abomey-Calavi a accueilli, dans le cadre du Forum social mondial, un atelier régional consacré à la souveraineté semencière en Afrique de l’Ouest et aux outils de plaidoyer. Cette rencontre s’inscrit dans la dynamique de promotion de l’agroécologie portée par des mouvements multi-acteurs en Afrique de l’Ouest.
Dès le début, Balkisa Daoura, secrétaire exécutive de la Coalition pour la protection du patrimoine génétique africain (COPAGEN), a présenté au journaliste les missions principales de la COPAGEN. Selon elle, « la COPAGEN a été créée pour alerter sur les dangers que nous percevons et qui menacent l’agriculture africaine, notamment les organismes génétiquement modifiés (OGM), et pour proposer des alternatives afin que nos agriculteurs restent fidèles à des pratiques saines, bénéfiques pour nos traditions, notre santés et notre biodiversité ».
Au sujet de l’atelier sur la souveraineté semenciere organisé par la COPAGEN au Forum social mondial, Balkisa Daoura a précisé que c’est un partage d’expériences des homologues autour du programme EGALE-AO qui sont Enda Pronat au Sénégal, Inades formation au Togo et au Burkina Faso, Tiniguena en Guinée Bissau, COPAGEN en Côte d’Ivoire avec le soutien technique et financier d’Affaires Mondiales Canada et d’InterPares.

Lors de ce panel sur le thème « Souveraineté semencière en Afrique de l’Ouest et outils de plaidoyer », le Dr Abdoul-Aziz Saïdou, directeur du centre Imaan Research basé au Niger, a exposé aux participants les fondements de la souveraineté semencière. Selon lui, « la souveraineté semencière désigne la capacité des communautés, des terroirs et des pays à conserver, multiplier et gérer leurs semences de manière autonome, afin que nos systèmes de production ne dépendent ni de semences importées ni des contrôles exercés par des groupes industriels ».
Le Dr Abdoul-Aziz Saïdou a également insisté sur la nécessité de reconnaître les efforts des paysans, qui assurent aujourd’hui l’essentiel de la production en Afrique, ainsi que les systèmes semenciers locaux qui, malheureusement, ne bénéficient pas d’une reconnaissance dans les lois de nos États. « Je ne dirais pas que ces systèmes sont combattus, car sur le terrain, nous n’avons pas constaté d’hostilité des États envers les semences paysannes. En revanche, elles ne sont pas valorisées, faute de mécanismes politiques ou stratégiques qui les reconnaîtraient au même titre que les semences industrielles », a-t-il précisé.
Pour sa part, M. Adama Soulama, d’Inades Formation Burkina Faso, a rappelé le cadre de l’Évaluation de la Sécurité Semencière et du Plan d’actions (ESSPA). Il s’agit d’un processus systématique et progressif d’analyse des systèmes agricole et semencier ainsi que de la sécurité semencière, destiné à évaluer la situation des communautés agricoles dans les zones d’intervention du projet Égalité de genre par l’agroécologie (ÉGALE-AO). L’ESSPA repose sur des ateliers communautaires participatifs en plénière, visant à évaluer la sécurité semencière, identifier les contraintes et opportunités liées aux systèmes agricoles et semenciers, puis élaborer des pistes d’action pour renforcer la résilience semencière. L’analyse s’est concentrée sur trois niveaux complémentaires : le système agricole, le système semencier et la sécurité semencière elle-même.

Au Sénégal, l’équipe de Mme Marie Bane, d’Enda Pronat, a mis en œuvre l’ESSPA. Globalement, il en ressort que semences paysannes et commerciales cohabitent, la majorité des semences utilisées provenant des marchés, ce qui traduit une externalisation de la production semencière. Certaines semences, comme le mil, restent exclusivement entre les mains des paysans, transmises et conservées de génération en génération, tandis que plusieurs variétés paysannes sont en voie de disparition.
Elle souligne que, selon l’étude couvrant les zones concernées, les femmes jouent un rôle central dans la sécurité semencière. Gardiennes de l’agrobiodiversité, elles font cependant face à des obstacles, notamment dans leur participation aux instances décisionnelles et leur accès limité à la terre.

Le modérateur de ce panel, le Dr Mamadou Goïta, membre du comité scientifique de la COPAGEN, a insisté sur l’importance du document de plaidoyer avant d’appeler les participants, désormais sensibilisés, à agir sur plusieurs points : reconnaître le rôle des femmes dans la sécurité et les systèmes semenciers paysans, valoriser les organisations paysannes comme acteurs clés en matière de sécurité et souveraineté semencières, créer des banques de semences communautaires pour identifier et conserver les semences, développer un cadre juridique protégeant les droits des producteurs ainsi que la place des systèmes semenciers paysans, encourager la recherche participative et le renforcement des capacités en production et conservation semencières, sensibiliser les paysans aux politiques et lois relatives aux semences, et assurer enfin le suivi de la mise en œuvre de politiques soutenant la sécurité et la souveraineté semencières.
Ange Aristide BYLL


