Malgré une progression spectaculaire de l’accès aux services financiers, l’inclusion réelle reste fragile en Afrique de l’Ouest. L’essor du mobile money masque un déficit persistant d’éducation financière, facteur clé de résilience économique.
L’accès aux services financiers n’a jamais été aussi élevé, mais l’inclusion réelle reste fragile. Selon les données compilées par la Banque mondiale à travers le Global Findex, la proportion d’adultes disposant d’un compte est passée d’environ 51 % en 2011 à près de 80 % au niveau mondial en 2024 (Banque mondiale, Global Findex 2025). Pourtant, l’Organisation de coopération et de développement économiques (Ocde) relève qu’environ 8 % des titulaires de comptes déclaraient ne pas les utiliser activement sur les périodes récentes observées » (Ocde, Supporting financial access and inclusion through quality financial products, 2026).
L’ouverture d’un compte ne signifie donc pas automatiquement inclusion.
En Afrique de l’Ouest, où le mobile money a profondément transformé l’écosystème financier, cette réalité est visible. Au Bénin, par exemple, la dynamique est particulièrement forte. Selon le rapport d’activités 2024 de l’Autorité de régulation des communications électroniques et de la poste (Arcep), les services financiers mobiles ont enregistré 2 911,23 milliards F Cfa de dépôts en 2024. Le volume total des transactions s’est élevé à 2,512 milliards d’opérations, soit en moyenne 6,88 millions de transactions par jour, en progression de 21,15 % par rapport à 2023. Ces chiffres traduisent une adoption large et rapide.
Le défi de la compréhension
Des millions de comptes sont ouverts, mais leur usage reste parfois limité aux transferts et retraits.
« J’ai un compte mobile money, mais je ne sais pas comment épargner dessus. Je l’utilise seulement pour recevoir l’argent de mes clients. Quand on me propose un crédit, je ne comprends pas bien les conditions », confie Aubierge, vendeuse de légumes à Cotonou.
Hervé, conducteur de taxi-moto, témoigne également : « C’est facile de prendre un microcrédit via le téléphone. Mais beaucoup se retrouvent avec des dettes qu’ils ne peuvent pas rembourser. On ne nous explique pas les risques ».
Ces situations illustrent le constat de l’Ocde : « De faibles niveaux de littératie financière se traduisent par un manque de conscience des caractéristiques et des risques des produits financiers, une faible confiance et des comportements qui inhibent l’usage sûr des services formels ».
La Banque mondiale souligne, de son côté, que la compréhension des notions financières de base : intérêt composé, diversification des risques, inflation, demeure faible en Afrique subsaharienne (Banque mondiale, Global Findex 2025).
Or, comme le rappelle l’Ocde dans sa Recommandation du Conseil sur la littératie financière (Ocde, 2022), l’éducation financière constitue un complément essentiel aux dispositifs de protection des consommateurs et aux standards de qualité des produits. Elle permet aux usagers de comparer les offres, d’évaluer les risques et de mieux gérer leur budget.
Renforcer les initiatives
Dans plusieurs pays de la région, des initiatives émergent avec l’intégration progressive de modules de littératie financière dans les programmes scolaires, des formations ciblées pour les femmes entrepreneures, des campagnes de sensibilisation pilotées par la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest sur l’épargne et le crédit responsable. Mais, ces efforts restent toutefois insuffisants face à la rapidité de la digitalisation financière.
L’Afrique de l’Ouest se trouve aujourd’hui à un tournant. Porté par l’innovation technologique, l’accès progresse à un rythme soutenu. Mais, l’inclusion financière ne se mesure pas seulement au nombre de comptes ouverts, mais à la capacité des citoyens à utiliser des produits adaptés, compris et sécurisés, selon l’Ocde.
C’est à cette condition que l’inclusion deviendra synonyme de résilience économique et de bien-être durable. Sans investissement massif dans la littératie financière dès l’école et à travers des programmes communautaires structurés, l’inclusion pourrait se transformer en facteur de vulnérabilité.
Par Aké MIDA

