L’Afrique peut tirer d’immenses bénéfices d’un meilleur alignement entre ses politiques commerciales et ses ambitions climatiques, selon la Cnuced. Mais les barrières tarifaires et l’accès limité aux technologies vertes freinent encore la transition.
Aké MIDA
La Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (Cnuced) lance un appel fort, alors que se tient du 10 au 21 novembre la Cop30 à Belém, au Brésil : faire du commerce un instrument de l’action climatique. Dans son rapport Global Trade Update – novembre 2025 (Cnuced, Genève), l’institution montre que les pays en développement, et particulièrement ceux d’Afrique, ont tout à gagner d’une intégration plus étroite entre politique commerciale, stratégie industrielle et plan climat.
Le rapport souligne que la transition énergétique mondiale demeure inégale. Si les exportations de biens environnementaux ont atteint 2 000 milliards de dollars en 2024, soit 14 % du commerce manufacturier mondial, l’Afrique ne capte encore qu’une fraction de ces flux. Les barrières tarifaires, la faiblesse des capacités productives locales et les obstacles non tarifaires freinent la participation du continent aux chaînes de valeur vertes.
Les droits de douane moyens sur les composants solaires et éoliens atteignent 7,1 % en Afrique, contre 1,9 % dans les pays développés. En y ajoutant les mesures non tarifaires, le coût grimpe à 7,6 %, selon la Cnuced. A titre de comparaison, les droits sur les substituts plastiques d’origine végétale atteignent 14,4 %, soit deux fois plus que ceux sur les plastiques conventionnels.
Ces chiffres illustrent la difficulté des économies africaines à accéder à des technologies propres abordables, alors même que le continent est particulièrement exposé aux effets du changement climatique : sécheresses, désertification, inondations, insécurité alimentaire.
Un impératif de développement
Plus de 677 millions d’Africains n’ont toujours pas accès à l’électricité, rappelle le rapport. Pourtant, la baisse spectaculaire du coût des énergies renouvelables offre une occasion unique. Entre 2010 et 2024, le coût de production de l’électricité solaire a chuté de 41 %, et celui de l’éolien terrestre est désormais 53 % inférieur à celui des sources fossiles.
Faciliter l’importation de ces technologies par la réduction des droits de douane et l’harmonisation des normes, permettrait non seulement de réduire la dépendance énergétique, mais aussi de renforcer la résilience économique et climatique du continent.
La Cnuced note que la plupart des pays africains intègrent désormais des mesures commerciales dans leurs contributions déterminées au niveau national (Cdn), ces plans qui traduisent leurs engagements au titre de l’Accord de Paris. Toutefois, ces mesures restent souvent limitées à des incitations fiscales ou à des projets pilotes.
L’institution plaide pour une approche plus stratégique qui préconise d’utiliser la politique commerciale pour attirer les investissements verts, stimuler la diversification des exportations et soutenir les industries à faible intensité carbone. Une telle démarche renforcerait la compétitivité du continent tout en finançant sa transition.
Coopération et industrialisation verte
Pour surmonter les obstacles structurels, le rapport insiste sur la coopération régionale et Sud-Sud. L’abaissement coordonné des droits de douane, l’harmonisation des normes environnementales et la création de chaînes de valeur régionales pourraient accélérer l’accès aux technologies propres.
Des initiatives comme le Programme de fabrication durable et de lutte contre la pollution (Smep), soutenu par le Royaume-Uni et la Cnuced, illustrent ce potentiel. En Afrique de l’Ouest, par exemple, le programme finance des projets qui transforment les déchets agricoles (feuilles de bananier, ananas ou résidus de coton) en fibres naturelles ou en biocarburants, créant ainsi des débouchés industriels tout en réduisant les émissions.
Selon la Cnuced, l’Afrique doit considérer le commerce comme un instrument de souveraineté climatique. L’alignement entre politiques commerciales, industrielles et environnementales ouvrirait la voie à des filières comme les énergies renouvelables, l’agriculture durable et l’économie circulaire, capables de générer des revenus, des emplois et de nouvelles marges budgétaires pour financer l’action climatique.
Pour l’Afrique, la réussite de la transition verte dépendra de sa capacité à négocier un meilleur accès aux marchés, aux technologies et au financement, tout en valorisant ses ressources naturelles et humaines dans le commerce mondial.

