Entre pressions sur les écosystèmes, menaces liées au changement climatique et dépendance des communautés aux ressources naturelles, la préservation de la réserve de biosphère du Mono occupe divers acteurs de la protection du patrimoine naturel. Jeudi 08 octobre 2026, en collaboration avec l’UICN PACO et l’UICN NL, l’ONG ECO-BÉNIN a lancé un guide illustré consacré à la faune, à la flore, aux paysages et aux patrimoines culturels de cette réserve du sud-ouest du Bénin.
Dans la réserve de biosphère du Mono, où les écosystèmes soutiennent les activités économiques et les pratiques culturelles des populations, un nouvel ouvrage entend rapprocher le patrimoine naturel de celles et ceux qui le font vivre, l’étudient ou contribuent à sa conservation. Présenté officiellement le jeudi 8 octobre 2026, le « Guide pratique sur la vie, la faune et la flore de la Réserve de biosphère du Mono-Bénin » se veut à la fois un outil de terrain, de sensibilisation et de référence.
Réalisée dans le cadre du projet « Appui à la gestion de la Réserve de Biosphère du Mono et de l’Aire Marine Protégée de la Bouche du Roy pour un développement économique inclusif durable (AGeReB) », financé par l’Union européenne, cette publication compte 247 pages illustrées. Elle s’adresse aux visiteurs, enseignants, chercheurs, guides touristiques, gestionnaires, organisations communautaires et acteurs de la conservation.
Inscrite au Programme sur l’Homme et la biosphère (MAB) de l’UNESCO depuis 2017, la réserve s’étend autour du fleuve Mono, à la frontière entre le Bénin et le Togo. L’ouvrage présente ses principaux sites, dont Adjamè, Naglanou, la Bouche du Roy, les lacs Ahémé et Toho, ainsi que la diversité de ses paysages et de ses habitats.
Les fiches consacrées aux espèces associent notamment noms scientifiques et appellations locales, informations taxonomiques, rôles écologiques et statuts de conservation. Une attention particulière est accordée aux mangroves, dont les capacités de stockage du carbone alimentent les perspectives liées au « carbone bleu ».
Des savoirs locaux au cœur de la conservation

Au-delà de la faune et de la flore, l’ouvrage retrace l’histoire de l’occupation du territoire par les communautés Xwla, Pédah, Guen, Adja, Kotafon et Watchi. Il valorise les savoirs endogènes, les forêts sacrées, les pratiques culturelles et les règles communautaires qui participent à la gestion des ressources naturelles.
Le guide documente également les activités qui font vivre les populations, notamment la pêche artisanale, la transformation du poisson, la production traditionnelle de sel, l’artisanat à partir de joncs, la distillation du sodabi et la fabrication du gari. Il présente les Associations villageoises d’épargne et de crédit (AVEC), ainsi que les initiatives d’écotourisme, des balades en pirogue aux randonnées guidées et aux visites de villages.
Pour Gauthier Amoussou, coordonnateur national de l’ONG ECO-BENIN, l’ambition est de rendre cette connaissance accessible à différents publics. « L’ambition de cette publication est de permettre à chacun de mieux connaître la richesse biologique de la Réserve de Biosphère du Mono, mais également de mieux comprendre la nécessité de la préserver. Le guide doit pouvoir être utilisé par un enseignant avec ses élèves, par un guide touristique avec les visiteurs, par un chercheur, par un agent de conservation, par une organisation communautaire, par une collectivité territoriale, mais aussi par toute personne qui souhaite découvrir et comprendre la richesse de ce territoire.».
Un support face aux menaces environnementales

Déforestation, braconnage, surpêche, surexploitation des mangroves, urbanisation et dégradation des zones humides figurent parmi les pressions recensées. La réserve subit aussi les effets du changement climatique, notamment la salinisation des sols, l’érosion côtière et les variations du régime des pluies.
Préfacière de l’ouvrage, la ministre conseillère aux infrastructures et au cadre de vie, Jeanne Adanbiokou Akakpo, souligne la portée collective de cette initiative : « Lorsque les institutions publiques, les partenaires techniques et financiers, les organisations de la société civile, les chercheurs et les communautés travaillent ensemble, il est possible de produire des résultats qui dépassent la durée d’un projet. Ce guide en est une belle illustration. Aujourd’hui, nous ne lançons donc pas simplement un livre. Nous lançons un outil appelé à vivre. Un outil qui doit s’écurer. Un outil qui doit être utilisé. Un outil qui doit être transmis. Et surtout, un outil qui doit contribuer à susciter de nouvelles vocations, de nouvelles initiatives et un engagement plus fort en faveur de notre patrimoine naturel. ».
Pour Christian Rasmussen, représentant de la Délégation de l’Union européenne, la publication ouvre une nouvelle perspective pour la mobilisation autour de la biodiversité. « Le lancement de ce guide doit donc être considéré comme le début d’une nouvelle étape. Notre ambition est de faire de cet ouvrage une revanche incontournable face aux menaces croissantes qui pèsent sur notre biodiversité et nos écosystèmes. La sauvegarde de ces patrimoines constitue une responsabilité collective. ».
Présenté comme une première porte d’entrée vers la diversité biologique du Mono, le guide pourra être complété par de futures éditions thématiques. L’enjeu est de renforcer la connaissance des espèces et de leurs habitats, tout en faisant mieux connaître les initiatives locales qui associent conservation de la nature, transmission du patrimoine et développement économique.
Par Sylvestre TCHOMAKOU


