Clôturé fin 2024, le Pagefcom II a renforcé la gouvernance forestière et amélioré les conditions de vie des populations riveraines. Le rapport d’achèvement publié par la Bad met en lumière des acquis solides, mais aussi des insuffisances et défis à relever pour assurer la pérennité des actions.
Aké MIDA
Avec plus de 80 % de ses indicateurs d’effets atteints, certains même dépassés, le Projet d’appui à la gestion des forêts communales (Pagefcom II) a amélioré les prestations de l’administration forestière, renforcé la régularité dans la production de miel, karité et poisson, et contribué à l’augmentation des revenus des bénéficiaires, notamment des femmes. Le projet a également favorisé la réduction de la dégradation des espaces naturels, encouragé la formalisation associative et stimulé l’engagement des populations riveraines dans la protection des plantations. Une diminution de l’exode rural a été constatée dans les zones concernées.
Au total, environ 654 000 personnes rurales ont directement bénéficié des activités du projet, dont 43 % de femmes, indique le Rapport d’achèvement de projet (Rap) pour les opérations du secteur public, publié par la Banque africaine de développement (Bad, juillet 2025), partenaire financier du projet. Les actions de sensibilisation ont touché 2,7 millions de personnes, soit près du triple de l’objectif initial. Le taux d’exécution physique a atteint 90,25 %, et le taux de décaissement 71,39 %. L’analyse économique estime un taux de rentabilité interne de 21,5 % qui s’explique par le rallongement des délais d’exécution et la non-opérationnalité des trois ranchs fauniques aménagés.
Obstacles persistants
La mise en œuvre du projet n’a pas été sans difficultés. Trois prorogations ont été nécessaires, allongeant sa durée de cinq à huit ans. Le retard dans le démarrage effectif, intervenu un an après l’approbation, a constitué un premier handicap. A cela se sont ajoutées la complexité du système de passation des marchés, la lenteur dans l’obtention des avis de non-objection de la Bad, la faible mobilisation de la contrepartie nationale et la défaillance de certaines entreprises adjudicataires. La pandémie de Covid-19 a également ralenti le rythme des activités en réduisant la mobilité des acteurs et en perturbant les chantiers.
D’après le rapport, certaines conventions avec des structures nationales, notamment la Direction de la production halieutique (Dph) et le Centre national de gestion des réserves de faune (Cenagref), ont souffert d’incompréhensions et d’exécutions partielles. Le document mentionne par exemple que la convention avec le Cenagref n’a été réalisée qu’à 43 %, et la clôture périmétrale pose un problème de durabilité.
Aussi, l’absence d’études de faisabilité préalables a retardé les activités et montré la nécessité d’une planification plus rigoureuse, incluant les évaluations environnementales et sociales.
Recommandations
Le rapporteur, Youssouf Kaboré, chargé de projet à la Bad, souligne que le système de passation des marchés doit être revu afin d’éviter les blocages liés à la double revue entre procédures nationales et exigences de la Bad. Le rapport recommande aussi une meilleure sélection des entreprises et l’application stricte de mesures coercitives en cas de retard. Il insiste, par ailleurs, sur l’importance de mobiliser les ressources de contrepartie en temps voulu et de les affecter à des dépenses moins sensibles pour ne pas mettre en péril la performance globale du projet.
Financé par la Bad, le Fonds pour l’environnement mondial et l’Etat béninois, le Pagefcom II a consolidé les acquis du Pagefcom I et démontré qu’une gestion participative et décentralisée des forêts peut générer des impacts économiques, sociaux et environnementaux positifs. Cette phase a couvert les départements de l’Atlantique, du Zou, des Collines, du Borgou et de la Donga.
La durabilité des résultats dépendra de la capacité des acteurs nationaux et locaux à prendre le relais. Pour ce faire, le rapport préconise l’élaboration d’une stratégie de sortie dès la conception de projet, afin de clarifier les responsabilités et de garantir la pérennisation des acquis après le retrait des bailleurs.

