Alors que les tensions autour des restructurations de dette se multiplient en Afrique, les institutions financières multilatérales du continent prennent les devants. Réunies au sein de l’Alliance des institutions financières multilatérales africaines, elles ont annoncé la mise en place d’un système d’alerte précoce destiné à détecter les signaux de fragilité budgétaire bien avant l’apparition d’un défaut de paiement.
La question de la soutenabilité de la dette publique continue d’agiter les débats économiques africains. Entre pressions budgétaires, chocs extérieurs et exigences des créanciers, plusieurs pays font face à des marges de manœuvre de plus en plus étroites. C’est dans ce contexte que l’Alliance des institutions financières multilatérales africaines (AAMFI), également appelée « The Africa Club », a annoncé le lancement d’un système d’alerte précoce sur le surendettement des États africains. L’annonce a été faite le jeudi 29 janvier par Samaila Zubairu, président de l’AAMFI et directeur général d’Africa Finance Corporation. Le dispositif vise à repérer en amont les signaux de détresse liés à la dette afin de permettre une intervention coordonnée des institutions membres. « Nous avons mis au point un programme de systèmes d’alerte précoce ou de détection de signaux de détresse liées à la dette, qui nous permettent d’apporter un soutien collectif aux pays en difficulté, afin de créer des instruments susceptibles d’améliorer les situations stressantes », a déclaré Samaila Zubairu.
Créée pour renforcer la coopération financière régionale, l’AAMFI regroupe sept (07) institutions multilatérales : Africa Finance Corporation (AFC), Afreximbank, la Trade and Development Bank (TDB), Africa Re, ATIDI, Shelter Afrique Development Bank et ZEP-RE. À travers ce nouvel outil, l’Alliance entend prévenir les litiges qui ont marqué les récentes restructurations de dette en Afrique.
Des notations à “contre-courant”
Les tensions observées au Ghana et en Zambie ont révélé les divergences entre créanciers souverains, institutions multilatérales et agences de notation. En janvier, Afreximbank a annoncé la rupture de ses relations avec Fitch Ratings, estimant que la notation attribuée par l’agence « ne reflète plus une compréhension adéquate de son fonctionnement, de son mandat panafricain et de son accord constitutif ». Quelques jours plus tard, Fitch a abaissé la note de l’institution de « BBB- » à « BB+ », évoquant un relèvement du profil de risque à la suite de l’acceptation de pertes liées à un prêt de 750 millions de dollars accordé au Ghana.
Ces épisodes ont ravivé la controverse sur le statut de créancier privilégié. Dans le cadre des restructurations menées sous le Cadre commun du G20, le FMI, la Banque mondiale et la Banque africaine de développement (BAD) n’ont pas été appelés à consentir des pertes. Le Ghana et la Zambie ont toutefois demandé qu’Afreximbank et la TDB participent à l’effort d’allègement, au motif que ces institutions comptent des actionnaires privés. En décembre 2025, Afreximbank a accepté de subir des pertes sur le cas ghanéen, tandis qu’un arbitrage a été engagé contre la Zambie pour défendre ce statut contesté.
Anticiper la stabilité financière
Le lancement du système d’alerte intervient alors que les indicateurs de risque se multiplient. Selon un rapport publié par Afreximbank en février 2025, neuf (09) pays africains sont déjà en situation de surendettement, dont le Ghana, la Zambie et le Zimbabwe. Dix-neuf (19) autres, parmi lesquels le Kenya, le Cameroun et la Tunisie, présentent un risque élevé. Face à cette configuration, les institutions financières africaines cherchent à renforcer leur capacité d’anticipation et de dialogue avec les États. Avec le nouveau mécanisme d’alerte collective, l’AAMFI entend mieux encadrer les dynamiques d’endettement et préserver la stabilité financière régionale dans un environnement international devenu plus contraignant.
Par Sylvestre TCHOMAKOU

