L’Afrique avance vers une meilleure maîtrise de ses ressources aurifères. La Banque Centrale d’Égypte et Afreximbank ont officialisé un accord destiné à préparer la mise en place d’une banque panafricaine de l’or, pensée comme un levier de transformation financière et industrielle à l’échelle du continent.
Sylvestre TCHOMAKOU
Face aux enjeux de valorisation locale des matières premières et de renforcement des capacités financières des économies africaines, un nouveau projet ambitieux se dessine. La Banque Centrale d’Égypte (CBE) et la Banque Africaine d’Import-Export (Afreximbank) ont signé, lundi 29 décembre 2025 au Caire, un protocole d’accord portant sur la création d’un programme de banque de l’or, destiné à jeter les bases d’une future banque panafricaine dédiée au métal précieux. L’accord a été paraphé au siège de la CBE par le gouverneur Hassan Abdalla et le président d’Afreximbank et de son conseil d’administration, George Elombi, en présence des responsables institutionnels et financiers. À travers cette initiative, les deux partenaires entendent structurer les chaînes de valeur de l’or africain et conserver davantage de richesse sur le continent.
Le protocole prévoit la conduite conjointe d’une étude de faisabilité portant sur les exigences techniques, commerciales et réglementaires nécessaires à la mise en place d’un écosystème intégré de banque de l’or. Celui-ci pourrait s’implanter dans une zone franche dédiée en Égypte, avec la participation de plusieurs pays africains. Le projet inclut la création d’une raffinerie d’or certifiée selon les standards internationaux, des infrastructures d’entreposage hautement sécurisées ainsi que des services financiers et commerciaux spécialisés. Au-delà des aspects techniques, l’initiative vise à renforcer les réserves des banques centrales africaines et à réduire la dépendance de l’Afrique vis-à-vis des centres de raffinage et de commercialisation extérieurs. Elle s’inscrit dans une logique de transformation locale et de montée en gamme des activités liées à l’or.
Une ambition à portée continentale
Si l’Égypte est pressentie comme point d’ancrage initial, l’ambition affichée dépasse largement le cadre national. Le programme a vocation à s’étendre à l’ensemble du continent, en associant gouvernements, banques centrales, sociétés minières et acteurs du secteur aurifère. L’objectif est d’harmoniser les pratiques, renforcer la coopération institutionnelle et promouvoir un commerce durable de l’or à l’échelle africaine. Réagissant à la signature de l’accord, le gouverneur Hassan Abdalla a souligné que cette initiative constitue une base solide pour un projet panafricain majeur. Il a rappelé l’engagement de l’Égypte en faveur de l’intégration économique africaine, insistant sur sa position géographique, au carrefour de l’Afrique, du Moyen-Orient et de l’Europe, comme atout pour accueillir un tel dispositif.
De son côté, le président d’Afreximbank a insisté sur la portée du projet. « L’or africain doit servir les populations africaines », a-t-il déclaré, estimant que la future banque africaine de l’or permettra de transformer les modes d’extraction, de raffinage, de stockage et de commercialisation du métal précieux. À travers le renforcement des réserves d’or, l’Afrique entend améliorer sa résilience économique, réduire son exposition aux chocs extérieurs et soutenir une création de richesse durable.

