Le mardi 3 février 2026, l’École doctorale des sciences juridiques, politiques et administratives de l’Université d’Abomey-Calavi a enregistré l’entrée d’un nouveau docteur en science politique. Face à un jury présidé par le Professeur Ibrahim Salami, Arsène Gbaguidi a soutenu sa thèse consacrée à la gouvernance politique en Afrique.
« La gouvernance interne des partis politiques et la consolidation de la démocratie en Afrique : Cas de la République du Bénin et de la République centrafricaine ». C’est la thématique sur laquelle a porté la thèse d’Arsène Gbaguidi et qui a reçu la « mention très honorable ».
Dans son travail, Arsène Gbaguidi part du constat que le retour au multipartisme intégral en Afrique, à partir des années 1990, a redéfini les partis politiques comme acteurs centraux du processus démocratique. La fin du parti unique et du parti d’État a ouvert un espace pluraliste censé renforcer la participation politique et la gouvernance. Toutefois, l’étude souligne que cette évolution institutionnelle n’a pas toujours été accompagnée de pratiques internes à la hauteur des attentes démocratiques.
En s’appuyant sur les cas du Bénin et de la République centrafricaine, la recherche met en lumière les défis internes auxquels sont confrontés les partis politiques : déficit de démocratie interne, instabilité des alliances, personnalisation du pouvoir et faiblesse de l’ancrage idéologique. Selon la thèse, la conjonction de ces facteurs se répercute négativement sur la gouvernance politique et alimente des crises de représentation et de légitimité.
Des effets sur la gouvernance d’État
L’analyse soutient que la qualité de la gouvernance démocratique au niveau des États est étroitement liée à celle qui prévaut à l’intérieur des partis politiques. À cet égard, Arsène Gbaguidi avance que la promotion de la bonne gouvernance interne constitue une condition sine qua non pour améliorer la gouvernance politique globale. Il plaide pour une démocratisation accrue des pratiques partisanes, fondée sur le respect des règles, la transparence et la responsabilité.
La thèse propose également une réflexion normative sur la nécessité « d’humaniser la politique » afin de lui redonner du sens. Cette approche met en avant le rôle du droit dans la construction démocratique en Afrique, les partis politiques en étant les principaux vecteurs. La recherche établit un lien direct entre sécurité juridique et sécurité politique, estimant que l’intégration de valeurs éthiques et morales dans la gouvernance partisane peut contribuer à l’édification d’États de droit plus stables.
Sur le plan empirique, l’étude relève que si la proclamation des principes démocratiques est largement acquise en Afrique subsaharienne, leur mise en pratique demeure problématique. Les changements fréquents d’alliances et le factionnalisme observés dans les partis traduisent, selon l’auteur, une politique souvent déconnectée des valeurs démocratiques affichées. Cette réalité appelle, d’après lui, à une réforme en profondeur des pratiques politiques internes.
Au-delà de son apport académique, le parcours professionnel d’Arsène Gbaguidi confère une résonance particulière à ses travaux. Fort de vingt-sept années d’expérience en Afrique de l’Ouest et en Afrique centrale, il a occupé des fonctions de responsabilité au sein des Nations unies, notamment à la MINUSCA, où il a contribué aux processus politiques et électoraux en République centrafricaine. Son expertise couvre également la gouvernance démocratique, l’assistance électorale et le conseil stratégique auprès de hauts responsables internationaux.
Par S.T.

