A l’horizon 2045, le Bénin devrait maintenir une trajectoire économique robuste, soutenue par une croissance élevée, une inflation maîtrisée et un déficit budgétaire contenu. Mais la dépendance aux financements extérieurs et certains risques exogènes imposent une vigilance accrue.
Selon le rapport d’Analyse de viabilité de la dette (Avd 2025), le Produit intérieur brut (Pib) réel progresserait en moyenne de 6,2 % par an sur la période 2025-2035, avant de se stabiliser autour de 5,8 % entre 2036 et 2045. Cette performance s’appuiera sur la poursuite des investissements publics, la modernisation de l’agriculture, la montée en puissance du secteur industriel et le dynamisme du commerce régional.
L’économie béninoise qui a enregistré une croissance record de 7,5 % en 2024, supérieure à la moyenne régionale de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (Uemoa), conserverait donc un rythme soutenu. Ce dynamisme constituerait l’un des principaux atouts du pays pour préserver la soutenabilité de son portefeuille de dette.
L’inflation, ramenée à 1,2 % en 2024, devrait rester proche de la norme régionale de 3 % sur l’ensemble de l’horizon de projection. Les autorités tablent sur une gestion prudente des prix et une bonne tenue de l’offre agricole pour contenir les tensions inflationnistes.
Du côté des finances publiques, le déficit budgétaire devrait se maintenir dans la norme de convergence de l’Uemoa, en oscillant entre 2,5 % et 3 % du Pib sur la période. Cela traduirait une discipline budgétaire renforcée et une mobilisation progressive des recettes intérieures.
Un endettement en trajectoire soutenable
Le ratio dette/PIB, établi à 53,4 % en 2024, demeurerait sous le plafond communautaire de 70 % fixé par l’Uemoa. Selon le rapport; la valeur actualisée de la dette publique atteindrait un maximum de 44,4 % du Pib en 2025, avant de décroître progressivement vers 30 % à l’horizon 2045. Le service de la dette extérieure culminerait à 16,9 % des recettes publiques en 2027, sans franchir le seuil critique de 18 %. Cette tendance traduit l’impact positif des opérations de gestion active du passif et des efforts pour diversifier les sources de financement.
Le rapport met en avant la contribution des exportations, portées par le coton, les cultures vivrières, la réexportation vers le Nigeria et, à moyen terme, par une industrialisation accrue. Les recettes d’exportation devraient croître à un rythme soutenu, soutenant ainsi la balance courante. Toutefois, le rapport insiste sur plusieurs zones de risques, notamment une dégradation des termes de l’échange, liée à une baisse des prix des matières premières, qui pèserait sur les recettes d’exportation.
En parallèle, l’épargne nationale devrait passer de 20 % du Pib en 2024 à près de 28 % en 2045, offrant un levier de financement domestique des investissements.
Une discipline budgétaire indispensable
Les perspectives macroéconomiques sont favorables, mais le rapport met en garde contre certains risques. Une baisse durable des prix des matières premières fragiliserait les recettes d’exportation. Les engagements éventuels liés aux entreprises publiques et aux partenariats public-privé, évalués à 9,7 % du Pib, constituent également une source de vulnérabilité.
Une dépréciation du F Cfa face au dollar renchérirait le coût du service de la dette extérieure. Enfin, les engagements éventuels liés aux entreprises publiques et aux partenariats public-privé, estimés à près de 10 % du Pib, pourraient fragiliser les équilibres futurs.
Pour consolider cette trajectoire, l’Avd recommande de diversifier les partenaires financiers, de privilégier les financements concessionnels, d’approfondir le marché intérieur des titres publics et de renforcer la mobilisation fiscale. La soutenabilité de la dette dépendra donc de la capacité des autorités à maintenir les réformes et à gérer prudemment ces vulnérabilités.
L’amélioration durable des recettes fiscales reste une priorité pour financer les investissements publics sans accroître excessivement la dépendance aux ressources extérieures. L’enjeu, au-delà des équilibres macroéconomiques, sera de transformer cette dynamique en croissance inclusive, créatrice d’emplois et de bien-être pour la population.
Aké MIDA

