La Cnuced observe une montée en puissance économique des pays en développement, mais paradoxalement leur exclusion persistante des marchés financiers internationaux. Un décalage qui freine leur développement.
Les économies en développement représentent aujourd’hui plus de 40 % de la production mondiale, près de la moitié du commerce de marchandises et environ 60 % des flux mondiaux d’investissements directs étrangers, selon le Rapport sur le commerce et le développement 2025 de la Cnuced. Leur poids économique a fortement progressé depuis le milieu des années 2000, où le Sud global ne comptait que pour 22 % des flux d’investissement direct étranger (Ide) et autour de 30 % de la production mondiale. La Conférence des Nations Unies sur le Commerce et le Développement (Cnuced) estime que les économies en développement devraient croître d’environ 4,3 %, un rythme supérieur à celui des grandes économies avancées.
Cette montée en puissance en fait un pilier majeur de la croissance mondiale. Mais cette importance économique contraste avec leur statut financier. Le Sud global reste marginal dans les marchés d’actions et d’obligations, qui financent le développement à long terme. Sa part dans les marchés financiers mondiaux demeure limitée à 25 % en 2024, et tend même à diminuer. Les marchés de capitaux domestiques restent petits, peu liquides et insuffisamment diversifiés, ce qui contraint les entreprises à dépendre du financement extérieur, souvent coûteux.
Les données de la Cnuced montrent que les coûts d’emprunt y sont nettement plus élevés, généralement compris entre 7 % et 11 % pour plusieurs grandes économies émergentes, contre 1 % à 4 % dans les pays avancés, et parfois moins, comme au Japon (0,3 %) ou en Allemagne (0,8 %).
Des risques accrus
Le rapport souligne que les économies en développement sont particulièrement exposées à la volatilité des devises, aux perturbations des infrastructures financières internationales et aux brusques changements du sentiment de risque dans les grands centres financiers. Les décisions des principales banques centrales se répercutent rapidement sur leurs conditions de financement, affectant les coûts d’emprunt, les investissements et les termes du commerce.
Les risques climatiques aggravent encore ces vulnérabilités, en limitant l’accès à des financements durables et prévisibles.
Comme le rappelle la secrétaire générale de la Cnuced, Rebeca Grynspan, « Le commerce n’est pas seulement une concaténation de fournisseurs. C’est aussi une concaténation de lignes de crédit, de systèmes de paiement, de marchés des changes et de flux de capitaux ». L’intégration du Sud global à l’architecture financière s’avère une condition essentielle de sa participation pleine et entière au commerce international.
Pour réduire les fragilités structurelles, l’institution recommande de renforcer les marchés de capitaux nationaux et régionaux, de moderniser les systèmes de paiement, d’élargir l’accès au financement du commerce, en particulier pour les Petites et moyennes entreprises, et de réformer le système financier mondial afin d’y intégrer davantage les pays vulnérables.
Par Aké MIDA

