Le Bénin a franchi une étape décisive dans son développement industriel grâce à la Zone Industrielle de Glo-Djigbé (GDIZ), qui a permis la création de plus de 20 000 emplois en moins de trois ans. Cette réussite illustre une volonté politique forte et une capacité à transformer les ambitions en résultats tangibles. Elle s’est accompagnée d’une montée en puissance des zones industrielles de Sèmè-Podji et de Gakpé, où l’amélioration de l’accès à l’énergie a favorisé l’installation de nouvelles unités industrielles, multipliant par cinq le nombre d’emplois.
L’adoption d’un nouveau code des investissements et l’agrément de projets privés d’envergure témoignent d’une vision pragmatique et structurante qui place l’industrie au cœur de la croissance nationale. Ces résultats méritent d’être félicités, car ils traduisent une stratégie cohérente qui positionne le Bénin comme un acteur industriel émergent.
La construction de marchés modernes et la structuration progressive des PME à travers l’Agence de Développement des Petites et Moyennes Entreprises (ADPME) illustrent une approche inclusive et durable. Le renforcement des capacités de plus de 1 600 dirigeants d’entreprise est une initiative louable qui contribue à l’essor d’un tissu entrepreneurial solide. Ces actions sont à plébisciter, car elles jettent les bases d’une économie diversifiée et résiliente, capable de soutenir l’industrialisation et de répondre aux besoins des populations.
La mise en place d’un fonds de développement industriel constitue une proposition phare et hautement stratégique. Elle viendra corriger une insuffisance structurelle de très longue date : l’absence d’investisseurs spécialisés en financement en fonds propres. Jusqu’ici, les industries béninoises ont souvent été contraintes de recourir quasi exclusivement à la dette, sans pouvoir profiter pleinement des effets de levier que procure une combinaison équilibrée entre capitaux propres et financements bancaires. Ce fonds permettra non seulement de renforcer la transformation locale, mais aussi de sélectionner des entreprises à fort potentiel dans les secteurs prioritaires, de favoriser les rapprochements stratégiques et de soutenir l’émergence de champions nationaux capables de s’intégrer dans les chaînes de valeur mondiales. Cette initiative mérite d’être encouragée, car elle constitue une véritable révolution dans le financement industriel au Bénin.
Le développement d’unités industrielles de transformation accessibles à tous les producteurs est une autre proposition remarquable. Elle permettra de transformer sur place les produits agricoles et miniers, réduisant ainsi la dépendance aux exportations brutes et augmentant la valeur ajoutée locale. Cette mesure est à féliciter, car elle contribuera à l’autonomisation des producteurs, à la diversification des revenus et à la consolidation d’un tissu industriel inclusif.
La mise en place d’un tarif industriel attractif, garantissant aux industriels un accès continu à l’énergie à un prix stable, est une mesure essentielle. Elle répond à une préoccupation majeure des investisseurs : la prévisibilité et la compétitivité des coûts énergétiques. En stabilisant ce facteur clé, le Bénin se positionne comme une destination industrielle crédible et compétitive. Cette proposition est à plébisciter, car elle favorisera l’implantation de nouvelles industries et renforcera la productivité des unités existantes.
La création d’une filière d’industrie de base, notamment à travers des unités de production de pièces de rechange industrielles adossées à des écoles de formation technique et professionnelle, est une initiative visionnaire.
Elle permettra de réduire la dépendance aux importations, de développer des compétences locales et de créer un lien direct entre la formation et l’emploi. Cette mesure est à féliciter, car elle contribuera à bâtir une souveraineté industrielle et à renforcer la compétitivité des entreprises béninoises. Il s’agit également d’un modèle économique innovant qui pourrait à terme, soutenir l’autonomie financière et la viabilité des écoles de formation technique. Un exemple concret de mise en œuvre de cette innovation pourrait concerner la fabrication de pièces d’usure en acier ou plastique telles que les chaines, pignons, phares, jantes… de motos qui représentent un marché estimé à plusieurs dizaines de milliards de FCFA par an, avec une forte dépendance vis-à-vis des marchés asiatiques, notamment la Chine et l’Inde.
Sur le plan énergétique, les avancées réalisées sont remarquables. Le taux d’accès à l’électricité est passé de 30 % à 61 % en une décennie, grâce à des investissements structurants tels que la centrale thermique de Maria-Gléta 2 et la centrale solaire de Pobè. La réduction du coût de raccordement, l’électrification de centaines de localités et l’amélioration de l’éclairage public témoignent d’une politique volontariste et efficace. Ces résultats sont à féliciter, car ils traduisent une volonté claire de sortir le pays de la précarité énergétique.
La construction du complexe hydroélectrique de Dogo-Bis, avec une centrale de 128 MW et un barrage créant un réservoir de 1,7 milliard de m³, est une proposition phare qui mérite d’être plébiscitée. Elle permettra non seulement de produire une énergie propre et abondante, mais aussi de réduire les risques d’inondation et de sécuriser l’approvisionnement en eau pour l’irrigation. Cette initiative est à encourager, car elle combine développement énergétique, sécurité environnementale et soutien à l’agriculture.
La sécurisation de l’énergie primaire par la construction d’un gazoduc Bénin-Nigeria et la mise en place de réserves stratégiques de gaz liquéfié est une mesure essentielle. Elle répond à une faiblesse structurelle : la dépendance à des canaux d’approvisionnement insuffisamment fiables. En garantissant un approvisionnement robuste et compétitif, le Bénin se donne les moyens de stabiliser sa production électrique et de soutenir durablement son industrialisation. Cette proposition est une avancée remarquable, car elle traduit une vision pragmatique et résiliente.
Enfin, l’accélération du programme de montée en compétence nationale des talents, adossé à l’opérationnalisation de l’École des Métiers de l’Énergie et aux programmes d’immersion des jeunes, est une initiative à plébisciter. Elle permettra de former une nouvelle génération de techniciens et d’ingénieurs capables de porter les projets énergétiques et industriels du pays.
Quelques propositions au candidat Romuald WADAGNI
Toutefois, pour maximiser l’impact de ces actions, il est essentiel d’apporter quelques compléments stratégiques. Premièrement, la mise en place d’une passerelle permettant de développer autour des zones économiques spéciales un véritable écosystème d’entreprises locales en support aux nouvelles industries serait déterminant. Cela favoriserait la montée en standards des PME et leur intégration dans les chaînes de valeur. La mise en place d’un tel dispositif renforcera l’inclusivité des actions et permettra d’embarquer les industries et PME existantes qui se sentent très souvent en marge des progrès de ces dernières années, au regard des retours de terrain que j’ai régulièrement dans mon rôle de conseil aux chefs d’entreprises et capitaines d’industries.
Deuxièmement, la promotion de l’excellence opérationnelle et de la digitalisation industrielle à travers des outils digitaux/numériques de gestion opérationnelle tels que les SOP, SCADA, GMAO, etc. est indispensable pour garantir la compétitivité et la durabilité des industries naissantes. Enfin, l’initiation d’une plateforme publique ou privée de classement des écoles et établissements supérieurs de formation des ingénieurs et cadres techniques et financiers stimulerait une saine émulation académique et renforcerait la crédibilité des formations, contribuant à l’émergence d’une élite technique et managériale de haut niveau, à l’instar des pays développés. La compétition des hautes écoles de commerce et d’ingénieurs aux USA, en France et même au Maroc que je connais le mieux, est gage d’excellence et de reconnaissance internationale
En définitive, les propositions du candidat Romuald Wadagni constituent une vision ambitieuse et cohérente pour propulser le Bénin vers une nouvelle ère industrielle et énergétique. Elles méritent d’être félicitées et soutenues, tout en étant enrichies par des mesures complémentaires qui renforceront leur impact et leur durabilité.
Par Arsène K. FADO, ingénieur industriel senior et expert financier
Fort de vingt ans d’expérience dans le financement d’infrastructures et la gestion de projets industriels, Arsène K. FADO est actuellement engagé dans un Executive Doctorate in Business Administration. Son ambition est de contribuer, par l’analyse et la proposition, à l’essor d’un Bénin industriel, compétitif et durable.

