Ce dimanche 14 septembre 2025, dans un entretien exclusif accordé à Eden TV, Blaise Ahouantchédé, Directeur Général d’Afrik Créances et figure de proue de l’inclusion financière en Afrique de l’Ouest, s’est exprimé sur les grands sujets d’actualité, tant nationaux qu’internationaux.
Belmondo ATIKPO
Invité de l’émission L’entretien du Dimanche animée par le journaliste Donklam Abalo, Blaise Ahouantchédé, ce technocrate reconnu en finance digitale, a partagé une analyse approfondie des réformes économiques en cours au sein de l’UEMOA et de la CEDEAO. Il a notamment souligné les avancées majeures et les défis persistants liés à leur mise en œuvre.
Diplômé de la prestigieuse université de Harvard aux États-Unis, Ahouantchédé a également livré sa vision sur la résilience du secteur bancaire africain et sur les leviers à actionner pour stimuler les investissements locaux dans les économies du continent.
Sur le plan politique, il a salué la désignation de Romuald Wadagni comme candidat de la majorité présidentielle pour l’élection de 2026. À la question du journaliste sur ce choix, il répond : « Je connais bien Romuald Wadagni. Nous partageons un parcours similaire, notamment une formation à Harvard. C’est un choix qu’il faut saluer ». L’expert en finance a rappelé que Romuald Wadagni a dirigé le ministère de l’Économie et des Finances pendant neuf ans, jouant un rôle clé dans la dynamique de développement impulsée par le président Patrice Talon. Être ministre des Finances n’est pas une tâche facile. « Romuald Wadagni incarne cette dynamique de progrès. Le président Talon a placé la barre très haute. Il faut maintenir la dynamique les 10 prochaines années. Le président Talon et son équipe ont posé les bases du développement. Et ce développement, on le voit à travers les investissements publics, la zone industrielle, la santé, l’assurance, la microfinance, les microcrédits, les infrastructures sportives et culturelles », a-t-il indiqué.
Pour l’invité, ce n’est pas tout…
Blaise Ahouantchédé fasciné par le P.A.G 1 et 2
« Le P.A.G (Programme d’Action du Gouvernement) n’est pas le fruit du hasard. C’est le résultat d’une réflexion collective des Béninois de l’intérieur et de la diaspora pour doter le pays d’un instrument de pilotage. Quand, je fais une lecture de ce plan de développement ; à l’évidence, il y avait une volonté de développer le pays, de changer de paradigme. Les différents piliers du PAG sont parfaitement alignés sur les Objectifs du développement des nations unies. Il y a des ressources domestiques et après, il faut aller chercher les ressources à l’étranger. Le rôle du ministre de l’Economie et des Finances, c’est d’aller chercher les ressources à l’étranger ».
La dette du Bénin est une question relative…
« Le Bénin est un pays endetté mais il faut relativiser cette approche. Le Bénin n’est pas un pays isolé, il vit dans un environnement intégré. On a la chance d’avoir l’Union économique et monétaire ouest africaine, la Cedeao et la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest. De surcroit, on a les partenaires techniques et financiers : FMI, Banque mondiale, BAD. Toutes ces structures veillent à nous accompagner dans notre politique d’investissement. Pour moi, la dette du Bénin est une question relative. Quand, je regarde les chiffres, au niveau du Bénin, je ne peux dire qu’on n’est trop endetté. Nous sommes, aujourd’hui, en dessous, par rapport à la norme communautaire. Le Bénin est à 52% du niveau de dette, ce n’est pas trop par rapport à certains pays qui sont à 120%. Mais l’enjeu du sujet c’est quel usage fait-on de la dette ? De ce qui suit, je note que dans notre pays, il y a de l’organisation, un meilleur contrôle de l’action publique. Et par-là, je salue le Conseil Economique et Social, qui peut jouer un rôle d’articulation, de régulateur entre l’exécutif et le législatif. Pour continuer à s’endetter, il faut maintenir un niveau de gestion en respectant toute l’orthodoxie à la gestion de la chose publique ».
L’intégration est notre salut …
« L’intégration est très importante pour nos Etats. J’ai vécu en Europe, le passage des monnaies nationales vers l’Euro. J’ai compris que, l’intégration est une richesse. Premier Directeur Général du GIM-UEMOA pendant 17 ans, j’ai été le précurseur du dispositif de transaction financière interbancaire dans la région. Pour ces raisons, j’ai épousé l’intégration. L’intégration est notre salut. La fragmentation de nos pays est source de fragilité. Dans les fonctions qui furent les nôtres, nous avons vu qu’il y a des acteurs qui poussent à la fragmentation pour pouvoir continuer à nous contrôler. Quand, je vois la croissance, la valeur ajoutée de l’intégration, je comprends qu’il y a quelque chose à faire. Nous avons la chance d’avoir l’Uemoa, la Cedeao, la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest. Il faut saluer le rôle des pères fondateurs qui ont eu cette initiative. Ils ont compris que le fait d’avoir une monnaie unique participe à l’intégration. Aujourd’hui, il y a, trois défis majeurs au niveau de l’intégration : défi économique, défi monétaire et le défi sécuritaire. Les questions politiques, il faut les mettre en périphérie de nos actions. La jeunesse du Bénin et de l’Afrique, doit travailler par rapport à ces trois défis. On doit se battre pour ramener les trois pays dissidents de la Cedeao. J’exprime sur votre antenne la nécessité de réformer l’Uemoa et la Cedeao. Les trois pays qui ont quitté la Cedeao appartiennent à l’Uemoa. La solution à cette dissidence repose sur le dialogue entre Etats membres et montrer des signes de réformes pour éviter une intégration à géométrie variable ».
Bref aperçu du parcours de l’homme
Après plusieurs années d’expérience au sein de grandes institutions bancaires et financières en France, Blaise Ahouantchédé est recruté en 2003 par la Banque Centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) et la Communauté bancaire en tant que premier Directeur Général du GIM-UEMOA, avec pour mission de piloter le projet de monétique interbancaire de la sous-région, sous l’autorité du Gouverneur de la BCEAO. Dans un contexte complexe, ce cadre béninois parvient à fédérer l’ensemble des acteurs du secteur pour assurer le succès de ce vaste chantier d’interopérabilité monétique régionale. Son engagement et ses résultats lui valent de nombreuses distinctions, notamment celle d’Officier dans l’Ordre du mérite de Côte d’Ivoire remise par le Ministre de l’Économie et des Finances, Adama Coulibaly, au nom du Président de la République, Alassane Ouattara, en novembre 2019. Sous sa houlette, le GIM-UEMOA est devenu aujourd’hui une Institution de référence dans le domaine des paiements numériques dans la sous-région avec un écosystème et un réseau regroupant plus de 135 banques. Jouissant de la zone monétique la plus intégrée de l’Afrique, les citoyens des 8 pays de l’UEMOA peuvent faire facilement leurs transactions de retrait et de paiement par carte bancaire dans la zone ainsi qu’à l’international.

