Alors que l’Union européenne (UE) a abaissé la limite maximale de résidus (LMR) d’éthéphon sur l’ananas, passant de 2 mg/kg à 1,5 mg/kg depuis janvier dernier, le Bénin se retrouve de nouveau sous pression. Du gouvernement aux producteurs, en passant par les exportateurs, les parties prenantes de cette filière doivent se mettre en ordre de marche afin de faire face à ce changement réglementaire et continuer à approvisionner un marché européen exigeant mais essentiel.
Un défi de taille
Pour comprendre les enjeux liés à cette nouvelle réglementation, il faut revenir sur les caractéristiques du marché européen de l’ananas. Alors que les fruits naturellement verts peuvent avoir un niveau de maturité suffisant, dans l’imaginaire de nombreux consommateurs du Vieux Continent, un ananas mûr se reconnaît à son épiderme entièrement orangé. Cette demande, orientée depuis plusieurs années en faveur des fruits les plus colorés, conduit les opérateurs béninois à appliquer depuis plusieurs années un traitement de déverdissage à l’éthéphon pour améliorer la présentation de leurs fruits. Cette matière active agit en dégageant de l’éthylène (hormone végétale de la maturation des fruits), ce qui conduit à la dégradation de la chlorophylle et à la coloration de l’épiderme.
Si, dans l’ensemble, la procédure est réglementée, la filière a traversé quelques périodes de turbulences à l’export avec une auto-suspension en 2016/2017, lorsque des dépassements répétés des LMR d’éthéphon ont été détectés sur le marché européen. L’objectif était alors d’éviter une interdiction formelle de l’UE, potentiellement dévastatrice pour la filière.
Après cet épisode, l’État a exigé une remise à plat des procédures (enregistrement obligatoire des exportateurs auprès de l’Agence béninoise de sécurité sanitaire des aliments (ABSSA), programmation mensuelle des expéditions, prélèvements systématiques d’échantillons avant récolte, analyses en laboratoire accrédité et délivrance d’un certificat de conformité conditionnant tout passage à l’aéroport). Toutefois, en 2024, un nouvel incident autour de l’éthéphon a ravivé les tensions.
En juillet de ladite année, un distributeur français a annoncé une teneur en résidus d’éthéphon de 5,9 mg/kg, contre la norme de 2 mg/kg, sur des fruits béninois expédiés en juin.
Depuis cet épisode, la filière s’est déjà mise au pas avec l’un des systèmes de contrôle les plus stricts de la sous-région. À l’heure du durcissement annoncé des LMR, les organismes phytosanitaires comme l’ABSSA deviennent plus que jamais des garde-fous incontournables. Au-delà, chaque acteur de la chaîne de valeur (producteurs, techniciens chargés de l’éthrélage, exportateurs) devra jouer sa partition.
Un enjeu important sur un marché très concurrentiel
Pour le Bénin, l’abaissement des LMR intervient dans un contexte où la concurrence s’est nettement renforcée sur le segment de l’ananas frais en Europe.
Le Costa Rica reste un acteur dominant sur la grande distribution, tandis que d’autres origines Afrique, Caraïbes et Pacifique (ACP), comme le Ghana et la Côte d’Ivoire, occupent aussi le créneau des ananas « premium » expédiés par avion. Pour le Bénin, qui exporte principalement vers la France et la Belgique et qui dépend encore largement des vols passagers, la combinaison de normes plus strictes et de concurrence accrue représente un test stratégique.
L’enjeu n’est pas seulement de rester dans les clous réglementaires, mais de continuer à justifier un positionnement de niche à haute valeur ajoutée. L’ananas « Pain de sucre » béninois, désormais doté d’une indication géographique, est unanimement salué pour ses qualités organoleptiques.
Dans ce contexte, l’adaptation aux nouvelles normes européennes sera décisive, car l’UE demeure le principal marché solvable pour l’ananas avion béninois.
Perdre ce débouché faute de conformité ou de professionnalisation serait un coup dur difficilement compensable, même avec l’ouverture progressive vers de nouveaux marchés comme la Chine. La conformité stricte peut devenir un avantage concurrentiel si elle s’accompagne d’une meilleure organisation collective. Selon les données du gouvernement, la filière est l’apanage de près de 6 000 producteurs. En 2023, les superficies emblavées ont atteint 5 720 hectares pour une récolte de 477 500 tonnes.

