A la lumière du rapport annuel sur la gouvernance des entreprises publiques, publié le 4 février 2026, il ressort une lecture stratégique du portefeuille public de l’État béninois, tant du point de vue de sa structuration que de son pilotage. Le rapport dresse une cartographie détaillée de 173 entreprises publiques, réparties entre 33 sociétés d’État et 140 établissements publics, illustrant l’ampleur et la diversité de l’intervention publique dans les secteurs économiques et sociaux.
La répartition sectorielle met en évidence une prédominance des entreprises publiques à vocation économique (25 %), confirmant le rôle central de l’État dans les secteurs productifs, les infrastructures économiques et les services marchands stratégiques. Cette orientation traduit une volonté de soutenir la croissance, de structurer les filières économiques et d’assurer la fourniture de services essentiels, notamment dans des domaines nécessitant un encadrement public fort ou présentant une faible attractivité pour le secteur privé.
Les secteurs sociaux occupent également une place significative dans le portefeuille public. Les entreprises publiques intervenant dans l’enseignement (23 %) et la santé (14 %) témoignent de l’importance accordée au développement du capital humain et à la protection sanitaire des populations. Cette configuration s’inscrit dans une vision de développement à long terme, où l’éducation et la santé constituent des leviers majeurs de compétitivité et de cohésion sociale.
Le secteur du logement et des équipements collectifs (12 %) complète ce dispositif, en lien avec les enjeux d’aménagement du territoire et d’amélioration du cadre de vie.
Toutefois, l’analyse du rapport met en lumière plusieurs enjeux critiques de gouvernance. La densité du portefeuille public et la diversité des missions confiées aux entreprises publiques soulèvent des questions relatives à la lisibilité des rôles, à la cohérence stratégique et à la performance effective de certaines entités.
La forte dépendance aux financements publics, bien qu’indispensable à la continuité du service public, peut également limiter les incitations à l’efficience, à l’innovation et à la responsabilisation des organes de gestion.
Par ailleurs, malgré le basculement vers la gestion publique en mode programme depuis le 1er janvier 2022, des marges de progression subsistent dans l’alignement entre objectifs stratégiques, indicateurs de performance et résultats mesurables. L’évaluation de l’impact réel des entreprises publiques sur la mise en œuvre des politiques publiques demeure, dans certains cas, insuffisamment formalisée, ce qui complique l’appréciation de leur contribution effective.
Au regard de ces constats, nous proposons des axes d’amélioration structurants pour renforcer la gouvernance du portefeuille public. Ceux-ci portent notamment sur : la clarification et la rationalisation des missions, le renforcement des dispositifs de suivi et d’évaluation de la performance, la promotion d’une culture de résultats et de redevabilité, ainsi que le recours à des partenariats ciblés avec le secteur privé lorsque cela est pertinent.
Le rapport annuel sur la gouvernance des entreprises publiques dépasse la simple description du portefeuille de l’État. Il constitue un outil stratégique de pilotage et de réforme, appelé à soutenir une gouvernance plus performante, plus cohérente et davantage orientée vers l’impact des entreprises publiques dans la mise en œuvre des politiques publiques au Bénin.
Dr Didier ZINSOU
Auditeur Interne | Gouvernance, Gestion des Risques & Contrôle (GRC) | Création de Valeur & Performance Durable
Consultant & Formateur en GRC | Financement des PME/TPE & Entrepreneuriat
Enseignant-Chercheur

